Archive pour la catégorie 'Etudes'

L’origine de l’association de l’ours à la fonction royale

 

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L’image de l’ours est omniprésente dans l’histoire pré-chrétienne des européens. Au paléolithique supérieur (environ 30 000 ans avant J.C.) on trouve des traces d’un culte dédié à l’animal dans la grotte Chauvet. Un crâne d’ours des cavernes est disposé sur un autel de pierre, avec des charbons parsemés autour laissant supposer une calcination lente sous forme de fumerolles à l’image de nos encens modernes.

Dans l’antiquité  plusieurs traces archéologiques témoignent d’une déification de l’animal. La déesse Artio chez les Celtes continentaux (découverte non loin de Berne dont le nom vient du germanique ber  »ours » qui a donné bear en anglais, bär en allemand), la déesse Artémis chez les Grecs proviennent de la même racine étymologique indo-européenne  » art « . Plus tard, au cours du  Haut Moyen-Age elle donnera le prénom d’Arthur. L’ours est l’animal emblématique de la royauté dans les sociétés celtiques et le roi Arthur en est la personnification.

Au Moyen-Age, les berserkir (littérallement les pelisses d’ours) sont les guerriers nordiques invulnérables combattant en état de fureur. Ils composaient les troupes d’élite du roi et avaient une terrible réputation.

Il est très intéressant de constater combien, au cours des millénaires, l’animal totémique des sociétés païennes a pu être rattaché à la fonction royale et à la transe du chamane. Depuis les grottes préhistoriques où les gravures rupestres semblent indiquer la pratique chamanique, jusqu’au Moyen-Age où les berserkir par la fureur dont ils font preuve révèlent tous les symptômes des états de conscience extatiques tels l’insensibilité au feu et à la douleur, et l’incapacité à saigner (ces phénomènes sont  connus pour être propres aux états de transe chamaniques), l’image de l’ours a parcouru le temps. Elle a véhiculé à chaque époque une notion de souveraineté et d’extase sacrée.

Rappelons au passage deux kenningar longtemps utilisés par les Norvégiens pour désigner l’ours : « Grand-père » et « Vieux à la fourrure ». On peut y voir un lointain souvenir d’une lignée ancestrale qui a suffisamment marqué l’inconscient collectif pour nommer l’animal avec déférence et un lien de familiarité solidement ancrés.

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Publié dans:Etudes |on 11 décembre, 2015 |1 Commentaire »

L’image du voyageur

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« Gestr » est le nom de l’hôte ou de l’étranger que se donne le dieu Odin dans la Saga de Saint Olaf. On retrouve l’étymologie commune à l’anglais « guest ».

Gestr aime jouer au voyageur que l’on ne reconnait pas. Dans la Saga de Hervarar, Odin se fait appeler Gestumblindi, qui littérallement provient de « gestr-inn-blindi », c’est à dire l’hôte aveugle, en allusion à l’oeil unique qu’il possède.

Odin, le dieu de la transe et de la métempsychose, apparaît comme un homme cheminant, qui est de passage dans le monde des hommes. L’idée du dieu cheminant est importante en mythologie européenne. On la retrouve chez le Hercule irlandais Cùchulainn dont le premier nom initiatique est Sétanta en gaélique, c’est à dire le sentier.

Dans le Chant solennel antique des Havamal (les Dits du Très Haut) Odin exprime des principes de conduite. Il fait l’énumération d’une cinquantaine de préceptes liés au voyageur. Il s’agit  de recommandations qui semblent parfois hermétiques et quelquefois très abordables, dont voici quelques extraits :

« La raison est nécessaire à celui qui voyage au loin ; son ami le plus sûr c’est beaucoup de raison. »

« Un hôte prudent ne parle guère en arrivant au gîte. Avec ses oreilles, il écoute. Avec ses yeux, il observe. Ainsi se conduit un sage. »

« Le meilleur fardeau dont tu puisses te charger en route c’est beaucoup de prudence ; elle est plus précieuse que l’or en pays inconnu et te prêtera secours dans le besoin. »

Ainsi l’image du voyageur prend la dimension d’un parcours initiatique. Peut-être sommes nous en présence de fragments d’une veille tradition sacerdotale pour les élèves postulants ?

Publié dans:Etudes, Le Haut Moyen-Age, Le Moyen-Age |on 21 novembre, 2015 |Pas de commentaires »

Le rachat de la tête par les louanges

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Au moyen-âge, chez les scaldes norrois (poètes vikings), existait une tradition de déclamation de louanges d’un genre conventionnel appelé le höfudlausn, c’est à dire le rachat de la tête.

En effet, l’élaboration d’un poème à l’honneur de son geôlier (souvent un roi, un prince, un noble guerrier) permettait de favoriser sa clémence en fonction de l’intérêt qu’il suscitait à son auditoire. Une des préoccupations majeures de tout scalde était d’obtenir le silence pour pouvoir déclamer son oeuvre à son gré : cela représentait vraisemblablement un gage de réussite poétique.

Un des passages fameux de la Saga d’Egill Skallagrimsson est celui où le héros, prisonnier du roi Erikr, déclame une drapa, un poème de louange pour sa gloire. L’auteur indique clairement :

 » Il le déclama à haute voix et obtint tout de suite le silence. »

Sans doute souligne-t-il ici la qualité du poème et de l’éloquence d’Egill. Cela se confirme par la suite puisque le roi décide de libérer Egill plutôt que de commander sa mise à mort.

Le poème en lui-même regorge de kenningar et se compose de vingt strophes. Retenons l’avant-dernière qui rappelle l’importance de l’attention que porte son auditoire :

 » Prince, considère,

Comment j’ai composé

Me semble excellent

D’avoir obtenu silence ;

J’ai agité la bouche

Du fond du coeur,

D’onde d’Odinn

Célèbre le rassasieur de bataille. »

Le silence est une nouvelle fois présenté comme une marque de succès du discours.

« L’onde d’Odinn » est le nectar poétique, autrement dit l’inspiration. Le « rassasieur de bataille » est le guerrier, ici le roi Erikr, à qui est destiné la louange.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 11 novembre, 2015 |Pas de commentaires »

La harpe symbole de la transe

Dieu à la lyre

Dagda est le dieu-druide dans la mythologie irlandaise. Voir à ce sujet l’article Dagda, un nom de dieu qui sonne fort. Un de ses attributs majeurs est la harpe qui peut jouer les  » trois  nobles airs ».

Le premier de ces airs est le « goltrai » en gaélique qui correspond à l’air de la mélancolie ou de la tristesse. Il plonge les auditeurs dans un état intense de chagrin et de douleur.

Le second est le « geantrai » ou l’air de la joie. Il est entraînant et festif,  et contrairement au goltrai il répand le rire.

Le troisième est le   »suantrai » ou l’air du sommeil qui endort tout son auditoire.

Ces particularités font écho à la tradition orphique dans la Grèce antique. En effet, Orphée le héros grec reçoit sa lyre de son père Apollon, qui lui-même l’a reçu de Hermès. Voici ce que rapportent les textes antiques sur la transmission de l’instrument d’Hermès à Apollon :

« Tu viens de me faire entendre des accords tout nouveaux et une voix admirable que jamais aucun homme, aucun habitant de l’Olympe ne peut égaler, je pense (…) d’où te vient cet art ? Quelle Muse peut ainsi dissiper les noirs chagrins ? Quelle est cette harmonie ? J’y trouve réunis toutes les voluptés, le plaisir, l’amour, et le penchant au doux sommeil. Moi-même, compagnon habituel des Muses de l’Olympe, ami des douces chansons, des accents mélodieux de la lyre et des accords des flûtes, moi-même je ne goûtai jamais autant de plaisir en prêtant l’oreille aux refrains que répètent les jeunes gens au sein des repas (…) j’admire quels sons merveilleux tu sais tirer de ta lyre. »

On retrouve les thèmes de la joie avec le plaisir et l’amour et également le thème du sommeil . Il est aussi question des noirs chagrins mais s’agit-il ici d’une particularité de la lyre ou d’un état propre et indépendant du jeu musical ? Difficile à dire. Quoiqu’il en soit, il apparaît une continuité à travers le continent européen sur les charmes de la harpe sous les doigts magiques d’un dieu, ou d’un demi-dieu comme Orphée. La transe dont va être victime l’auditoire de la musique représente un archétype européen mythologique. Le pouvoir musical décrit est en relation avec le chant sacré qu’on retrouve chez les Norrois lors de rites magiques favorisant la transe. Ainsi, la harpe qu’utilisait les bardes celtes devient un symbole d’un fond mythologique commun porteur de changement d’état.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité, Le Haut Moyen-Age |on 1 novembre, 2015 |Pas de commentaires »

La Souveraineté et l’ivresse chez les Celtes

Porteuse de corne a boire

 » Que soit à toi la boisson qui coulera de la corne royale : elle sera hydromel, elle sera miel, elle sera forte bière ! « 

Voici retranscrite la déclamation de la personnification de la Souveraineté d’Irlande dans l’histoire de Niall et Lugaid Laidge. Ce récit raconte que les deux jeunes frères rencontrent une vieille femme hideuse, qui propose à chacun des frères de l’embrasser pour pouvoir puiser de l’eau, ou profiter d’un abri et de nourriture. Seul Niall, le cadet, accepte. Alors la femme laide se transforme en une magnifique jeune femme qui se présentera comme étant la Souveraineté d’Irlande.

Cette aventure nous amène à évoquer le personnage de la reine Mebd. En fait, il existe plusieurs reines qui portent ce nom. Il signifie « ivresse » et appartient au symbolisme de la souveraineté. Elle incarne la Souveraineté telle que la notion était communément admise chez les Celtes pré-chrétiens. En effet, elle a plusieurs maris ce qui symboliquement renforce l’idée de l’épouse de tous les rois. Ethymologiquement parlant, le mot « mebd » est lié aussi à un pouvoir enivrant, et sans doute à un rite royal, dans lequel une certaine boisson aurait été employée. Parallèlement, il est intéressant de voir une corrélation avec le Roi indien Soma, qui personnalise le breuvage d’immortalité des dieux.

Rappelons également que dans l’histoire de Lugaid, la sorcière propose de la bière à ses convives. Et dans le même registre, remarquons les différentes gravures retrouvée en Europe septentrionale représentant des femmes porteuses de corne à boire.

 

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 3 octobre, 2015 |Pas de commentaires »

Les kenningar au services de l’histoire

Dans la Saga de Njall le Brûlé, un passage épique décrit la résistance des hommes des fermes, paysans, pêcheurs, contre les oppresseurs issus de différents clans, au début du XIè siècle en Islande. La plupart de ces derniers sont des guerriers habitués au combat. Ils sont au nombre de trente et entourent la ferme du personnage principal, Gunnar, qui va alors se défendre héroïquement contre ses assaillants. Gunnar blessera seize hommes à lui tout seul. Cet épisode a donné lieu dans le monde germanique à maintes interprétations et adaptations littéraires.

Nous sommes en présence vraisemblablement d’un événement historique. Les poèmes truffés de kenningar qui rapportent la scène sont merveilleux et permettent de célébrer le courage des résistants. Voici le passage en question :

 » Gunnar déclama alors une strophe :

Tout sorbier du jugement des lances

A son trait remarquable ;

La Saga à la coiffe

Détruit mon honneur ;

Nul chef de horde

N’a à requérir longtemps piètre chose ;

La dise de la belle farine de Fenja

N’a rien changé à ses façons de faire. « 

« Le sorbier du jugement des lances » est l’homme. « La Saga à la coiffe » est une déesse qui construit l’avenir ; l’expression  » la dise de la belle farine de Fenja » représente  la femme Hallgerdr dont provient l’attaque. Cela signifie littérallement : la « dise », la déesse et  « la belle farine de Fenja », l’or.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 6 septembre, 2015 |1 Commentaire »

L’école pythagoricienne

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L’école pythagoricienne a marqué l’antiquité car elle a été souvent mise en relation avec le druidisme. Jean-Louis Brunaux, dans son remarquable ouvrage Les Druides, nous dit à ce propos :

« La question des rapports didactiques entre Pythagore et les druides n’a rien d’une fable plaisante comme on n’en trouve couramment dans toute la littérature antique, une anecdote qui étonne le lecteur et suscite son intérêt. Elle s’inscrit, au contraire, dans une réflexion générale sur l’origine de la philosophie et la dette des Grecs envers leurs voisins barbares. Pythagore lui-même, considéré comme l’un des fondateurs de la philosophie grecque, tout au moins celui qui en a inventé le mot, était censé avoir eu de nombreux maîtres étrangers, le Thrace seulement Zalmoxis, l’assyrien Zaratos, l’hyperboréen Abaris, les druides et les brahmanes…

L’idée de relation directe entre Pythagore et les druides n’est pas tardive. Elle est transmise à travers deux traditions qui remontent toutes les deux au cinquième siècle avant J.-C. Ces dernières sont contradictoires : la première considère que les druides ont été les maîtres de Pythagore alors que la seconde imagine l’inverse. La première que nous avons déjà évoquée, fait de Pythagore l’élève de Zaratos l’assyrien, des gaulois et des brahmanes. Comme Alexandre Polyhistor dit avoir trouvé ces informations dans l’aide-mémoire pythagoricien dont on s’accorde généralement à placer le manuscrit avant le quatrième siècle, il est aisé de reconnaître le caractère ancien de la théorie. Il est à noter que celle-ci se serait donc formée au cours du siècle qui a suivi l’existence du philosophe, soit quelques décennies seulement après sa mort.

C’est précisément à la même période que se forme la tradition concurrente, celle qui veut voir dans Pythagore le maître des druides. Elle nous est également transmise tardivement par Hippolyte, dit également Saint-Hippolyte de Rome, théologien chrétien du deuxième siècle. Voici ce qu’il écrit dans un passage un peu confus :

« Les druides chez les Celtes se sont appliqués avec un zèle particulier à la philosophie de Pythagore, le responsable de leur aspiration à cette philosophie étant Zalmoxis, d’origine Thrace, et esclave de Pythagore. Après la mort de Pythagore, s’étant rendu là, il fut pour les druides à l’origine de leur pratique de la philosophie. Et les Celtes virent ces derniers interprètes des dieux et des prophètes parce qu’ils leur font des prédictions suivant la technique de Pythagore par la divination des cailloux et par celles des nombres. Nous ne passerons pas sous silence les moyens de cet art, depuis qu’ils ont entrepris d’introduire chez eux des écoles de philosophie. Par ailleurs, les druides utilisent aussi des pratiques magiques. »

Pythagore apparaît comme un maître des druides, mais son enseignement est dispensé indirectement, par l’intermédiaire d’un Thrace, Zalmoxis. L’hypothèse présente le plus grand intérêt, car dès le sixième siècle avant J.-C. les Grecs fréquentaient assidûment les Thraces et l’on sait que ces derniers et les Celtes se sont côtoyés sur les bords du Danube. Ce qui nous permet de considérer cette légende comme ancienne est sa mention par Hérodote lui-même, qui la rappelle à propos de son évocation de la Thrace et plus précisément de la croyance en l’immortalité que professaient ses habitants, les Gètes. « 

Ainsi, il apparaît un lien historique entre le courant pythagoricien et le druidisme, sans connaître véritablement le sens de la transmission.

Jamblique, le philosophe néo-platonicien du III ème siècle après JC, identifie les deux types de préceptes de l’enseignement pythagoricien :  les  » signes de reconnaissance «  et les  » choses entendues « .

Jean Philopon dans son commentaire du De Anima d’Aristote, nous donne quelques exemples de lectures allégoriques requises pour déchiffrer l’enseignement oral des Pythagoriciens :

 » Ne t’assieds pas sur une mesure «  signifie :  » Ne cache, ni ne fais disparaître sciemment la justice. »

 » Ne saute pas par-dessus un joug «  signifie :  » Ne transgresse pas l’égalité. »

 » Entre dans le temple sans te retourner «  signifie :  » Ceux qui s’élèvent vers le monde d’en-haut ne doivent pas se pencher vers le monde d’ici-bas. »

On comprend mieux la dimension symbolique et la nécessité d’une interprétation cosmique du langage des initiés.

La dimension énigmatique de l’enseignement oral des pythagoriciens est inséparable de la pratique du secret. En effet, pour eux la séparation entre l’ignorant et l’initié était essentielle ; seuls sont en mesure de comprendre l’initiation, ceux qui ont fait l’effort nécessaire pour être initié et partager les mêmes secrets. Ainsi, se dessine à nos yeux une pratique du langage codé, sous forme de métaphores et d’allégories. Cela semble être l’origine d’une manière d’enseigner  et de  pratiquer le sacré au sein d’un corps élitiste, qui se serait prolonger au travers les siècles pour à la période chrétienne, s’appauvrir de son caractère religieux et se vider de son sens. En effet, les témoignages du langage des gaulois par les auteurs latins et grecs, les textes irlandais archaïques retrouvés (comme Le Dialogue des Deux Sages), l’existence de confréries poétiques comme les scaldes vikings, sont autant de pièces du puzzle qui nous ramène systématiquement à un archétype européen du langage ésotérique de la connaissance.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 6 août, 2015 |2 Commentaires »

La métaphore de la transe chez les Vikings

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La saga d’Egill Skallagrimsson décrit le grand-père du héros comme praticien de sciences occultes. Il se prénomme Ulfr ( littérallement le « loup ») et après de glorieuses campagnes s’est marié, a fait valoir son bien, s’occupe diligemment de ses champs, de ses bêtes, de ses ateliers, et se fait apprécier de tout le voisinage par les bons conseils qu’il distribue libéralement :

« Mais parfois quand le soir tombait, il devenait ombrageux et peu de gens pouvaient alors converser avec lui ; il était pris de somnolences et le bruit courait qu’il était capable de changer de forme ; c’est pourquoi il avait reçu le surnom de Kveldufr, le loup du soir. »

 

Dans l’Ynglingasaga nous trouvons aussi :

« Il avait le pouvoir de changer à volonté de forme et d’apparence ; son corps restait alors étendu, comme endormi ou mort, tandis que lui-même était oiseau ou un animal sauvage ou un poisson ou un serpent. »

 

Un autre exemple de transformation se trouve dans la Hrolfssaga Kraka. On voit le héros Bödvar Bjarki, parangon des champions du roi, se métamorphoser en ours pour combattre, et ainsi décupler ses forces. Son corps sommeille quelque part à l’arrière. Sa nature profonde est l’héritage de son père qui avait été victime d’ une reine malfaisante l’ayant métamorphosé en ours à mi-temps, animal le jour, homme la nuit. Sa mère s’appelait Bera, qui signifie ourse, et avait été contrainte de manger un morceau de l’animal tué (son propre mari transformé en ours).

 

Nous comprenons aisément l’origine du mythe du loup-garou à travers ces extraits épiques de l’Europe païenne.

Les transformations dont il est question dans ces récits sont des kenningar pour évoquer la transe guerrière qui va transfigurer le champion. Les guerriers ours ou loups que toutes les sagas décriront sous le terme « berserkr » sont un motif commun aux sociétés vikings. Ces guerriers ne ressemblaient pas seulement à des loups ou à des ours par la force et par la férocité ; ils étaient à quelque degré ces animaux mêmes. Leur fureur extériorisait un être second qui vivait en eux. Les peaux de bêtes de leur animal totémique qu’ils revêtaient pour l’occasion, ne servaient qu’à affirmer cette métamorphose, à l’imposer à l’ennemi épouvanté.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 1 août, 2015 |Pas de commentaires »

Une autre explication du caractère sacré du kenning

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Dans un mythe très élaboré, Odin, le dieu suprême des Norrois, est donné pour être  « l’inventeur » de la poésie.  Il dérobe le nectar poétique et le dépose dans trois récipients, dont l’un s’appelle « Odhrerir », littéralement : « qui meut l’ödhr ». Cette dernière notion étant l’apanage si intime du dieu Odin, qu’il en a tiré son propre nom ; il s’agit de l’ivresse poétique.

Ainsi, on peut penser que le dieu de l’éloquence, ait été le maître de tout savoir, poésie et magie confondues.  Son essence propre est d’incarner la science, l’intelligence suprême, la parole telle qu’elle peut s’exprimer dans la transe, l’extase, le chant, le charme magique, l’incantation.

L’expression des kenningar qui fit la gloire des scaldes (poètes islandais du Xème au XIIème siècle), repose sur un tel degré de connaissance allégorique et de symboles ésotériques, qu’il est fort probable que son origine relevait d’une initiation secrète. L’étymologie du mot « scalde »  n’a jamais trouvé d’explication satisfaisante, mais des auteurs comme Régis Boyer, lui prête volontiers une signification de caste sacrée.

La structure des textes retrouvés avec l’emploi de kenningar représente une telle somme d’allitérations et de jeux de sonorités, (un genre musical en somme) que l’assimilation  à un chant magique ou à  une manière d’incantation pourrait aller de soi.

Ce que nous savons des rituels magiques des vikings  corrobore l’idée majeure que les kenningar ont joué un rôle essentiel dans leur pratique. En effet, il est attesté que la déclamation de poèmes accompagnait systématiquement les rites, sous forme de chant sacrificiel, et parfois même de choeurs pour faciliter la transe du praticien.

Sachant que le dieu régissant la magie et le savoir ésotérique est le même qui a le pouvoir de provoquer la transe extatique poétique, on ne peut qu’admettre le caractère sacré de son expression à travers les métaphores et autres figures de style.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 31 juillet, 2015 |Pas de commentaires »

De la contorsion

GuerriersHache

Diogène, le philosophe grec, parle des druides dans un texte, dont voici un extrait :

« Ceux qui prétendent que la philosophie a commencé chez les barbares explique également la forme qu’elle a prise chez chacun de ses peuples. Il rapporte que les Gymnosophistes et les Druides font de la philosophie, en déclarant dans des sentences au caractère volontairement obscur qu’il faut honorer les dieux, ne rien faire de mal et s’entraîner au courage… »

Ce texte est riche d’enseignement malgré sa forme laconique. On apprend que les gymnosophistes, qui sont probablement les ancêtres des brahmanes de l’Inde, sont par leur pratique, associés à la classe sacerdotale celtique, les Druides. Ainsi pour l’auteur il apparaît naturel de les associer et les citer dans le même champ sémantique, malgré la distance qui sépare les peuples dont ils sont issus.

Les sources mythologiques irlandaises font état du héros celtique Cú Chulainn. Ce fier-à-bras est élevé par son oncle Cathbad, qui officie en tant que druide. L’histoire de Cú Chulainn est un véritable parcours initiatique où le héros acquiert le Savoir par une sorcière et devient ainsi (on le suppose) druide à son tour ; il est effectivement rapporté qu’il incarne le Savoir et que sa tête irradie la connaissance. L’histoire révèle plusieurs de ses noms initiatiques dont un qui retiendra particulièrement notre attention : « Riastharta », le contorsionné. Etrange similitude avec le parallèle que fait Diogène dans son texte, en évoquant les gymnosophistes.

Si dans les récits épiques du Haut Moyen-Age, la contorsion de Cú Chulainn est dépeinte comme une fureur déformante le rendant invincible au combat et monstrueux, une sorte de transe guerrière, il paraît tout à fait probable que l’origine de son surnom provienne d’une ascèse et que le sens du qualificatif se soit arrangé de rajouts narratifs ultérieurs par les clercs irlandais en éloignant l’idée première de la contorsion et de l’extase religieuse, pour la vulgariser dans une vision guerrière atroce. Le récit haut en couleurs du champion en pleine transformation devient alors une métaphore du guerrier méditant en s’adonnant à des postures corporelles. Les découvertes archéologiques du monde celtique et germanique présentant des personnages dans des formes inhabituelles, comme ceux de la corne de Gallehus et du chaudron de Gundestrup corroborent l’idée d’une pratique ancienne de gymnastique en lien avec une spiritualité.

 

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