Archive pour la catégorie 'Le Haut Moyen-Age'

Un rite plurimillénaire

 

OdinSacrifice

 

Dans la démarche qui est la nôtre dans ce blog (faire connaître des traditions européennes et une forme de culture pré-chrétienne), il est toujours pertinent de mettre en perspective des éléments de mythologie séparés géographiquement de plusieurs milliers de kilomètres, comme séparés de plusieurs siècles.

Cet exercice non académique mais qui reprend l’esprit de la mythologie comparative de Dumézil, fournit des « éléments d’enquête » pertinents pour les modernes que nous sommes afin de nous représenter une forme de pensée que possédaient nos ancêtres.

À ce titre, l’orphisme et l’odinisme représentent deux mouvements religieux (pas au sens moderne du terme) dont on peut facilement tirer des parallèles tant les points communs sont nombreux et corroborent l’idée d’une Tradition archaïque primordiale commune qui aurait essaimé en Europe.

L’orphisme est un mouvement philosophico-religieux apparu en Grèce à partir du sixième siècle avant JC. Il tient son nom du demi-dieu Orphée, fils de la Muse Calliope et du dieu de la beauté et des arts Apollon. La mythologie grecque nous apprend qu’il avait le pouvoir de charmer les animaux sauvages. Il est souvent décrit comme un maître des incantations ou un enchanteur. Les adeptes de l’orphisme (les Orphéotélestes) représentent en quelque sorte une société élitiste, vivant éloignée des cités. Ils étaient considérés comme des purificateurs, des initiés. Orphée est parfois comparé aux chamanes et l’orphisme représente une résurgence de la mystique qui précéda la religion grecque. Une sorte de réaction contre le système théologico-politique de l’époque. Le mouvement qui en suivit influença de nombreux domaines tels la sculpture, la peinture, la musique, le chant, la poésie…

Les initiations orphiques (dédiées au dieu Dionysos) se basaient sur une ascèse très rude, des jeûnes et de la musique. Comme la pratique chamanique, l’exercice de privation et de douleur est associé à l’initiation. Le pratiquant rentre ainsi en état de transe et peut accéder à l’extase mystique. Cette pratique rituelle lui permettait de revenir avec des connaissances et avancement spirituel plus subtils.

L’odinisme est la religion des anciens Germains et Scandinaves avant le christianisme. Il nous apprend exactement la même chose dans la pratique rituelle grâce au texte du Havamal qui retranscrit l’exercice sacrificiel du dieu Odin lui-même.

« Je sais que je pendis

A l’arbre battu des vents

Neuf nuits pleines,

Navré d’une lance

Et donné à Odin

Moi-même à moi-même donné,

A cet arbre

Dont nul ne sait

D’où proviennent les racines.

Pont de pain ne me remirent

Ni de coupes;

Je scrutai en dessous,

Je ramassai les runes,

Hurlant, les ramassai,

De là, retombai.

Neuf chants suprêmes

J’appris du fils renommé

De Bölthorn, père de Bestla,

Et je pus boire

Du précieux hydromel

Puisé dans Odredir.

Alors je me mis à germer

Et à savoir,

A croître et à prospérer,

De parole à parole

La parole me menait,

D’acte en acte

L’acte me menait

Tu découvriras les runes

Et les tables interprétées,

Très importantes tables,

Très puissantes tables

Que colora le sage suprême

Et que firent les puissances

Et que grava le Crieur des Dieux. »

Il saute aux yeux l’analogie du rituel, en tous cas dans sa méthode et son but, avec l’orphisme.

Ajoutons à cela que les aptitudes, que va acquérir le dieu Odin grâce à son auto-sacrifice, rejoignent les qualités attribuées aux Orphéotélestes : pouvoir d’incantations, de lancer des charmes, la pratique de la magie, la communication avec les animaux, le pouvoir de s’approprier leurs caractéristiques, …

Le lien avec le chamanisme est évident et on prend conscience à travers ses pratiques très anciennes d’un fond encore plus ancien, dont l’origine se trouve peut-être au paléolithique.

OdinSacrifice2

De l’art de porter la barbe

Suite à la période des grandes invasions, deux peuples germaniques vont s’affronter en Ligurie, dans l’ancienne région d’Italie : les Winniles et les Vandales. Un mythe rapporté par l’historien du VIIIème siècle Paul Diacre fait état de l’affrontement et de sa dimension mystique. Comme tout bon mythe fondateur européen, la genèse est un combat sans merci.

Les Vandales prétendent obliger les Winniles à leur payer un tribut, donc de se reconnaître leurs vassaux ou se préparer à la guerre. Après avoir consulté leur mère Gambara, les chefs des Winniles nommés Ibor et Aio déclarent la guerre aux Vandales au nom de leur liberté.

Les Vandales s’adressent alors au dieu de la guerre et de la victoire Odin (ou Wodan sur le continent européen contre Odin en Scandinavie) pour obtenir satisfaction. Le dieu leur répond qu’il accordera la victoire à ceux qu’il apercevra les premiers à l’aube le jour du combat.

Gambara s’adresse plus astucieusement à l’épouse d’Odin, Freya, connaissant l’influence de la déesse sur son mari. Freya conseille aux femmes Winniles de défaire leurs cheveux afin de les nouer autour de leur visage à la manière d’une barbe et de s’installer en face de la fenêtre du ciel où Odin a l’habitude de regarder vers l’Orient. Au lever du soleil le jour du combat, Odin s’exclame : «  Qui sont ces longues barbes ? ». Et Freya répond « De même que tu leur as donné un nom, donne leur la victoire ! ». Le combat tourne à l’avantage des Winniles. Ils changent de nom en souvenir de cet événement pour se proclamer les Longues Barbes, autrement dit les Lombards.

Ce mythe fondateur nous apporte quelques éclairages sur la cérémonie du nom. Le don de la victoire par le dieu appelle un baptême pour remercier et lui rendre grâce. Il s’agit d’un acte qualifiant où la magie du nom fédère un peuple. Odin, dieu du verbe et de la magie, donne naissance à un clan. Il est honoré en retour par la célébration de la victoire et des premiers mots qu’il a utilisé pour qualifier les femmes Winniles qu’il a prises pour des guerriers. Il est à noter que la supercherie et la ruse dont fait preuve Gambara, sont des vertus propres au dieu de la victoire. Notons également le ton sentencieux qu’use Freya. Il peut s’agir d’un reliquat de formule cérémonielle.

La poésie du mythe est riche de sens et nous ramène un peu plus près de ces peuples païens de l’Europe.

Publié dans:Etudes, Le Haut Moyen-Age |on 7 septembre, 2019 |Pas de commentaires »

Le totémisme comme symbole des clans celtiques

GuerrierSanglier

Dans la légende de Finn, tirée des Mabinogion (compilation de quatre récits médiévaux gallois dont l’origine se trouve sans doute dans l’antiquité), on trouve un poème relatant les haut faits d’un héros.

Au cours d’une chasse royale, Finn et ses compagnons découvrent la tombe d’un des chefs de clan, mort au combat. Il s’agit de Failbé Findmaisech.

Finn se met à louer sa bravoure et compose un chant funèbre pour honorer sa mémoire :

« Ils trouvèrent la mort sous les défenses

Du porc féroce au large dos.

Il tua les chiens et les hommes,

Le sanglier énorme de Formael.

Il trouva le porc noir à la forme sombre

Qui vint combattre loyalement.

Il mit par terre chiens et gens,

Combat pour lequel la tombe était creusée.

Il m’était cher, Failbé le Rouge,

Le jour où il fit un carnage des étrangers.

Il répondait à l’affliction et à la bataille,

Celui qui est dans la tombe. »

Nous sommes habitués à ce genre de composition chez les Germains et les Scandinaves. Elle se trouve moins fréquente chez les Celtes mais cela ne laisse pas présager qu’elle n’ait pas ou peu existé dans l’antiquité celtique. Nous savons que le nord de l’Europe a préservé plus longtemps les témoignages du paganisme et ses mœurs pré-chrétiennes. Il est frappant de voir les similitudes dans le style et l’emphase avec ce que l’on connaît des visas des Sagas islandaises.

Revenons au texte en question : il évoque un combat à mort entre Failbé Findmaisech et un porc sauvage. Le sanglier est repris dans le bestiaire celtique, gaulois particulièrement, à la fois comme image de férocité et comme appartenance à un clan (voir à ce sujet l’article Le Chien de l’Ulster, ici)

L’évocation du combat contre le sanglier est à mettre en exergue avec le personnage principal Finn, qui se nomme également Demné, c’est à dire le cerf. Curieuse mise en scène que cette guerre entre deux animaux ! Nous sommes sans doute en présence d’un témoignage d’affrontement de clans où les emblèmes d’animaux sauvages ne sont que les expressions d’un totémisme propre à chaque tribu. D’ailleurs dans la légende d’Arthur, on retrouve plusieurs allusions semblables. Son propre nom évoque, par sa racine celtique artos, l’ours.

Que de métaphores pour comprendre en profondeur ces témoignages magnifiques de ce que fut la société pré-chrétienne européenne !

 

La poésie des objets

En étudiant la mythologie des dieux indo-européens, on se rend compte des attributs communs et des fonctions similaires, comme l’a démontré remarquablement Georges Dumézil.

Par exemple, il ressort que les dieux celtes et germains (pour mieux dire germano-scandinaves) possèdent des objets symboliques semblables. Ainsi dans la tribu irlandaise de la déesse Dana, on trouve pour le dieu Dagda un chaudron d’abondance contenant une nourriture inépuisable à l’image du dieu celte continental Sucellos. Les deux sont pourvus du maillet possédant le pouvoir de donner la vie ou la mort selon le côté où il frappe. Chez les peuples norrois c’est Thor qui est armé du marteau. Celui-ci est le symbole du tonnerre, en conséquence de la pluie et de la fertilité.

Il y a également l’arme de guerre par excellence : la lance. Celle du dieu Odin chez les scandinaves et celle de Lug chez les Celtes. Cette lance magique a le pouvoir de rendre invincible son possesseur, et permet de jeter un sort lorsqu’on la lance en préambule du combat pour s’approprier la victoire.

Chacun de ces objets est désigné par des métaphores ou dans certains cas son histoire fait écho à sa fonction. Le chaudron celte d’abondance fut apporté de Murias, une des îles au nord du monde, durant le règne du druide Semias (« subtil » en gaélique), un des quatre druides primordiaux de la tribu de Dana ; il est donc rattaché à la magie et à l’ésotérisme. On peut en déduire que son histoire est liée aux connaissances druidiques du sens de la vie.

Le symbole du marteau chez les vikings est Mjölnirr qui signifie l’éclair. Certains chercheurs l’ont traduit comme « destructeur », « arme foudroyante de couleur blanche », et « concasseur ». Pour Dagda comme pour Thor, c’est une arme destructrice. Toutefois la subtilité de la fonction de résurrection pour les Celtes est assez singulière et ramène encore à un sens perdu de la doctrine druidique.

La lance chez le dieu Norrois Odin est appelée Gungnir, c’est à dire le « chancelant » ; il faut peut-être voir dans cette image la victime saisie par la projection de l’arme. Pour le dieu irlandais Lug, la lance se nomme Gea Assail ou Ar-éadbair en gaélique ; ces deux expressions sont inexpliquées ; sans doute s’agit-il d’expressions relatives à l’image de sa fonction.

En élargissant la recherche à l’histoire, on se rend compte que les grands guerriers, ceux qui ont marqué l’histoire par leurs hauts faits, nommaient leurs armes par des désignations imagées. Ainsi dans les sagas islandaises, on voit le héros Egill Skallagrimsson appeler une de ses deux épées « Nadr », ce qui signifie « vipère », celle qui mord ses victimes. On trouve aussi une expression très explicite pour une autre épée : « Dure-entaille » ; c’est une des épées magique de la mythologie celtique qui deviendra Excalibur dans la légende arthurienne. Sans doute s’agit-il de la version postérieure à l’antiquité archaïque du dieu Nodons (Nuada en irlandais) dont l’attribut principal est son épée qui a le pouvoir de trancher le fer et l’acier ; elle luisait en permanence d’une lueur blanche, ce qui lui valut le nom de « Claíomh Solais », c’est à dire « épée de lumière » en gaélique.

Les images qui nous sont parvenues sont riches et narratives. Elles s’inscrivent dans le récit de l’épopée et démontrent encore toute la richesse et la culture des hommes d’armes depuis l’antiquité jusqu’au moyen-âge païen.

 

Le verbe pour perpétuer la mémoire

entrelacs

La parole publique chez les peuples païens européens est nécessaire pour conserver la mémoire collective. On le sait la louange ou la satire est omniprésente dans les sociétés pré-chrétiennes. Rappelons que les sociétés celtiques de l’antiquité connaissaient les mêmes codes sociaux et les mêmes craintes (cf à ce sujet les articles précédents : La Satire dans l’antiquité, De l’éloquence, Le lien historique entre poète et guerrier ) que les sociétés vikings. Les membres du clan se répétaient par les chants les haut-faits d’un guerrier, d’un chef de clan, ou au contraire condamnaient sa couardise. De leurs vivants les hommes qui étaient loués ou au contraire susceptibles d’être moqués publiquement attachaient énormément d’importance à l’image qu’ils véhiculaient et veillaient coûte que coûte à s’assurer une renommée digne. Tant la peur d’être abaissé, diminué, rongeait ces hommes, tant ils chérissaient la grandeur, présente et à venir. D’autres fois, c’est l’amour immodéré des titres et préséances, l’attention portée à la place où l’on vous faisait asseoir au banquet, à la façon dont on vous traitait. Car la seule arme vraiment mortelle que connaissait cette société, c’est la critique, la moquerie, la satire. La parole qui blesse, et qui finit par tuer socialement l’individu. Les lois elles-mêmes y veillaient avec attention.

En se penchant sur l’appareil de justice qui avait cour chez les vikings on se rend compte de son importance. Il tenait une telle place dans la vie des hommes, que tout était codifié, rien n’étant laissé au hasard : il fallait en effet contraindre l’ensemble de fortes individualités que représente une collectivité nordique à se plier à la loi, à entrer dans un consensus d’intérêts communs. Le but consistait à amener l’individu à reconnaître qu’il avait erré ou transgressé. Mais cette reconnaissance posait des problèmes. D’où, paradoxalement, le recours ultime et si fréquent à la force : on renverse un tribunal, et l’on voit, comme dans la Saga de Njall le brûlé, d’interminables et subtiles palabres se conclure par un affrontement physique !

Il faut mourir grand, la renommée dépasse toute autre valeur. Comme le dit en substance un grand bondi islandais condamné, à juste titre, par un évêque et qui refuse de plier : « c’est de moi-même que je prendrai la loi ! ».

Même la parole du dieu Odin le rappelle de manière très explicite dans le Havamal (strophes 76-77) :

« Meurent les biens, meurent les parents,

Et toi, tu mourras de même ;

Mais la réputation jamais ne meurt.

Celle que bonne l’on s’est acquise.

Meurent les biens, meurent les parents,

Et toi, tu mourras de même,

Mais je sais une chose qui jamais ne meurt :

Le jugement porté sur chaque mort »

Dans ces conditions, on comprend davantage les sociétés païennes et leur usage subtil des métaphores pour davantage magnifier les hommes et donner du sens sacré à leurs paroles.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité, Le Haut Moyen-Age, Le Moyen-Age |on 24 décembre, 2016 |2 Commentaires »

Les runes et les kenningar

runesBracteate

Beaucoup d’inscriptions runiques ont des objectifs magiques. La plupart utilise les métaphores et les tournures de phrases des kenningar pour opérer. On a déjà vu dans des précédents articles combien les rites magiques chez les vikings s’accompagnent de chants ou déclamations poétiques, difficiles à comprendre pour les profanes. Il est particulièrement intéressant de constater la polysémie de chaque rune dans des gravures récurrentes où il est question d’ésotérisme.

Par exemple l’inscription « ALU » composée des runes Ansuz, Laukaz et Uruz se rencontre dans de nombreuses gravures. Elle a de prime abord le sens de « magie ». Toutefois si l’on approfondit l’interprétation on se rend compte de la richesse du signe gravé et de ses nombreux sens qui prennent vie sous les injonctions (chant ?) du graveur lui-même. En effet, l’association des trois runes peut aussi s’identifier à une des boissons préférées des vikings : la bière. Il est d’ailleurs remarquable que l’inscription se soit retrouvée sur des cornes à boire et soit évoquée dans certains rites où la bière joue un rôle central comme dans un banquet d’intronisation d’un roi.

A cet égard, il convient de mentionner l’inscription runique  » LATHU LAUKAZ GAKAZ ALU ». Cette addition de six runes peut se traduire par  » invitation oignon coucou magie ».  Dans une interprétation odinique il apparaît évident que le coucou désigne la corneille du dieu Odin, car cette comparaison est souvent utilisé dans les sagas islandaises pour évoquer les attributs du dieu. L’oignon ou le poireau sont les symboles de viridité (croissance organique) du dieu Thor. Une gravure préconise d’ailleurs de jeter un de ces légumes dans la boisson pour se prémunir d’empoissonnement en consacrant la boisson au dieu Thor. La mention devient alors une invitation :  » Thor et Odin, envoyez-moi votre magie ! » ou  » Thor envoie-moi tes corneilles magiques ! »

Il y a donc un état d’esprit , une pensée développée autour des formules runiques. Elles concentrent une poésie en une formule lapidaire. L’exercice intellectuel de la formulation des kenningar est omniprésent pour comprendre le sens caché de ces inscriptions merveilleuses.

Publié dans:Etudes, Le Haut Moyen-Age, Le Moyen-Age |on 24 septembre, 2016 |1 Commentaire »

Réflexion sur le poème Beowulf

Le poème Beowulf dont nous avons déjà parlé dans le blog à plusieurs reprises (présentation du texte ici), devait être déclamé lors de banquets pour entretenir la mémoire collective des peuples auxquels il fait allusion. A l’intérieur du long récit se trouve le Chant de Finnsburh. Il consiste en un résumé (obscur et peu explicite) d’une aventure guerrière ayant survécu de manière fragmentaire et ayant été intégré au poème Beowulf.

Par delà les vertus de courage, de bravoure militaire, de compagnonnage on peut interpréter le déroulement des faits comme un mythe déguisé sur les cycles des saisons. En effet, plusieurs incohérences pour l’époque interpellent sur l’authenticité des hauts faits décrits. En tous les cas, elles soulignent l’utilisation des événements, qu’ils soient historiques ou non,  comme un support à une métaphore mythologique très forte chez les païens européens. Citons à titre d’exemple, l’incongruité de la cohabitation entre anciens ennemis ; elle apparaît  contraire aux valeurs des sociétés guerrières du Haut Moyen-Age. De la même manière le parjure des Danois qui violent l’accord de trève avec les Frisons et les Jutes en reprenant les hostilités lors de l’arrivée de renforts ne semble guère correspondre aux us et coutumes militaires de l’époque.

En dressant un parallèle avec le scénario archétypal du cycle des saison on y trouve les mêmes événements : l’histoire d’une femme (Hildeburh) enlevée que ses deux frères (ici deux chefs de clans : le roi Hnoef et Hengest) ramènent chez elle après avoir vaincu son ravisseur (ou époux, ici Finn). Cela est le cas dans l’antiquité chez Homère au travers de son récit de L’Illiade et la libération de Hélène dans la guerre de Troyes, dans le  culte des Dioscures (Castor et Pollux) qui réussissent à enlever les deux filles du roi Leucippos, …

Il semble bien que le mythe originel mette en scène un couple de jumeaux divins (Jour et Nuit ?), une femme enlevée puis reprise (l’Aurore de l’année) ou bien la fille du Soleil capturée par le dieu Lune.

Dans le poème de Beowulf, Finn est tué, son palais pillé et son épouse Danoise ramenée chez les siens, rappelant la lutte perpétuelle entre les saisons, le soleil, la nuit, l’été et l’hiver.

Publié dans:Etudes, Le Haut Moyen-Age |on 31 juillet, 2016 |Pas de commentaires »

Les signes héroïques

crane

Partant d’une étude comparative réalisée sur les héros germaniques, nordiques et celtiques par Dumézil dans son ouvrage Heur et malheur du guerrier, il est intéressant de relever plusieurs traits communs caractéristiques.

Les Celtes continentaux de l’antiquité ont gravé sur certaines monnaies des personnages dont une émanation en forme de clou leur sort du front. Ce détail pris uniquement dans une période et une zone géographique est assez pauvre de sens. Nous ne disposons d’aucune source contemporaine pouvant expliquer ou au moins relater le fait dans une histoire, un mythe ou un rite. Grâce à l’étude comparative il devient possible d’établir des hypothèses de travail en établissant des ponts entre les zones géographiques de même culture, ou entre des périodes proches ou consécutives dans l’histoire des peuples pré-chrétiens.

En Irlande, le héros païen Cuchulainn a survécu grâce aux manuscrits des clercs du Haut Moyen-âge qui ont couché sur papier la mémoire de tout un peuple. Relevons le fait qui nous intéresse après son premier combat dans le récit des Macgnimrada :

un signe démonstratif de sa victoire apparaît  » s’élevant du sommet de son crâne  » .  » La lune de héros sortit de son front, aussi longue, aussi épaisse, que la pierre à aiguiser d’un guerrier, aussi longue que le nez. »

Cette description n’est pas sans rappeler les gravures gauloises mentionnées plus haut.

En observant du côté des Germains et des Norrois, un épisode fameux opposant le dieu Thor au géant Hrungnir fait écho à la singularité observée chez les héros celtiques. En effet, après ce duel, Thor porte dans sa tête le morceau de la pierre à aiguiser, arme du géant, qui était venu s’y fixer. Il y a donc un rapprochement évident avec le récit et les gravures celtes. Ces ressemblances s’inscrivent dans une histoire originelle commune où la pierre à aiguiser fichée dans le crâne du héros peut s’interpréter de plusieurs manières :

comme le stigmate de vaillance ou de bravoure guerrière ;

comme le témoignage d’un combat épique caractérisant le héros ;

comme le signe corporel d’un rite initiatique guerrier ;

comme le passage d’un outil chirurgical destiné à la trépanation comme cela semble avoir été le cas chez les peuplades mentionnées, d’après les découvertes archéologiques réalisées en Suisse, en Autriche et en Allemagne pour des raisons thérapeutiques mystiques ou dans un rite d’initiation qui nous échappent.

La pierre à aiguiser dans le front du guerrier est un kenning dont le sens n’a pas encore été trouvé mais qui est fondamentalement attaché au mythe guerrier et héroïque.

 

 

 

 

Le symbole du chien

Le symbolisme du chien dans les traditions populaires et la mythologie est intéressant à plusieurs égards. Il nous renseigne sur l’importance de sa fonction et son rôle dans les sociétés archaïques.

Dans le folklore germanique, le chien renvoie à l’image du dieu Odhin. Dans le pays de Bade, à l’époque de Noël, on prépare d’ailleurs des petits pains représentant des chiens singuliers : ils n’ont que trois pattes, comme le chien de la Wilde Jagd (chasse sauvage). Disposés dans la maison ou jetés dans le foyer, ces Hundchen protègent de la foudre et de la tempête. Il n’est pas difficile d’y retrouver d’anciennes offrandes aux compagnons de « Hakelberg », une évolution du dieu Odin, d’après Otto Hofler.

« Chez les Germains, surenchérit Alexandre H. Krappe, les chiens seuls voyaient Hel, déesse de la mort, quand elle parcourait le pays». C’est d’ailleurs un chien, nommé Garm, qui garde l’entrée du Niflheim, royaume des morts, des glaces et des ténèbres. Dans la Grimnismàl, poème eddique, seuls les chiens reconnaissent Odhinn lorsqu’il fait son apparition à la cour du roi Geirrod, déguisé en mendiant.

Le kenning associé au chien que l’on trouve dans la littérature viking est « le chien du heaume » : il représente l’arme de guerre qui entre dans la chair. Dans le Darradarljod, poème transmis par Snorri Sturlusson, on rencontre cette métaphore quand Dorrudr a une vision sur le dénouement d’une bataille :

 » Les lances se dardent, les écus se brisent. Le chien du heaume va trouver son gîte. »

Dans le monde celtique le chien, associé au monde des guerriers, est particulièrement à l’honneur. Cependant, il prend parfois une couleur maléfique. En Bretagne, le chien noir des Monts d’Arrée représente les damnés. «De nos jours encore, ajoute Jan de Vries dans La religion des Celtes, dans les superstitions irlandaises, le chien passe pour être un démon, voire un dévoreur de cadavres. »

Rappelons ici la geste du héros insulaire celtique. Il prend le nom de Cúchulainn, c’est-à-dire le « Chien de Culann », par son grand-père et tuteur le druide Cathbad, quand il tue, à l’âge de cinq ans, le chien de garde du forgeron Culann. Cet événement est l’acte fondateur du héros et renvoit sans doute à un parcours initiatique. De l’animal, il gardera la férocité au combat et l’aspect effrayant.

Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, dans le Dictionnaire des symboles nous disent à propos du chien : « il n’est sans doute pas une mythologie qui n’ait associé le chien au monde du dessous, à la mort, aux Enfers, aux empires invisibles que régissent les divinités chtoniennes ou séléniques… La première fonction mythique du chien est celle de psychopompe, guide de l’homme dans la nuit de la mort, après avoir été son compagnon dans le jour de la vie. D’Anubis à Cerbère, par Thot, Hécate, Hermès, il a prêté son visage à tous les grands guides des âmes, à tous les jalons de notre histoire culturelle occidentale… Ce rôle joué par le chien n’est pas accidentel. Dans l’Europe antique, une fonction funéraire lui est constamment dévolue.»

Le chien incarne dans les vieilles sociétés européennes, le compagnon porteur de mort ; il fait passer l’âme du trépassé dans le monde des morts. Il peut aussi représenter les vertus de courage et de férocité quand il est associé au compagnonnage guerrier.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité, Le Haut Moyen-Age, Le Moyen-Age |on 9 février, 2016 |1 Commentaire »

L’image du voyageur

Wodan

 

« Gestr » est le nom de l’hôte ou de l’étranger que se donne le dieu Odin dans la Saga de Saint Olaf. On retrouve l’étymologie commune à l’anglais « guest ».

Gestr aime jouer au voyageur que l’on ne reconnait pas. Dans la Saga de Hervarar, Odin se fait appeler Gestumblindi, qui littérallement provient de « gestr-inn-blindi », c’est à dire l’hôte aveugle, en allusion à l’oeil unique qu’il possède.

Odin, le dieu de la transe et de la métempsychose, apparaît comme un homme cheminant, qui est de passage dans le monde des hommes. L’idée du dieu cheminant est importante en mythologie européenne. On la retrouve chez le Hercule irlandais Cùchulainn dont le premier nom initiatique est Sétanta en gaélique, c’est à dire le sentier.

Dans le Chant solennel antique des Havamal (les Dits du Très Haut) Odin exprime des principes de conduite. Il fait l’énumération d’une cinquantaine de préceptes liés au voyageur. Il s’agit  de recommandations qui semblent parfois hermétiques et quelquefois très abordables, dont voici quelques extraits :

« La raison est nécessaire à celui qui voyage au loin ; son ami le plus sûr c’est beaucoup de raison. »

« Un hôte prudent ne parle guère en arrivant au gîte. Avec ses oreilles, il écoute. Avec ses yeux, il observe. Ainsi se conduit un sage. »

« Le meilleur fardeau dont tu puisses te charger en route c’est beaucoup de prudence ; elle est plus précieuse que l’or en pays inconnu et te prêtera secours dans le besoin. »

Ainsi l’image du voyageur prend la dimension d’un parcours initiatique. Peut-être sommes nous en présence de fragments d’une veille tradition sacerdotale pour les élèves postulants ?

Publié dans:Etudes, Le Haut Moyen-Age, Le Moyen-Age |on 21 novembre, 2015 |Pas de commentaires »
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