Archive pour la catégorie 'L’Antiquité'

L’oiseau et sa représentation

 

oiseaux

 

 » La sterne de la bataille «  est un kenning pour représenter le corbeau, souvent présent sur les champs de bataille.

 » Le cygne de la sueur de l’épine des blessures «  pourrait aussi se dire  » le cygne du sang « , une autre figure du corbeau. On aura identifié le sang avec le terme  » sueur « , l’épée avec  » l’épine des blessures « .

 

Publié dans:L'Antiquité, Le Haut Moyen-Age |on 12 février, 2022 |Pas de commentaires »

L’ambivalence de l’image de Thor

On connaît la double fonction du dieu Thor dans la mythologie scandinave (cf à ce sujet Le marteau de Thor et sa fonction fertilisante). Il est défini initialement comme un grand combattant défendant les intérêts du peuple contre les forces destructrices que représentent les géants. Cet attribut martial semble avoir évolué vers une fonction plus fertilisante, sans que l’on sache dans quel ordre ce « glissement » ait opéré.

S’agit-il d’une appropriation contemporaine du Moyen-âge, qui confrontée au bouleversement religieux de l’étendue du christianisme aura défini autrement les vieilles divinités ? Ou au contraire, sommes-nous en présence d’un culte beaucoup plus ancien qui donnait initialement le dieu comme représentant de la troisième fonction comme le fut Freyr, dieu de la fécondité ?

Les sagas islandaises regorgent de surnoms de personnages héroïques rattachés au nom du dieu Thor (Thorsteinn, Thorulfr, Thorin, …), laissant à penser qu’il fut très populaire ; son culte semble avoir été très répandu chez les guerriers. C’est pourquoi dans l’image populaire, on le pense comme un grand guerrier. Pour autant, il semble plus honnête de le considérer comme un guerrier, certes, mais rattaché aux forces célestes que sont la foudre, la pluie, le tonnerre. Les valeurs que revendiquent les hommes qui le vénèrent sont le courage, la force brute, l’esprit de justice mais aussi sa simplicité, son manque de duplicité (contrairement à Odin).

Que dire des pétroglyphes retrouvés dans le sud de la Suède représentant un personnage au maillet bénissant l’union d’un couple ? Le fait de déposer un marteau dans le lit d’un couple, toujours en Suède, encore au XXème siècle, n’est-il pas la survivance des images gravées dans la pierre, antérieures de plusieurs millénaires ?

Le dieu au maillet est ainsi défini par Adam de Brême, quand il décrit le temple suédois d’Uppsala, comme le dieu principal, trônant au milieu et explicitement «  maître de l’atmosphère et gouvernant le tonnerre et la foudre, les vents et les pluies, le beau temps et la moisson… ».

Il est donc difficilement opposable que Thor n’ait pas été le dieu du peuple paysan, défendant les intérêts agricoles et représentant de la fécondité par le marteau phallique dont la semence (la pluie) mettra la terre-mère en germination.

Pour Georges Dumézil, l’affaire est clairement entendue dans son œuvre « Mythes et Dieux des Indo-Européens ». En parlant d’Adam de Brême, il dit : « il n’y a pas de raison de récuser l’essentiel de son témoignage : le glissement de la guerre dans le domaine de Wodan (Odin), le glissement inverse de Thor au service du paysan sont des faits. »

Les époques auxquelles on fait référence n’ont guerre de liens logiques entre elles dans la mesure où l’on se rend bien compte qu’aux mêmes moments, des visions différentes du dieu coexistent sans que l’on relève d’objections dans les témoignages de chacune des périodes. Nous devons donc admettre que le culte de Thor fut complexe et ambivalent. Je m’orienterais davantage vers une hypothèse « régionaliste » pour expliquer le phénomène. En effet, les grosses différences de culte rendu au dieu Thor résident surtout dans des localités éloignées les unes des autres plutôt que dans des époques distantes. L’Islande, théâtre de toutes les grandes aventures vikings fut propice à la célébration du courage, de la vaillance et de la force du dieu dans ses combats. Il semble que ces valeurs n’aient retenu l’unique attention des colons norvégiens qui avaient combattu et fuit le roi Haraldr. Le culte du héros incarné par les exploits de Thor rentrait en résonance avec l’épopée que ces guerriers écrivaient dans l’histoire. En parallèle, les scandinaves qui étaient restés à demeure, poursuivaient leurs activités de subsistance sous des latitudes peu clémentes. Il est donc logique que le même dieu fut plus apprécié comme une déité invoquée pour favoriser les bonnes moissons et l’abondance des cultures.

Ainsi, on voit émerger l’image du maillet comme attribut de jet martial et représentant de la force du combat du dieu ; mais aussi symbole phallique de fertilité et de prospérité. Thor, selon les lieux de culte, sera l’avatar de la force guerrière mais aussi de la force fécondante.

 

 

 

Publié dans:Etudes, L'Antiquité, Le Moyen-Age |on 14 novembre, 2021 |Pas de commentaires »

Le culte phallique

Dans le Havamal, le dieu Odin énumère toutes sortes de charmes. Il se vante (entre autres) de conquérir toutes les femmes qu’il convoite. On connaît déjà l’attachement des peuples païens d’Europe à des valeurs comme la virilité. D’un point de vue de l’image même de la virilité, elle est souvent associée à la fertilité, donc plutôt à la troisième fonction dumézilienne.

On connaît les rites dits « phalliques » en Scandinavie depuis l’âge du bronze jusqu’à la fin du moyen-âge. Des représentations de gravures rupestres montrent des personnages au sexe énorme, associés à des représentations de dieu au maillet (Thor ?). Le dieu Freyr, représentant de la fécondité et de la prospérité du monde agricole, est toujours représenté en pleine érection. L’énorme phallus érigé au milieu d’un champ à Rödsten, en Suède, depuis le VIème siècle, en est une autre illustration. Les Sagas islandaises font aussi état d’un culte pour un pénis de cheval, conservé dans des feuilles de poireaux…

Nous avons déjà vu l’interconnexion des deux fonctions définies par Georges Dumézil : la fonction agraire et la fonction guerrière, notamment à travers l’article Thor, le dieu des fermiers ?

En relisant les strophes 161 et 162 du Havamal, il est possible de considérer ces paroles complémentaires à nos investigations :

« Si de la femme sage

Je veux obtenir amour et liesse,

Je tourne la tête

De la femme aux bras blancs

Et bouleverse tout son cœur. »

et de poursuivre :

« J’en sais un dix-septième (charme) :

Qu’elle aura peine à m’éviter

La juvénile vierge. »

« La femme sage », « la femme aux bras blancs », « la juvénile vierge » sont autant d’images de pureté et de virginité. Le dieu suprême du panthéon germano-scandinave aurait la faculté de faire succomber toutes les femmes vierges. Pourquoi particulièrement « vierges » et pas des femmes sans ce qualificatif ? La précision revêt son importance. Cette notion de blancheur pourrait être associée à la Terre Mère, la terre nourricière avant d’être ensemencée. Ainsi, le dieu souverain déclame des charmes pour permettre au terreau fertile de devenir fécond (« amour et liesse », »bouleverse tout son coeur »). Souvenons-nous de la rune Jeran qui représente la récolte et l’abondance ; les textes anciens (chants) qui lui sont associés nous disent :

« Jeran est une bénédiction pour les hommes

Je reconnais que Freyr fut généreux. »

ou encore

« Jeran est profit pour les hommes,

Et un bon été

Et florissante récolte. »

Dans cette interprétation, les charmes d’Odin prennent tout leur sens. On peut imaginer que le culte agraire ait été en toutes circonstances celui de Freyr ; pour autant, le dieu suprême et inventeur des runes, Odin, semble avoir été l’origine des liens entre les hommes et les dieux à travers des incantations. Ici le culte de la fécondité/virilité semble assumé par Odin depuis l’origine. Au cours des époques, il a sans doute existé un glissement sémantique de la première à la troisième fonction dumézilienne. Les chants du Havamal, referment tant de richesse et de poésie à travers ses images que l’on peut se perdre dans moultes conjectures.

Le débat reste ouvert…

Freyr2 Freyr PierrePhalliqueRodsten

Le Heaume de terreur

heaumecasqueOdinique

Dans les Sagas islandaises et les mythes scandinaves, le thème du « heaume de terreur » est récurrent.

Citons par exemple un passage de la Saga des gens du Val-au-Saumon, traduite par Régis Boyer. Pour situer le contexte, Gestr est un grand chef de clan et un prédicateur reconnu ; Gudrun est sa parente (il n’est pas précisé le lien de parenté) et lui demande d’interpréter ses rêves. Elle lui décrit quatre rêves similaires dont le dernier attire particulièrement notre attention :

 » Mon quatrième rêve, c’est qu’il me sembla avoir sur la tête un heaume d’or tout incrusté de pierres précieuses. j’avais l’impression que ce joyau m’appartenait. Ce qui me paraissait surtout ennuyeux, c’est qu’il était passablement lourd, car je pouvais à peine le porter et je penchais la tête. Je n’en accusais pourtant pas le heaume et je n’avais pas l’intention de m’en séparer. Toutefois il glissa de ma tête et tomba dans le Hvammsfjörd… »

Gestr prédit alors que Gudrun se mariera quatre fois et que son dernier mari sera « un très grand chef et (…) un heaume de terreur. »

Ce texte est intéressant car il comporte plusieurs kenningar.

Tout d’abord le « heaume de terreur » utilisé dans ces prédications signifie que le mari protégera Gudrun en épouvantant ses ennemis. Cette idée est habituelle dans le culte odiniste. Le dieu Odin foudroie de peur ses adversaires d’un simple regard. Un de ses surnoms est « Bileygr » qui littéralement signifie «  l’oeil à l’éclat vacillant  » ! À ce sujet, les guerriers ours (berserkrs), qui sont une aristocratie militaire placée sous la tutelle d’Odin, possèdent ce pouvoir dans les duels.

Mais on peut extrapoler l’image du heaume de terreur dans la mythologie grecque. En effet, la similitude avec l’égide est intéressante. Comme elle, le heaume de terreur protège et incarne la souveraineté. Seuls les dieux, les chefs ou les héros peuvent la porter comme une amulette et garantir ainsi son invulnérabilité.

En poursuivant le raisonnement, il devient pertinent de rattacher le heaume avec le masque porté dans ces sociétés païennes. Rappelons le, un des nombreux surnoms d’Odin est Grimr (Grimnir) qui signifie le « masqué« . On connaît son utilisation dans les rites magiques (cf à ce sujet L’image du masque à travers deux divinités). L’archéologie semble nous dévoiler un usage de casque tout particulier avec une protection faciale intégrale. Elle corrobore l’idée d’un culte odinique très prégnant.

Le plus cocasse dans la Saga des gens du Val-au-Saumon est que le nom même du chef, qui a le don de prophétie, se nomme Gestr… je renvoie le lecteur à l’article L’image du voyageur où j’explique qu’il s’agit d’un autre surnom du dieu Odin (voulant dire l’hôte, qui a donné « guest » en anglais).

Cet extrait possède donc une qualité littéraire et mythologique toutes particulières et semble entrelacer les images du dieu Odin sous différents aspects. Le rapporteur de cette saga (Snorri Sturluson ?) a sans doute multiplié volontairement les kenningar comme un jeu savant et permet à ses lecteurs contemporains de refaire vivre des croyances et des mœurs magnifiques.

 

 

 

 

 

 

Publié dans:Etudes, L'Antiquité, Le Moyen-Age |on 14 juillet, 2021 |Pas de commentaires »

L’image de l’irréversibilité du temps dans l’Antiquité

Orphe

 

Dans la mythologie grecque, l’histoire étrange de l’amour d’Orphée et Eurydice est particulièrement lourde de sens.

Orphée est un grand musicien, supérieur à Apollon selon les Grecs. Le dieu des arts et de la médecine lui fait don d’une lyre. Orphée ajoute deux cordes aux sept présentes afin de parfaire son art musical ; il rend ainsi hommage aux neufs muses, les filles de Zeus, inspiratrices des artistes.

Il s’éprend de la plus belle des femmes Eurydice, une nymphe, qui, selon certains textes, aurait été la fille d’Apollon lui-même.

Malheureusement, la belle décède des morsures d’une vipère en fuyant les assauts d’un certain Aristée.

Orphée, inconsolable, entreprend alors un voyage aux enfers afin d’aller chercher son amour.

Grâce à son talent musical et sa lyre, il affronte tous les obstacles qui lui barrent la route en les charmant (au sens du « charme magique » évidemment).

Hadès, le dieu des enfers est lui-même impressionné par les prouesses du jeune héros et avec Perséphone, lui accorde audience.

Ce dernier concède à le laisser partir avec sa bien-aimée à une unique condition : qu’Eurydice suive les pas d’Orphée sans que celui-ci ne se retourne pour la regarder avant d’avoir pu sortir des enfers.

Le pacte est conclu.

Mais Orphée craque et finit par se retourner avant d’avoir pu s’échapper du monde souterrain d’Hadès. La sanction tombe et Eurydice est définitivement condamnée à rester dans le royaume des morts…

Les mythes ne sont pas très explicites sur les raisons qui ont fait se retourner Orphée. L’interprétation reste donc libre.

Ce qui semble le plus mystérieux est l’exigence imposée par les dieux : regarder en arrière est fatal…

Ne s’agit-il pas d’une leçon sur l’irréversibilité du temps ? Le passé doit rester au passé ; ce qui est derrière l’homme doit rester derrière l’homme ; on ne peut rattraper le passé et encore moins lui courir après. La condition humaine reste prisonnière de son passé ; en regardant devant, on finit par accepter son passé et construire son présent. Le devenir de l’homme est irrémédiable et les épreuves qu’il affronte au cours de sa vie ne pourront jamais le ramener en arrière.

À travers l’image magnifique de la bravoure du héros Orphée, on peut voir une acceptation de l’irrémédiabilité de l’existence humaine. En allant à l’encontre des lois naturelles du temps, il fait mourir une deuxième fois son amour. Ses efforts et sa quête ne peuvent renverser ces lois universelles qui régissent le monde. Renoncer à son sort est une expérience vaine.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 16 mai, 2021 |Pas de commentaires »

La Satire dans l’antiquité – 2

ChapiteauLangogne

On connaît des dénominations gaéliques pour des variétés de satire dans le monde celtique païen, grâce au travail des copistes irlandais au cours du moyen-âge.

Ainsi, il est fait référence de quatre appellations en fonction des circonstances :

imbas forosnai,

glam dicinn,

teinm laegda,

dichetal do chennaib cnaime.

Il semble que l’usage de ces types de satire élaborée soit exclusivement réservé à la classe sacerdotale suprême, c’est à dire aux druides.

L’imbas forosnai est traduit en français par « la très grande science qui illumine ».

Le glam dicinn, que j’ai évoqué dans l’article La Satire dans l’antiquité, est donc « la malédiction extrême » ou « le cri ».

Le teinm laegda est « l’illumination du chant ».

Le dichetal do chennaib cnaime est « l’incantation par les bouts d’os » (!).

Cette dernière appellation est métaphorique : il faut comprendre par « les bouts des doigts ».

De ces distinctions, on ne sait pas grand chose quant à leurs modes d ’exécution, leurs techniques et surtout leurs différences et leurs champs d’application.

Ce qui peut attirer notre attention sur l’importance de ces exercices diffamatoires, dans la vie sociale des Celtes, est le qualificatif du druide officiant, véritable expert en la matière : corrguinech, c’est à dire « la pointe qui blesse » !

On imagine bien le pouvoir des mots dans la bouche du druide, pour détruire socialement un ennemi, un banni, ou quelque paria honni du clan.

Il est intéressant de constater encore l’usage des métaphores et des images éloquentes dans ces sociétés archaïques.

 

(cf également à ce sujet les articles  : De l’éloquence, Le lien historique entre poète et guerrier )

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 5 avril, 2021 |2 Commentaires »

Le centre chez les Celtes (ou le nombril du monde)

Impression

La notion spatiale de centre est attestée chez les peuples celtes dans la mythologie et grâce à l’archéologie. Elle représente dans la spiritualité païenne la concentration de l’essence sacrée. De ce lieu, plus symbolique que réellement géographique, doit sortir l’axe du monde tant vénéré par les sociétés pré-chrétiennes.

La mythologie irlandaise relate un rite archaïque lors de la quatrième invasion de l’île :

« Trouvant le pays inhabité, ils [les fils de Déla] se le partagèrent en cinq parts égales, dont les bords se rencontrent à une certaine pierre dans le Meath […]. Cette pierre est appelée l’ombilic de l’Irlande, comme si elle était placée juste au centre du pays. Et c’est pourquoi cette région d’Irlande s’appelle Meath-Media, parce qu’elle est située au milieu de l’île. Les cinq frères […] partagèrent donc l’île en cinq parts, de telle sorte que chacune d’entre elles possède une petite portion du Meath, touchant la pierre dont j’ai parlé. »

Ainsi l’ombilic exprime bien le nombril du pays, c’est à dire son centre. La pierre dont il est question est sans doute érigée en un lieu propice aux réunions sacrées et ne représente pas le centre géographique du territoire ( « comme si elle était placée juste au centre du pays ») à proprement parler. Nous sommes donc face à un marqueur symbolique, gage d’harmonie et d’équilibre entre les clans.

Il est à noter que la pierre peut prendre la forme d’un arbre en tant que pilier cosmique du monde. On connaît d’ailleurs dans les traditions germaniques l’importance du frêne sacré. Les Celtes ont désignés leurs espaces sacrés (« nemetons ») dans des bosquets ou forêts primaires.

César , dans la Guerre des Gaules, indique aussi un centre, « consacré, au pays des Carnutes , et arbitrent les différends entre particuliers ou entre la soixantaine de peuples qui forment cette mosaïque bigarrée qu’est alors la Gaule ». Ce lieu décrit sans doute un des pôles sacrés des Gaulois dans la mesure où il en existait sans doute d’autres, mobiles et connectés les uns aux autres en fonction des territoires conquis par les Romains.

Le centre du (ou des) monde(s) fonctionnait symboliquement dans les sociétés païennes européennes. Son marqueur, l’arbre ou la pierre dressée, concentrait le Sacré des peuples. Charles Drekmeier insiste sur la notion religieuse commune aux Celtes :

« Ce qui fit l’unité des mondes celtiques fut plus certainement la religion qu’une forme de régulation politique, à l’instar de l’Inde ancienne.»

Le nombril du monde est donc la représentation allégorique d’un espace central et commun à toutes les communautés ethniques du territoire partagé, qui semble relier les peuples à leurs mythes fondateurs et à leurs ancêtres, comme l’ombilic relie la mère à l’enfant.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité, Le Haut Moyen-Age |on 27 mars, 2021 |1 Commentaire »

Apollon et ses attributs

Quand Apollon arrive au monde, il déclame des vers qui seront interprétés comme annonçant les oracles de Delphes :

« Qu’on me donne ma lyre et mon arc recourbé.

Je révélerai aussi dans mes oracles les desseins infaillibles de Zeus. »

Ainsi, le culte rendu au sanctuaire grec, où la Pythie (prophétesse) rapportait la voix du dieu en répondant aux interrogations du peuple, est annoncé par cette formule.

Georges Dumézil, l’inventeur de la mythologie comparative et de la révélation des archétypes mythologiques dans l’hypothèse indo-européenne, pense trouver dans ces vers deux des trois fonctions qui organisent les sociétés archaïques.

La lyre pourrait ainsi symboliser la communication entre les hommes et les dieux, la parole et le chant sacrés, la musique qui élève ou qui apporte la transe ; dans cette communication mystique, il s’agit de mettre en harmonie les deux mondes ; on la classe donc dans la fonction sacerdotale.

L’arc représenterait alors la fonction guerrière.

L’ambivalence d’Apollon est ainsi mise en lumière par ses deux attributs. Il est tantôt le dieu de la divination (et de la pureté pour les Orphistes) et tantôt le dieu qui apporte la terreur. Dans l’Iliade, il devient redoutable quand on le voit armé de son arc pour venger son prêtre, maltraité par les Grecs. Un poème de l’Hymne homérique parle de lui ainsi :

«  Tous (les dieux) se lèvent de leur siège à son approche, lorsqu’il tend son arc illustre. »

L’image d’Apollon nous apparaît alors plus subtile dans cette duplicité. Il est le maître des purifications et et de l’harmonie dans le monde ; toutefois c’est à lui que les hommes attribuent les fléaux qui les frappent : maladie, mauvaise récolte, sécheresse,… et c’est à lui qu’ils ont recours pour en obtenir la fin. Dieu protecteur et ravageur, les métaphores de la lyre et de l’arc dessinent parfaitement les contours de sa fonction vitale dans le monde des hommes.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 15 novembre, 2020 |Pas de commentaires »

L’image du masque à travers deux divinités

Masque

Entre toutes les formes cultuelles que prend la figure de Dionysos, le masque est particulièrement remarquable. Il apparaît sur certains vases dans la région de l’Attique en Grèce. Suspendu par un mât ou par une colonne, il est souvent accompagné d’un drapé. Cette scène laisse penser que le dieu est à la fois absent et présent à travers le vêtement vide. Ainsi par extension, on peut supposer que Dionysos offre à ceux qui le reconnaissent une image de l’Autre et de celui qui rend autre…

On le sait, Dionysos incarne la folie ; mais dans une certaine mesure uniquement. Tel Apollon qui peut à la fois envoyer le mal et le guérir, Dionysos est celui qui rend fou et qui sait guérir de la folie. Il est l’antagoniste d’Apollon. Souvent lié à cette divinité, on peut imaginer que le culte rendu consistait en un véritable parcours initiatique des ténèbres (Dionysos est une entité chtonienne) vers la lumière (le rayonnant Apollon).

Dans le contexte archéologique et historique, on sait que les phénomènes de transe du culte dionysiaque rentraient dans les comportements sociaux ritualisés, notamment en groupes. Les parades et déambulations masquées en sont les caractéristiques les plus profanes.

Il est troublant de constater les liens avec le dieu au masque du panthéon germanique Wodan (Odin chez les Scandinaves). Dieu du changement d’état par excellence, Wodan incarne la transe chamanique et les extases qui en découlent. Représenté masqué sur de nombreuses pierres commémoratives, la mythologie germano-scandinave le surnomme Grimr, contraction de « grimnir », qui signifie précisément le Masqué. L’un de ses supports aux voyages chamaniques est son cheval à huit pattes Sleipnir. Or, il est curieux d’observer les représentations de Dionysos chevauchant un félin, évoquant ainsi la même allégorie du voyage astral.

Ainsi, à l’échelle continentale et à des époques éloignées les unes des autres de plusieurs siècles, on peut appréhender une forme archétypale de divinité de la transe à travers des symboles et des métaphores liées à la pratique du chamanisme. Le masque en est la figure la plus emblématique.

 

Dionysos

 

L’œuf de serpent

L’image de l’œuf originel est présente dans plusieurs traditions d’origine indo-européenne.

Dans l’Antiquité, les Orphistes (dont j’ai déjà parlé dans le blog, voir à ce sujet Un rite plurimillénaire) contestent et refusent les règles politico-religieuses de la cité grecque. Les récits de tradition orphique, dont on a trouvé des extraits sur des fragments de tablettes en os à Obia sur les bords de la mer Noire, placent à l’origine une puissance primordiale, le Temps ou la Nuit. De ces dernières vont sortir un œuf qui donnera à son tour naissance à Eros (le dieu de l’amour mais aussi le désir amoureux).

On peut imaginer que cette croyance soit un artefact de la mythologie pélasge, antérieure aux grecs, et dont le mythe rappelle sans équivoque celui des Orphistes. En effet, la grande déesse primordiale, Eurynomé créa l’Océan sur lequel elle se mit à danser. Puis à l’aide de la force du Vent du Nord (divinité) elle façonna un serpent nommé Ophion. Elle s’unit à lui puis se transforma en colombe. Elle couva alors sur les vagues l’œuf qu’elle avait pondu. Ophion s’enroula sept fois autour de cet œuf qui, en se brisant, donna naissance à tout ce qui existe.

De la même façon on trouve chez les peuples celtes une cosmogonie parallèle que les druides perpétuent à travers des rites. Pline l’Ancien témoigne de ses observations : « Il est une espèce d’œuf, oubliée par les Grecs, mais en grand renom dans les Gaules : en été, des serpents innombrables se rassemblent, enlacés et collés les uns aux autres par la bave et l’écume de leur corps ; cela s’appelle œuf de serpent. Les druides disent que cet œuf est projeté en l’air par les sifflements des reptiles et qu’il faut le recevoir dans une saie avant qu’il touche la terre. J’ai vu cet œuf : il est de la grosseur d’une pomme ronde moyenne et la coque en est cartilagineuse, avec de nombreuses cupules, comme celles des bras des poulpes. Il est célèbre chez les druides. On en loue l’effet merveilleux pour le gain des procès et l’accès auprès des rois… »

En Inde, de vieux textes en sanskrit évoquent un « cosmos en forme d’œuf ». L’étymologie du mot signifiant l’origine du cosmos (Brahmanda) peut se décomposer en deux termes sanskrits « Brahman » qui veut dire cosmos et « Anda » qui veut dire œuf.

L’image de l’œuf dans les traditions indo-européennes représente donc un archétype de la cosmogonie. Il se trouve à l’origine de la création de l’univers et dans les récits perpétuant le mythe fondateur du cosmos. Devenu symbole, il alimente les vieux mythes et les croyances populaires.

oeufdeserpents

 

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 18 juillet, 2020 |Pas de commentaires »
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