Archive pour la catégorie 'Etudes'

La poésie des objets

En étudiant la mythologie des dieux indo-européens, on se rend compte des attributs communs et des fonctions similaires, comme l’a démontré remarquablement Georges Dumézil.

Par exemple, il ressort que les dieux celtes et germains (pour mieux dire germano-scandinaves) possèdent des objets symboliques semblables. Ainsi dans la tribu irlandaise de la déesse Dana, on trouve pour le dieu Dagda un chaudron d’abondance contenant une nourriture inépuisable à l’image du dieu celte continental Sucellos. Les deux sont pourvus du maillet possédant le pouvoir de donner la vie ou la mort selon le côté où il frappe. Chez les peuples norrois c’est Thor qui est armé du marteau. Celui-ci est le symbole du tonnerre, en conséquence de la pluie et de la fertilité.

Il y a également l’arme de guerre par excellence : la lance. Celle du dieu Odin chez les scandinaves et celle de Lug chez les Celtes. Cette lance magique a le pouvoir de rendre invincible son possesseur, et permet de jeter un sort lorsqu’on la lance en préambule du combat pour s’approprier la victoire.

Chacun de ces objets est désigné par des métaphores ou dans certains cas son histoire fait écho à sa fonction. Le chaudron celte d’abondance fut apporté de Murias, une des îles au nord du monde, durant le règne du druide Semias (« subtil » en gaélique), un des quatre druides primordiaux de la tribu de Dana ; il est donc rattaché à la magie et à l’ésotérisme. On peut en déduire que son histoire est liée aux connaissances druidiques du sens de la vie.

Le symbole du marteau chez les vikings est Mjölnirr qui signifie l’éclair. Certains chercheurs l’ont traduit comme « destructeur », « arme foudroyante de couleur blanche », et « concasseur ». Pour Dagda comme pour Thor, c’est une arme destructrice. Toutefois la subtilité de la fonction de résurrection pour les Celtes est assez singulière et ramène encore à un sens perdu de la doctrine druidique.

La lance chez le dieu Norrois Odin est appelée Gungnir, c’est à dire le « chancelant » ; il faut peut-être voir dans cette image la victime saisie par la projection de l’arme. Pour le dieu irlandais Lug, la lance se nomme Gea Assail ou Ar-éadbair en gaélique ; ces deux expressions sont inexpliquées ; sans doute s’agit-il d’expressions relatives à l’image de sa fonction.

En élargissant la recherche à l’histoire, on se rend compte que les grands guerriers, ceux qui ont marqué l’histoire par leurs hauts faits, nommaient leurs armes par des désignations imagées. Ainsi dans les sagas islandaises, on voit le héros Egill Skallagrimsson appeler une de ses deux épées « Nadr », ce qui signifie « vipère », celle qui mord ses victimes. On trouve aussi une expression très explicite pour une autre épée : « Dure-entaille » ; c’est une des épées magique de la mythologie celtique qui deviendra Excalibur dans la légende arthurienne. Sans doute s’agit-il de la version postérieure à l’antiquité archaïque du dieu Nodons (Nuada en irlandais) dont l’attribut principal est son épée qui a le pouvoir de trancher le fer et l’acier ; elle luisait en permanence d’une lueur blanche, ce qui lui valut le nom de « Claíomh Solais », c’est à dire « épée de lumière » en gaélique.

Les images qui nous sont parvenues sont riches et narratives. Elles s’inscrivent dans le récit de l’épopée et démontrent encore toute la richesse et la culture des hommes d’armes depuis l’antiquité jusqu’au moyen-âge païen.

 

Les surnoms des dieux celtes

Dans le panthéon celtique, il existe un nombre invraisemblable de surnoms pour désigner les dieux. Il s’agit sans doute d’un tabou verbal comme on peut le voir dans le culte du dieu nordique Odin. Il convient de désigner le dieu sans jamais le nommer dans ce cadre précis. Comme si l’incantation à son encontre devait être suggérée ou matérialisée de manière poétique ou en tous cas détournée. Cette application ne nous surprend pas au regard des différents travaux émis sur ce blog. Nous savons en effet que les kenningar participaient à désigner ou interpeller les forces qui régissent l’univers pour interférer de manière favorable dans la vie des hommes. Nous avons en effet observé tous les liens existants avec ces métaphores et la pratique religieuse et magique.

Aussi il est intéressant de se pencher sur le cas des dieux irlandais : on trouve ainsi pour le dieu Lug (le dieu primordial et lumineux) les qualificatifs « polytechnicien » (Samildanach en gaélique) et « au long bras » (Lamfada en gaélique) ; Lug est l’inventeur de toutes les techniques et de tous les arts, il est magicien, et comme le dieu Odin il dispose d’une lance magique ce qui lui vaut son surnom de dieu au long bras.

Pour le dieu Dagda, archétype du druide, il convient de le nommer « Rouge de la science » (Ruadh Rofhessa en gaélique) car comme tout druide de l’antiquité il revêt également un aspect guerrier symbolisé par la couleur de la caste en question : le rouge. Il est aussi désigné comme « celui qui combat par l’if, père puissant » (Eochaid Ollathir en gaélique) ; l’if étant sans doute une métaphore pour désigner l’arme du dieu, la massue. La référence à son aspect géniteur comme père puissant renvoie aussi vraisemblablement au même attribut qui selon l’endroit frappé, tue ou ressuscite. Il a donc une influence considérable sur la destinée des hommes avec ce droit de vie et de mort.

Le lien entre les hommes et les dieux s’est donc maintenu par des mots employés à dessein et remplis d’images faisant écho aux forces et aux fonctions de chacun d’eux. Il est particulièrement intéressant de constater ce point commun traversant les siècles depuis l’antiquité jusqu’au moyen-âge. Si tabou verbal il y a, il marque un profond respect des hommes et des intercesseurs pour pouvoir accéder aux bonnes faveurs de leurs dieux ancestraux.

 

Publié dans:Etudes, L'Antiquité, Non classé |on 21 juillet, 2017 |Pas de commentaires »

Les entrelacs métaphoriques

entrelacs6

 

Dans l’article que j’ai rédigé en 2014, Les entrelacs, ornements graphiques et poétique, (accessible ici), je mettais en parallèle l’art ornemental viking avec celui des jeux métaphoriques que l’on retrouve dans les kenningar.

Les deux jeux sont contemporains et l’un illustre l’autre. C’est effectivement à la même période que l’art ornemental parvient à une nouvelle apogée chez les hommes du Nord, que naît également de leur esprit la poésie scaldique. Dans les tournures de phrases qui nous sont maintenant familières, il apparaît des images de serpents entrelacés qui surgissent de manière épisodique entre les apparitions de descriptions narratives. Ainsi la richesse des formes de la langue germanique permet de séparer les mots allant ensemble, et de les disperser dans la strophe de façon rythmée. Il en ressort une impression de rébus pour le profane, et d’illusion d’enchevêtrements.

Dans la Saga de Grettir, le héros donne l’explication de la possession d’un trésor sous la forme d’une visa :

« Visiblement c’est l’espoir d’anneaux

Qui m’a poussé dans le tertre,

Dévastateur de l’éclat de la couche ;

Les hommes sauront cela bientôt ;

Pourtant je vois que peu

D’Ullr de la bataille de Hrotti

Iront joyeux chercher

Le champ de Fafnir. »

Dans cette allocution, s’entremêlent la motivation du guerrier à la description métaphorique de l’or (avec le kenning « l’éclat de la couche »), puis de nouveau le passage narratif (« les hommes sauront cela bientôt »), avec les métaphores guerrières («  L’Ullr de la bataille » est en effet un kenning pour évoquer le guerrier) qui participent de l’épopée, aux images éclatantes avec le « champ de Fafnir » qui évoque à nouveau l’or. La redondance des images en alternance avec les passages obligés épiques des grandes Sagas Islandaises donnent un ensemble cohérent qui fait écho à l’art ornemental des mêmes auteurs.

entrelacs

 

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 9 juin, 2017 |1 Commentaire »

La mauvaise langue

Parmi les pratiques magiques ou ésotériques qui nous sont rapportées à travers les Sagas islandaises, il y en a une qui se désigne par la « mauvaise langue ».

Il s’agit des paroles prononcées pour porter préjudice à quelqu’un. Ce pouvoir de déclamer des mots dans un ensemble construit comme une visa (poème) ou un chant pour faire du mal, est souvent attribué aux scaldes, les poètes islandais vikings. Le terme même « skald » en vieux norrois renvoie à des connotations magiques d’après Régis Boyer. Leur fonction de maîtriser la langue et de perpétuer les traditions et la mémoire des clans et d’interférer dans les rituels, les prédisposait à faire et défaire la réputation des personnages qu’ils chantaient (d’ailleurs comme l’ont fait les bardes chez les peuples celtes). Ainsi à travers leur art, ils devenaient « maîtres de la parole infamante ». Cette pratique avait comme finalité de flétrir la réputation ou à provoquer la déchéance, voire la mort de la victime ! On trouve dans cette conception du pouvoir des mots un exemple dans une saga légendaire, la Saga de Bosa, où il est raconté que la sorcière Busla attirait le mal sur les gens, par les méfaits de la force de sa langue !

Ainsi il semble bien que la « skaedh tunga » , la langue qui fait du mal, se soit construite sur la mécanique locutive des kenningar.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 4 juin, 2017 |Pas de commentaires »

Les hauts-faits guerriers comme vertu

Dans la saga d’Egill Skallagrimsson, on trouve de nombreux passages héroïques. L’un d’eux est narré par le personnage principal, Egill. Il raconte ses prouesses guerrières à travers un chant où le jeu des kenningar souligne ses qualités de courage et de force.

« Tout seul je combattis contre huit

Et contre onze, deux fois,

Ainsi donnâmes cadavres au loup,

A moi seul je fus leur mort ;

Je découvris âprement par haine

Du couteau à trancher les écus ;

J’ai fait jeter l’épée

Sur le frêne d’Embla. »

Ce passage de bravoure presque obligé dans les sagas islandaises illustre la beauté et le raffinement de l’éloquence des grands guerriers du moyen-âge nordico-germanique.

« Le couteau à trancher les écus » est un kenning pour évoquer l’épée.

Pour expliquer le kenning du « frêne d’Embla », je pense qu’il faut revenir au mythe cosmogonique : les dieux germano-scandinaves créèrent le couple primordial d’humains à partir d’un frêne et d’un sarment de vigne voguant sur la mer. Ce couple sera nommé « Askr » pour le frêne et « Embla » pour la vigne. En conséquence, on peut supposer que « le frêne d’Embla » signifie l’homme, ici le guerrier.

Les hauts faits d’armes sont rapportés avec brillance et couleurs. Le jeu des métaphores illustre l’érudition des locuteurs. Les kenningar participent à réhabiliter la classe guerrière et à lui attribuer la noblesse de son rang.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 6 mai, 2017 |Pas de commentaires »

Un aspect inconnu et étonnant du dieu Odin

casqueOdinique

 

Le premier chapitre de la partie dite « Skaldskaparmal » de l’Edda de Snorri Sturlusson raconte l’enlèvement d’Idunn. Idunn est la représentation de la jeunesse éternelle dans la mythologie nordique. Son nom signifie probablement en vieil islandais « celle qui rajeunit, qui renouvelle » .

Dans le poème de l’enlèvement d’Idunn, on trouve plusieurs kenningar relatifs au dieu Odin.

 

On peut s’arrêter à la troisième strophe, où l’on note ce savant et mystérieux kenning :

« sage décorateur fermier encapuchonné d’un casque de chaînes » !

 

Le mot norrois « snytrir » utilisé dans le poème signifie « soigneux » et se comprend dans la phrase comme « un fermier soigneux ». Il fait référence au travail de la terre, donc à la troisième fonction dumézilienne, dite fonction productrice liée à la fécondité.

Le mot « snytrir » est également à rattacher à l’adjectif « snotr » pouvant signifier « sage, instruit ». Le terme « hapt » désigne un dispositif pour enchaîner. Le kenning « encapuchonné d’un casque de chaînes » désigne donc un dieu guerrier, et évoque certains casques garni de cotte de mailles de l’époque viking. En lisant l’ensemble du poème, il est évident que c’est bien le dieu Odin qui est désigné et caractérisé de la sorte. Pourtant, on peut s’étonner de la dimension « fermière » du dieu représentant davantage la première et deuxième fonction (souveraine et guerrière) !

Relevons au passage l’explication de la métaphore des chaînes, qui peut également se faire avec son aspect de dieu lieur ; le lien étant le langage qui enchaîne les hommes (voir à ce sujet les articles La Représentation symbolique du lien et La Parole qui enchaîne les hommes ), c’est à dire l‘emprise qu’il a sur les hommes et sur le cours des événements. Cet aspect est un attribut récurrent du dieu Odin. On le sait, il y a toujours plusieurs sens aux kenningar.

La métaphore éclaire ainsi un aspect méconnu du dieu : il est à la fois le dieu polytechnicien, le dieu savant, le dieu de la victoire, de l’incantation, de la magie, des runes mais renvoie également dans ce cas à la sagesse et au labeur du paysan !

Supplante-t-il d’autres divinités plus anciennes comme Nertus, ou Freyr rattachées exclusivement au culte de la terre ? Après réflexion, je suis plutôt d’avis que c’est l’attribut de la sagesse qui prédomine dans la métaphore. Cela prendrait davantage de sens quand on sait que Odin est le dieu avisé, celui qui sait les choses du monde et auprès duquel on prend conseil. Le rattachement au travail du fermier me semble secondaire et le sens du kenning s’éclaire sous un aspect plus vraisemblable : le sage conseiller casqué des fermiers (des hommes)*.

 

 

* Il semble opportun de rapprocher les redondances du thème du paysan-guerrier avec l’analyse de Jan de Vries dans son ouvrage La Mentalité des Anciens Germains.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 19 avril, 2017 |Pas de commentaires »

Un pont entre la préhistoire et le moyen-âge

Il existe un grand nombre de gravures sur pierres en Scandinavie représentant des scènes avec des personnages, des armes, des animaux et ce qui semble être des navires. Ces pétroglyphes gravés sur une longue période comprise entre le VIème millénaire avant JC et -500 semblent faire écho à des textes issus de la cosmogonie germano-scandinave écrits au moyen-âge. En effet, il n’est pas improbable de considérer que la mythologie du Nord avec ses grandes scènes épiques aient été maintenues quasiment intactes à travers plusieurs millénaires, du fait de leur isolement géographique et ainsi perpétuées au cours des âges. Nous pouvons avec la plus grande honnêteté intellectuelle nous avancer sur ce terrain en mettant en parallèle des figures bien particulières avec un extrait d’un fameux épisode du dieu Thor. Ci-dessous vous pouvez voir une compilation de pétroglyphes (provenant de Suède essentiellement) à la thématique commune et mettant en scène un personnage aux dimensions surhumaines, semblant porter à bout de bras un bateau scandinave, que les spécialistes appellent les « bateaux à peignes » pour désigner ces représentations singulières de navires.

Hlorridi

 

« Marcha Hlorridi

Empoigna la proue,

Souleva avec l’eau qu’il avait embarquée

Le cheval de la mer

A lui tout seul,

Avec rames et écopes,

Porta jusqu’à la ferme

le cochon du ressac du géant,

Passant à travers

Les crêtes boisées. »

Le texte semble décrire précisément les illustrations alors que plusieurs millénaires les séparent. Relevons au passage les kenningar :

Hlorridi est un surnom du dieu Thor et signifie « le chevaucheur bruyant »;

« le cheval de la mer » est le bateau ;

« le cochon du ressac du géant » est aussi le bateau.

Ainsi ces quelques vers issus de l’edda poétique (XIIIème siècle) avec leurs kenningar lèvent le voile sur des représentations sacrées gravées dans la pierre. Nous sommes en présence d’une thématique forte pour les peuples du Nord qui ont su transmettre l’essentiel de leur mythologie par voie orale pendant plusieurs millénaires. Forte, effectivement puisque ressortie intacte sous la plume d’un auteur islandais après l’avènement du christianisme en Europe du nord. Les kenningar renforcent l’idée de sacralité de l’épisode. La forme des vers très courte et dans leur langue originelle très rythmée corrobore l’hypothèse d ’un chant ancestral.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité, Le Moyen-Age |on 12 mars, 2017 |Pas de commentaires »

Du rituel gaulois et des kenningar

Une inscriptions gauloise trouvée en Auvergne, près d’une source, sur une tablette en plomb et datant du premier siècle nous apprend que les rituels magiques utilisaient des métaphores.
En effet, il est intéressant de trouver des expressions recherchées et imagées pour exprimer une volonté de changer le cours des choses par l’opération de(s) dieu(x) ou de forces spirituelles.
Le dieu Maponos est invoqué dans ce cas. Il est le fils d’une rivière mythique et sans doute l’incarnation de la jeunesse et de la vitalité. La mention « L’inflétrissable » dans l’inscription retrouvée renforce cette idée.
Nous trouvons plusieurs allégories qui compte tenu de leur fonction peuvent s’apparenter sans problème aux kenningar. Le double langage est utilisé comme le feront les vikings dans leurs fameuses « visas » truffées de kenningar.
L’expression : « le petit deviendra grand » semble bien être une formule incantatoire. Elle s’explique par le lien omniprésent dans la cosmogonie européenne entre le microcosme et le macrocosme, comme par exemple dans l’oracle d’Appollon sur Camarine : « Ne rends pas la moindre majeure ». On peut également l’entendre comme l’offrande de la tablette, la petite chose, qui va entraîner les grandes conséquences espérées. De nos jours ce lien subtil entre les deux dimensions spatiales (un monde à deux échelles) a été théorisé par la théorie du battement d’ailes du papillon, ou la théorie du chaos.
Une seconde expression présente sur la tablette « redresser le courbé » est, là aussi, une métaphore. Elle pourrait évoquer le rétablissement (redressement) de la revendication comme un procédé naturel de retour à la forme initiale. Sans doute par là même faire référence à une cause noble (liberté, alliance…) ou juridique (faire valoir son droit, revendiquer une propriété…). En effet, à travers l’adjectif « courbé » existe la notion de contrainte qui pourrait être une coercition subie par le clan dont il est question (les Segovii).
L’emploi du verbe « frapper » a le double sens de survenir et de heurter. Il scelle le rituel comme un jugement irrévocable, à mettre en parallèle avec le geste contemporain du juge utilisant son marteau.

Je donne ci-dessous la traduction de Jean-Paul Savignac de l’inscription gauloise :

 » L’Inflétrissable j’honore, Divin, par l’écrit, Maponos Arverne
Exauce-nous, et aussi ceux-ci, par la magie des jeunes femmes :
C(aios) Lucios Floros Nigrinos, incantateur, Emilios Paterin,
Claudios Legitumos, Caelios 
Pelign(os), Claudios Pelign(os),
Marcios Victorin., Asiaticos 
fils d’ Addedillos,
et les Segovii, qui prêteront 
serment.
Le petit, quand il l’aura lié, deviendra 
grand.
J’offre le changement et redresse le courbé
dans l’avenir je verrai par l’écrit de l’incantation cela même frapper (ou être) ainsi.
Je les prépare pour le serment.
Je les prépare pour le serment.
Je les prépare 
pour le serment. Jure ! « 

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 28 février, 2017 |1 Commentaire »

La mystification historique

La cruauté épouvantable des guerriers vikings a été largement commentée par les clercs puis par les historiens. Pour les uns, fléau de Dieu ; pour les autres, terreur de l’Occident.

Mais en approfondissant le sujet, le lecteur (ou le curieux) pourra se rendre compte de toute la mystification accomplie autour de l’image du viking. Son univers emprunt de paganisme s’est heurté aux pensées et aux mœurs christianisées du moyen-âge ; aussi, ce choc culturel et cultuel a enrichit un imaginaire effroyable et un certain nombre d’invraisemblances.

Tout l’intérêt du site est de rapporter et de faire connaître le degré de culture et de raffinement des peuples dits païens, c’est à dire de la culture pré-chrétienne des peuples d’Europe, à travers leurs pensées et leurs visions du monde. Dans cette perspective il me vient l’image d’Epinal du viking aimant boire le sang dans le crâne de son ennemi…cette image hante durablement notre inconscient collectif et est parfois attribuée aux Gaulois, sans doute à cause des crânes exposés à l’entrée de temple, retrouvés sur des sites archéologiques. Cette mystification tient son origine dans une transcription d’un poème attribué au célèbre Ragnarr Lodbrok. Il se vante de boire la bière dans « la branche courbe du crâne ». Cette expression est bien un kenning ; elle fait référence à la corne de bœuf (la branche étant l’émanation poétique du crâne de l’animal) qui faisait office de corne à boire. La métaphore est alors incomprise et va alimenter durablement le délire des commentateurs. Notons qu’il n’est pas question de sang dans le poème mais bien de bière…

Cet exemple de malentendu (fortuit ou volontaire ?) démontre clairement l’incompréhension des kenningar par leurs contemporains chrétiens et le déni d’une civilisation envers une autre. Cet article aura permis de rendre justice aux hommes qui ont écrit ces poèmes magnifiques.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 11 février, 2017 |Pas de commentaires »

Le thème orphique à travers les âges

orphee

Orphée, le héros de la mythologie grècque, naît poète ; d’emblée il apparaît comme le « père des chants », c’est à dire comme un barde. Ni les Muses, ni Apollon, ses ascendants naturels, ne lui font de l’ombre. Avant d’apparaître sur les bords de la mer Noire ou au sommet des montagnes de Thrace, Orphée possède le pouvoir de charmer les animaux et les êtres les plus sauvages. En lui s’incarnent la voix et la musique, le chant qui fait venir à soi, les arbres et les pierres, les poissons et les oiseaux du ciel . Nul autre parmi les dieux et les hommes ne peut rivaliser avec lui. Il est comblé de dons multiples et la légende raconte qu’il ajouta deux cordes à la traditionnelle lyre à sept cordes que lui donna Appolon en hommage aux neuf muses, auxquelles appartenait sa mère. Du mythe et du symbole de la harpe, on retrouve la thématique dans toute l’Europe païenne depuis l’antiquité jusqu’au moyen-âge. En effet, si l’on monte au nord de l’Europe, il est frappant de tomber sur un archétype orphique à travers le héros du cycle héroïque de l’Edda, Gunnar Gjukason. Ce dernier est jeté dans une fosse aux serpents par son ennemi Atli. Il arrive à rendre les serpents inoffensifs en jouant de la harpe, avec ses orteils ! L’auteur Saxo Grammaticus attribuera le même pouvoir au roi Danois Erik Ejegod. Nous sommes donc dans le thème orphique qui d’ailleurs jouira d’un succès durable dans le nord puisqu’il fournira l’argument de plusieurs ballades danoises médiévales, intitulées La Force de la harpe. L’une de ces ballades décrit une harpe qui parle, autre motif bien connu de plusieurs folklores. Il y a aussi une balade faisant allusion à un chant magique capable de forcer les objets à se déplacer, et les gens à danser !… De la même façon dans la mythologie celtique on retrouve le thème de la harpe aux pouvoirs extraordinaires. Ceux entre autres de faire rire, pleurer, s’endormir avec le dieu Dagda. (Voir à ce sujet l’article La harpe symbole de la transe )

Le pouvoir hypnotique de l’instrument est intéressant et renvoie sans doute à un fond originel de pratique rituelle pour communiquer avec les esprits. Soulignons au passage que l’instrument à connotation magique n’est pas à dissocier du chant qui l’accompagne. L’usage du chant dans des rituels magiques est connu des sociétés européennes pré-chrétiennes et se retrouve dans sa forme étymologique latine, « carmen », qui a donné  le « charme » (dans sons sens ésotérique).

On se rend compte grâce à l’étude comparative, combien l’image de la harpe renvoie à un fond originel de magie et de transe.

 

Publié dans:Etudes, L'Antiquité, Le Moyen-Age |on 28 janvier, 2017 |2 Commentaires »
1...34567...12

Ailant vers Fred |
Jamesye |
Lenversdessignesleblog |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Manouch11poesies
| Envidelire
| Lettresinroses-bloglittéraire