Archive pour la catégorie 'L’Antiquité'

Le Dialogue des deux sages, de la parole druidique

Dans Le Dialogue des deux sages (pour plus de précisions sur le texte et son origine, je vous invite à prendre connaissance de l’article Le Dialogue des deux sages, introduction), nous trouvons des tournures de phrases complexes et pleines de sous entendus. En dépit du sens profond qui nous échappe partiellement aujourd’hui, faute de filiation dans la tradition druidique, nous pouvons considérer des faits comme acquis en ce qui concerne la vision sociétale de l’époque de l’apogée celtique en Europe.

En effet, dans la joute verbale qui oppose deux officiants druidiques, on trouve ce que l’on appellerait de nos jours « une promesse de bel avenir professionnel » dans l’antiquité celtique. Fechertne, le prétendant à la charge de docteur suprême de l’Ulster promet à son rival (Nede) d’être un  » panier de poésie », un « roc de docteurs », et « le bras d’un roi ».

Ces allégories représentent sans doute trois charges de la fonction druidique :

la qualité de l’éloquence, de la poésie et sans doute du chant (récitations, incantations) par la pratique bardique ;

la qualité de la médecine, des sciences (astronomiques, arithmétiques, en herboristerie, …) et de divination telle a pu l’être la pratique du vate ;

enfin, la qualité d’organiser la société dans ses juridictions, dans sa hiérarchie, dans la pratique martiale en tant que conseiller du souverain.

Le dialogue des deux sages révèle une vision de la place du druide dans la société celtique à travers des métaphores poétiques ; il laisse supposer que la plus haute fonction sacerdotale, docteur suprême, couvre les compétences subordonnées au druide comme celles dépendantes du barde et du vate.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 6 janvier, 2019 |1 Commentaire »

L’image du serpent cornu

Cern

Dans la mythologie grecque, l’épisode de l’origine des hommes est racontée par l’image du serpent cornu Zagreus. Brièvement, le mythe raconte la transformation de Zeus en dragon qui fait violence à sa fille Perséphone. De cette union naît Zagreus, le « Petit Cornu », serpent dont la tête est surmontée de cornes de bélier. Héra, jalouse, excite contre lui les Titans qui l’amusent d’abord, puis se jettent sur lui pour le dévorer. Vainement, Zagreus, qui essaie de s’échapper, prend la forme d’animaux divers. Son corps est mis en pièces et les Titans le dévorent. Seul son cœur est resté intact. Athéné le rapporte à Zeus qui l’avale. Puis Zagreus renaît sous le nom de Dyonisos (dieu cornu) et les Titans, ses meurtriers, sont frappés de la foudre. Mais les hommes, nés de la cendre des Titans, porteront en eux la peine du crime de leurs ancêtres déicides.

Il est curieux de constater que le serpent divin se retrouve en Gaule à travers plusieurs images archéologiques et témoignages contemporains. Ainsi, Pline narre l’épisode de « l’oeuf serpent » tenu en haute estime chez les druides. « En été, il se rassemble une multitude innombrable de serpents qui s’enlacent et sont collés les uns aux autres, tant par la bave qu’ils jettent que par l’écume qui transpire de leurs corps ; il en résulte une boule appelée œuf de serpent. Les druides disent que cet œuf est lancé en l’air par les sifflements des reptiles, qu’il faut alors le recevoir dans une saie sans lui laisser toucher la terre, que le ravisseur doit s’enfuir à cheval, attendu que les serpents le poursuivent jusqu’à ce qu’une rivière mette un obstacle entre eux et lui… »

On peut entrevoir dans cet épisode fantastique la simplicité d’une tradition archaïque consistant en un œuf divin né de l’accouplement de serpents divins.

Pour ce qui est de l’image archéologique du serpent cornu, on la retrouve dans tout l’est de la Gaule antique. Ainsi sur l’autel de Mavilly, le serpent cornu figure à côté de douze dieux romanisés. De même sur l’autel de Paris dans une forme de Mercure tricéphale, aux côté d’un bélier (ce qui fait écho aux cornes de Zagreus). Idem pour la stèle de Beauvais dont la face est occupée par une image de Mercure. De la même manière sur les objets purement celtiques dont le plus illustre consiste en le chaudron de Gundestrup, où apparaît le dieu gaulois Cernunnos tenant dans sa main une forme de Zagreus, serpent à cornes de bélier.

On aperçoit dans l’image du serpent cornu (du serpent divin en général) un lien ténu entre la mythologie grecque et celtique. On remarquera que cette image est rattachée à un chaos et une naissance : des forces destructrices donnant naissance à une déité chez les grecs ; un œuf cosmique convoité chez les Celtes. Chez les uns la doctrine orphique permettra de se libérer du pêché originel lié au déicide ; chez les autres, la doctrine druidique intégrera l’image originelle cosmique dans sa mythologie.

Cernunnos

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 14 octobre, 2018 |Pas de commentaires »

Le Chien de l’Ulster

L’épopée du héros irlandais Cuchulainn fournit sans doute une preuve difficilement réfutable du totémisme chez les anciens Celtes.

Cuchulainn est une métaphore qui signifie littéralement le « chien de Culann » (voir à ce sujet l’article La Magie du nom porté ). Au regard de son histoire il apparaît qu’il est soumis à un tabou pesant sur les clans totémiques. Ce guerrier celtique du clan « chien », (comme on trouve les clans « ours », « sanglier », « taureau », « corbeau » en Gaule notamment) ne doit jamais manger la viande de son totem, hormis lors de cérémonies religieuses.

Avant son ultime bataille, Cuchulainn rencontre trois vieilles femmes l’invitant à manger du chien. Alors qu’il touche à cette nourriture proscrite, « la malédiction atteint tout son côté gauche qui, de la tête aux pieds, perd une grande partie de sa force. »

A contrario c’est lors du rituel de la mise à mort du chien, pendant l’épisode de son enfance, qu’il acquiert toute sa force surhumaine.

L’image du chien accompagne le héros et le caractérise comme tel. La métaphore démontre la prégnance de l’animal totémique dans le clan guerrier.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 23 septembre, 2018 |Pas de commentaires »

Kvasir, l’origine du serment

Dans un article que j’écrivais le 20 avril 2014 (Du mythe et de sa conservation verbale) à propos de la signification de la création de la boisson originelle du plus sage des hommes dans la mythologie norroise, Kvasir, j’évoquais l’importance du crachat dans la boisson.

Cet acte communiel entre deux clans est un acte fondateur.

Dans la guerre de fondation qui oppose les Ases aux Vanes, il est question de l’épisode où les deux peuples ennemis scellent un pacte de paix en crachant dans un récipient contenant des baies fermentées. De cette fermentation est né Kvasir qui incarnera alors la sagesse et la paix.

Il est fort intéressant de constater combien de nombreux peuples sous de hautes latitudes ont pratiqué ce rituel. En Sibérie quand Humboldt et Klaproth pénètrent chez un chef Tatar, on prépare le kvas en leur honneur ; pour cela, on demande à toute personne qui entre dans la tente de cracher dans une cruche de lait placée près de la porte. Il s’en suit une fermentation rapide et alors on l’offre aux hôtes.

Ainsi à travers un rituel ancestral et la fabrication d’une boisson issue de la fermentation, nous trouvons l’origine de mœurs vivantes de nos jours ; le fait de porter un toast et de trinquer et aussi de prêter serment en crachant ; « juré, craché » comme on le dit aujourd’hui.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité, Le Moyen-Age |on 28 mai, 2018 |Pas de commentaires »

Le modèle celtique du polytechnicien

Dans la mythologie irlandaise celtique, le dieu primordial et lumineux Lug incarne l’omniscience. Il est l’inventeur de toutes les techniques et de tous les arts. Dans un épisode où Lug se présente devant la forteresse de Tara, il doit déclamer ses aptitudes au portier. Voici quelques extraits des échanges :

 » Qui êtes-vous ? demanda le portier.

- (…) Lug Lonnanslech (…)

- Quel métier fais-tu ?

- Je suis charpentier.

- Nous n’avons pas besoin de toi, répliqua le portier. Il y a déjà chez nous un charpentier (…)

- A ta question, ô portier, voici ma réponse : je suis un forgeron.

- Nous n’avons pas besoin de toi. Il y a déjà chez nous un forgeron (…)

- A ta question, ô portier, voici ma réponse : je suis un guerrier puissant.

- Nous n’avons pas besoin de toi. Il y a déjà un guerrier puissant chez nous (…)

- A ta question, ô portier, voici ma réponse : je suis joueur de harpe. »

et s’en suit une longue joute verbale où Lug s’annonce successivement être un guerrier habile et célèbre, un poète, un historien, un magicien, un médecin, un échanson, un bon ouvrier en bronze. Il est éconduit à chaque fois mais finalement propose au portier de demander à son roi  » s’il a chez lui un homme qui, à lui seul, sache tous ces métiers à la fois. Si un tel homme existe chez lui », Lug promet de ne pas entrer à Tara. C’est par cette dernière proposition que le dieu polytechnicien finit par pénétrer dans l’enceinte.

On devine dans ce passage mythologique un rituel ancestral où toutes les habiletés requises dans la société celtique sont exigées pour rejoindre un clan. Lug est le modèle celtique du polytechnicien. A noter que le terme « Lonnanslech » signifie le « multiple artiste ».

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 30 avril, 2018 |Pas de commentaires »

La magie du nom porté

Cûchulainn

La légende du héros irlandais Cûchulainn est riche d’enseignements à propos du nom porté dans le parcours initiatique des Celtes païens.

Sa mère lui donne le nom de Setanta, qui signifie le sentier. A sa naissance, Morann le Juge prophétise : « Le los de cet enfant étonnera les âges. Rois et druides, bardes et bouffons, guerriers en armes et conducteurs de chars rediront à l’envi ses exploits merveilleux. Il défendra nos gués contre l’envahisseur, il vengera les torts que nous avons subis. Que bénie soit sa venue parmi nous ! »

Puis, plus tard, Setanta vient à bout d’un molosse dressé pour la garde de la forge de Cûlainn. Cet incident constitue le premier fait d’arme du héros. Le forgeron, accablé de la perte de son gardien blâme l’enfant ; ce dernier propose alors ses services pour remplacer le chien de garde. Le druide Cathbad prend alors la parole et déclame :  » Que désormais ton nom ne soit plus Setanta ! Mais qu’il soit Cûchulainn, le dogue de Cûlainn ! « .

Ainsi, dès sa naissance, sa mère pressent pour son fils une vie riche d’enseignements et pour symboliser le parcours qui l’attend le nomme « sentier ». La cérémonie du nom qui existait dans l’antiquité celtique et qui était présidée par les druides est narrée ici par la prise de parole de Cathbad après la mort du chien de Cûlainn.

Nous sommes donc en présence d’un témoignage altéré d’un cérémonial païen. La force des images résonne encore de leur symbolique et de l’honneur rattaché aux guerriers des sociétés celtiques.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 15 mars, 2018 |Pas de commentaires »

La poésie des objets

En étudiant la mythologie des dieux indo-européens, on se rend compte des attributs communs et des fonctions similaires, comme l’a démontré remarquablement Georges Dumézil.

Par exemple, il ressort que les dieux celtes et germains (pour mieux dire germano-scandinaves) possèdent des objets symboliques semblables. Ainsi dans la tribu irlandaise de la déesse Dana, on trouve pour le dieu Dagda un chaudron d’abondance contenant une nourriture inépuisable à l’image du dieu celte continental Sucellos. Les deux sont pourvus du maillet possédant le pouvoir de donner la vie ou la mort selon le côté où il frappe. Chez les peuples norrois c’est Thor qui est armé du marteau. Celui-ci est le symbole du tonnerre, en conséquence de la pluie et de la fertilité.

Il y a également l’arme de guerre par excellence : la lance. Celle du dieu Odin chez les scandinaves et celle de Lug chez les Celtes. Cette lance magique a le pouvoir de rendre invincible son possesseur, et permet de jeter un sort lorsqu’on la lance en préambule du combat pour s’approprier la victoire.

Chacun de ces objets est désigné par des métaphores ou dans certains cas son histoire fait écho à sa fonction. Le chaudron celte d’abondance fut apporté de Murias, une des îles au nord du monde, durant le règne du druide Semias (« subtil » en gaélique), un des quatre druides primordiaux de la tribu de Dana ; il est donc rattaché à la magie et à l’ésotérisme. On peut en déduire que son histoire est liée aux connaissances druidiques du sens de la vie.

Le symbole du marteau chez les vikings est Mjölnirr qui signifie l’éclair. Certains chercheurs l’ont traduit comme « destructeur », « arme foudroyante de couleur blanche », et « concasseur ». Pour Dagda comme pour Thor, c’est une arme destructrice. Toutefois la subtilité de la fonction de résurrection pour les Celtes est assez singulière et ramène encore à un sens perdu de la doctrine druidique.

La lance chez le dieu Norrois Odin est appelée Gungnir, c’est à dire le « chancelant » ; il faut peut-être voir dans cette image la victime saisie par la projection de l’arme. Pour le dieu irlandais Lug, la lance se nomme Gea Assail ou Ar-éadbair en gaélique ; ces deux expressions sont inexpliquées ; sans doute s’agit-il d’expressions relatives à l’image de sa fonction.

En élargissant la recherche à l’histoire, on se rend compte que les grands guerriers, ceux qui ont marqué l’histoire par leurs hauts faits, nommaient leurs armes par des désignations imagées. Ainsi dans les sagas islandaises, on voit le héros Egill Skallagrimsson appeler une de ses deux épées « Nadr », ce qui signifie « vipère », celle qui mord ses victimes. On trouve aussi une expression très explicite pour une autre épée : « Dure-entaille » ; c’est une des épées magique de la mythologie celtique qui deviendra Excalibur dans la légende arthurienne. Sans doute s’agit-il de la version postérieure à l’antiquité archaïque du dieu Nodons (Nuada en irlandais) dont l’attribut principal est son épée qui a le pouvoir de trancher le fer et l’acier ; elle luisait en permanence d’une lueur blanche, ce qui lui valut le nom de « Claíomh Solais », c’est à dire « épée de lumière » en gaélique.

Les images qui nous sont parvenues sont riches et narratives. Elles s’inscrivent dans le récit de l’épopée et démontrent encore toute la richesse et la culture des hommes d’armes depuis l’antiquité jusqu’au moyen-âge païen.

 

Les surnoms des dieux celtes

Dans le panthéon celtique, il existe un nombre invraisemblable de surnoms pour désigner les dieux. Il s’agit sans doute d’un tabou verbal comme on peut le voir dans le culte du dieu nordique Odin. Il convient de désigner le dieu sans jamais le nommer dans ce cadre précis. Comme si l’incantation à son encontre devait être suggérée ou matérialisée de manière poétique ou en tous cas détournée. Cette application ne nous surprend pas au regard des différents travaux émis sur ce blog. Nous savons en effet que les kenningar participaient à désigner ou interpeller les forces qui régissent l’univers pour interférer de manière favorable dans la vie des hommes. Nous avons en effet observé tous les liens existants avec ces métaphores et la pratique religieuse et magique.

Aussi il est intéressant de se pencher sur le cas des dieux irlandais : on trouve ainsi pour le dieu Lug (le dieu primordial et lumineux) les qualificatifs « polytechnicien » (Samildanach en gaélique) et « au long bras » (Lamfada en gaélique) ; Lug est l’inventeur de toutes les techniques et de tous les arts, il est magicien, et comme le dieu Odin il dispose d’une lance magique ce qui lui vaut son surnom de dieu au long bras.

Pour le dieu Dagda, archétype du druide, il convient de le nommer « Rouge de la science » (Ruadh Rofhessa en gaélique) car comme tout druide de l’antiquité il revêt également un aspect guerrier symbolisé par la couleur de la caste en question : le rouge. Il est aussi désigné comme « celui qui combat par l’if, père puissant » (Eochaid Ollathir en gaélique) ; l’if étant sans doute une métaphore pour désigner l’arme du dieu, la massue. La référence à son aspect géniteur comme père puissant renvoie aussi vraisemblablement au même attribut qui selon l’endroit frappé, tue ou ressuscite. Il a donc une influence considérable sur la destinée des hommes avec ce droit de vie et de mort.

Le lien entre les hommes et les dieux s’est donc maintenu par des mots employés à dessein et remplis d’images faisant écho aux forces et aux fonctions de chacun d’eux. Il est particulièrement intéressant de constater ce point commun traversant les siècles depuis l’antiquité jusqu’au moyen-âge. Si tabou verbal il y a, il marque un profond respect des hommes et des intercesseurs pour pouvoir accéder aux bonnes faveurs de leurs dieux ancestraux.

 

Publié dans:Etudes, L'Antiquité, Non classé |on 21 juillet, 2017 |Pas de commentaires »

Un pont entre la préhistoire et le moyen-âge

Il existe un grand nombre de gravures sur pierres en Scandinavie représentant des scènes avec des personnages, des armes, des animaux et ce qui semble être des navires. Ces pétroglyphes gravés sur une longue période comprise entre le VIème millénaire avant JC et -500 semblent faire écho à des textes issus de la cosmogonie germano-scandinave écrits au moyen-âge. En effet, il n’est pas improbable de considérer que la mythologie du Nord avec ses grandes scènes épiques aient été maintenues quasiment intactes à travers plusieurs millénaires, du fait de leur isolement géographique et ainsi perpétuées au cours des âges. Nous pouvons avec la plus grande honnêteté intellectuelle nous avancer sur ce terrain en mettant en parallèle des figures bien particulières avec un extrait d’un fameux épisode du dieu Thor. Ci-dessous vous pouvez voir une compilation de pétroglyphes (provenant de Suède essentiellement) à la thématique commune et mettant en scène un personnage aux dimensions surhumaines, semblant porter à bout de bras un bateau scandinave, que les spécialistes appellent les « bateaux à peignes » pour désigner ces représentations singulières de navires.

Hlorridi

 

« Marcha Hlorridi

Empoigna la proue,

Souleva avec l’eau qu’il avait embarquée

Le cheval de la mer

A lui tout seul,

Avec rames et écopes,

Porta jusqu’à la ferme

le cochon du ressac du géant,

Passant à travers

Les crêtes boisées. »

Le texte semble décrire précisément les illustrations alors que plusieurs millénaires les séparent. Relevons au passage les kenningar :

Hlorridi est un surnom du dieu Thor et signifie « le chevaucheur bruyant »;

« le cheval de la mer » est le bateau ;

« le cochon du ressac du géant » est aussi le bateau.

Ainsi ces quelques vers issus de l’edda poétique (XIIIème siècle) avec leurs kenningar lèvent le voile sur des représentations sacrées gravées dans la pierre. Nous sommes en présence d’une thématique forte pour les peuples du Nord qui ont su transmettre l’essentiel de leur mythologie par voie orale pendant plusieurs millénaires. Forte, effectivement puisque ressortie intacte sous la plume d’un auteur islandais après l’avènement du christianisme en Europe du nord. Les kenningar renforcent l’idée de sacralité de l’épisode. La forme des vers très courte et dans leur langue originelle très rythmée corrobore l’hypothèse d ’un chant ancestral.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité, Le Moyen-Age |on 12 mars, 2017 |Pas de commentaires »

Du rituel gaulois et des kenningar

Une inscriptions gauloise trouvée en Auvergne, près d’une source, sur une tablette en plomb et datant du premier siècle nous apprend que les rituels magiques utilisaient des métaphores.
En effet, il est intéressant de trouver des expressions recherchées et imagées pour exprimer une volonté de changer le cours des choses par l’opération de(s) dieu(x) ou de forces spirituelles.
Le dieu Maponos est invoqué dans ce cas. Il est le fils d’une rivière mythique et sans doute l’incarnation de la jeunesse et de la vitalité. La mention « L’inflétrissable » dans l’inscription retrouvée renforce cette idée.
Nous trouvons plusieurs allégories qui compte tenu de leur fonction peuvent s’apparenter sans problème aux kenningar. Le double langage est utilisé comme le feront les vikings dans leurs fameuses « visas » truffées de kenningar.
L’expression : « le petit deviendra grand » semble bien être une formule incantatoire. Elle s’explique par le lien omniprésent dans la cosmogonie européenne entre le microcosme et le macrocosme, comme par exemple dans l’oracle d’Appollon sur Camarine : « Ne rends pas la moindre majeure ». On peut également l’entendre comme l’offrande de la tablette, la petite chose, qui va entraîner les grandes conséquences espérées. De nos jours ce lien subtil entre les deux dimensions spatiales (un monde à deux échelles) a été théorisé par la théorie du battement d’ailes du papillon, ou la théorie du chaos.
Une seconde expression présente sur la tablette « redresser le courbé » est, là aussi, une métaphore. Elle pourrait évoquer le rétablissement (redressement) de la revendication comme un procédé naturel de retour à la forme initiale. Sans doute par là même faire référence à une cause noble (liberté, alliance…) ou juridique (faire valoir son droit, revendiquer une propriété…). En effet, à travers l’adjectif « courbé » existe la notion de contrainte qui pourrait être une coercition subie par le clan dont il est question (les Segovii).
L’emploi du verbe « frapper » a le double sens de survenir et de heurter. Il scelle le rituel comme un jugement irrévocable, à mettre en parallèle avec le geste contemporain du juge utilisant son marteau.

Je donne ci-dessous la traduction de Jean-Paul Savignac de l’inscription gauloise :

 » L’Inflétrissable j’honore, Divin, par l’écrit, Maponos Arverne
Exauce-nous, et aussi ceux-ci, par la magie des jeunes femmes :
C(aios) Lucios Floros Nigrinos, incantateur, Emilios Paterin,
Claudios Legitumos, Caelios 
Pelign(os), Claudios Pelign(os),
Marcios Victorin., Asiaticos 
fils d’ Addedillos,
et les Segovii, qui prêteront 
serment.
Le petit, quand il l’aura lié, deviendra 
grand.
J’offre le changement et redresse le courbé
dans l’avenir je verrai par l’écrit de l’incantation cela même frapper (ou être) ainsi.
Je les prépare pour le serment.
Je les prépare pour le serment.
Je les prépare 
pour le serment. Jure ! « 

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 28 février, 2017 |1 Commentaire »
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