Archive pour la catégorie 'Le Moyen-Age'

Le kenning et la magie 2

Les runes sont des signes gravés dans le bois à des fins magiques. Elles étaient utilisées pour conjurer un mauvais sort, influencer le destin, lancer un sortilège, se protéger dans la bataille…Plus tard, leur sens fut détourné et on en retrouve gravées sur les pierres. Elles deviennent alors de simples textes commémoratifs pour signifier des hauts-faits d’armes ; parfois elles rappellent la mémoire de grands guerriers ou grands rois. Mais là n’est pas notre sujet. Les runes représentent à elles seules un sujet auquel il conviendrait de leur attribuer un blog à part entière. Dans l’enseignement des runes qui nous est parvenu dans l’Edda et les Nibelungen (chanson tirée d’un codex du XIIIè siècle en Allemagne), il existe plusieurs textes où les kenningar sont légion. Je vous propose d’en étudier quelques-uns.

Voici un chant clamé par Brunehilde à Siegfried :

« Arbre de l’assemblée des cuirasses

Je t’apporte de la magie,

Mêlée de pouvoir et de renommée,

Forte d’incantations puissantes

Et de runes de Joie. »

Les kenningar sont utilisés ici pour se faire comprendre des initiés. Dans l’enseignement ésotérique, seuls les pratiquants usaient de kenningar afin de se faire comprendre entre eux. Ainsi cela évitait de répandre leurs connaissances. Mais surtout, dans la pratique magique, il importait de nommer les choses et les hommes de manière détournée. Croire aux esprits et aux forces environnantes était un postulat nécessaire dans cet exercice. Aussi, il convenait de faire appel à des images poétiques pour saisir les correspondances mystérieuses entre les gestes et les faits les plus simples. Magie et poésie sont liées de manière inextricable dans les sagas islandaises. On peut donc en déduire que dans toute la pratique religieuse ou magique, les kenningar prenaient tout leur sens.

 

Ici, « Arbre de l’assemblée des cuirasses » est un kenning pour le guerrier. « Magie » est un mot que l’on peut aussi traduire par bière dans sa version originale « öl ». Cela induit un double sens ou un jeu de mots.  Brunehilde va enseigner la magie à Siegfried, mais on peut comprendre qu’elle lui donne une bière à boire comportant des composants magiques (« pouvoir et renommée »). S’agit-il d’un toast ou d’une déclamation à faire avant de boire  (« forte d’incantations ») ? Les runes de joie sont Wunjo, Jeran et Gebo. Wunjo est l’extase ; Jeran est la récolte abondante et la générosité ; Gebo est le don, l’offrande, le sacrifice. Par rapport au texte on peut relier les kenningar aux trois runes : la bière est issue de la récolte abondante (Jeran) ; le don est la boisson qu’offre Brunehilde à Siegfried (Gebo) ; l’extase (Wunjo) est le délire éthylique qui dans la mythologie germano-scandinave correspond au don de l’éloquence et de la poésie, attribut du dieu Odin (comme le sont les runes). Ainsi pour enseigner les runes qui apportent la joie (dans sons sens global), un rituel devait consister en une offrande d’une boisson issue de l’agriculture et avec laquelle il convenait de s’enivrer. On peut extrapoler en supposant que le contenant (corne à boire ?) devait être recouvert de la gravure des runes en question. Dans cette perspective, s’ouvre à nous un univers riche, codé, rempli de signes et symboles destinés aux initiés. Les kenningar sont donc originellement raccordés à la magie et à l’exercice sacerdotal.

 

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 1 février, 2014 |Pas de commentaires »

Le kenning et la magie

Masque

La pratique de la magie est attestée dans les sagas islandaises. Les rites que les vikings opéraient faisaient appel aux kenningar. Ainsi, il fallait prendre les plus grandes précautions dans l’emploi du nom de l’ennemi à conjurer. Cela est vérifié dans les superstitions populaires.

Dans les rituels, le nom de personne était systématiquement remplacé par un kenning. Le tabou verbal était de mise. Les Sames (ou Lapons) sont sans doute le peuple qui influença les norrois du moyen-âge dans les rites chamaniques. Dans la Vatnsdoela saga, ils interdisent de prononcer leur nom pendant qu’ils pratiquent un rituel. En matière de chasse, il ne faut pas nommer la bête sauvage que l’on traque. En Norvège, on ne disait pas « ours » mais « Grand-père », ou encore « Vieux à la fourrure ». Le « loup » devenait « patte grise », « vermine », « l’affreux », ou le « troll » ; l’aigle était la « créature ».

On rencontre le même procédé pour désigner le dieu Odin. Il ne sera que très rarement désigné par ce nom, mais plutôt par ses surnoms (on en compte 169). Une crainte superstitieuse régnait autour du culte odinique. Le dieu de l’éloquence et de la magie contenait en son nom un pouvoir que seuls les officiants religieux pouvaient évoquer.

 

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 20 janvier, 2014 |Pas de commentaires »

Le genre de la truste

Bersekr

La strophe scaldique (ou strophe poétique viking) est le genre de la truste. En effet cette dernière consistait en la réunion de guerriers par un serment depuis l’époque mérovingienne. C’est dans ces assemblées que devaient se déclamer les hauts-faits par les poètes. Renaud-Krantz nous dit à ce sujet :  » Ce genre dont l’appareil régulier d’allitérations et de rimes enserrant d’un riche réseau sonore le déploiement des périphrases auxquelles sa complexité l’apparent, donne au poème la ciselure étincelante et rigide d’une armure barbare. »

Le devoir d’éloge est omniprésent dans les sagas islandaises. On suppose une certaine compétition dans l’art oratoire. Egill Skallagrimsson a sauvé sa tête en composant un poème de louange à la gloire du roi de Norvège Erik  Blodøks (« à la  hache sanglante »). L’importance de l’art oratoire est indéniable. L’ornement verbal était une science pratiquée par les érudits ; au moyen-âge il semble qu’il n’y avait plus de prérogatives religieuses ou « bardiques ». Les vikings en usaient comme avant eux les filid irlandais (poètes).

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 18 janvier, 2014 |Pas de commentaires »

Le « heiti » ou synonyme

Le « heiti » est un terme scandinave du moyen-âge pour le synonyme dans la poésie.

Plus exactement, il est la dénomination d’un être ou d’un objet. Le heiti et le kenning reposent sur le principe d’éviter de nommer les choses par leur nom.

Les heiti peuvent être catalogués en trois registres. Le premier est le registre de l’archaïsme. En effet les locuteurs usaient de mots anciens par rapport à leur époque pour remplacer des mots modernes de même sens. En effet « eldr » contemporain des vikings sera substitué par « furr » ou « hyrr » plus anciens pour désigner le feu.

Le deuxième registre est l’emprunt aux langues étrangères. Ainsi on trouve « diar » d’origine celtique pour désigner les Dieux.

Le troisième registre est métonymique. Ainsi s’opère un changement de désignation par ce procédé. Le chêne désignera le bateau, le fracas sera la bataille, la poutre le guerrier, l’acier l’épée…De la même manière les surnoms prendront lieu et place des appellations usuelles. Cela peut s’observer dans la quantité de noms propres à chaque divinité. Le dieu Odin en compte 169 !

Les heiti constituent un rouage majeur de la poésie des scaldes (poètes islandais). Ils tiennent une place prépondérante dans les kenningar ; ils alimentent la créativité des images décrites et donnent du relief au récit. Les vieux termes donneront une patine ancienne au propos ; les usages de mots étrangers verseront dans l’exotisme ; les métonymies révèleront les causes pour l’effet (tumulte pour combat) et le contenant pour le contenu (corne pour hydromel).

Publié dans:Le Moyen-Age |on 28 décembre, 2013 |Pas de commentaires »
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