Archive pour la catégorie 'Etudes'

Des Paroles divines

Dans le Havamal (Les Dits du Très-Haut), on peut lire plusieurs chants poétiques attribués au dieu nordique Odin. Un de ceux-là se présente sous cette forme :

« Mieux vaut ne pas demander

Que trop sacrifier.

Qu’il y ait toujours récompense pour don.

Mieux vaut ne pas offrir

Que trop immoler. »

Dans l’exercice sacrificiel en usage à l’époque pré-chrétienne, on comprend qu’il convient de faire preuve de prudence et de mesure.

S’agit-il d’un conseil moralisateur ? Sans doute si l’on met en balance le précepte grec de la mesure, de la modération et de la sobriété, obéissant à l’adage « jamais trop ». L’homme doit se garder de toute exagération et rester conscient de sa place dans l’univers. Il s’agit donc de tenir un juste milieu entre un trop grand athéisme et une trop grande foi.

Dans la strophe précitée, c’est bien le « trop » qui est déconseillé. Au-delà de sa portée religieuse, il semble qu’elle porte un message éclairé pour contenir la personnalité des peuples païens, enclins à l’excès au sein de leurs communautés.

 

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 19 avril, 2019 |Pas de commentaires »

Le totémisme comme symbole des clans celtiques

GuerrierSanglier

Dans la légende de Finn, tirée des Mabinogion (compilation de quatre récits médiévaux gallois dont l’origine se trouve sans doute dans l’antiquité), on trouve un poème relatant les haut faits d’un héros.

Au cours d’une chasse royale, Finn et ses compagnons découvrent la tombe d’un des chefs de clan, mort au combat. Il s’agit de Failbé Findmaisech.

Finn se met à louer sa bravoure et compose un chant funèbre pour honorer sa mémoire :

« Ils trouvèrent la mort sous les défenses

Du porc féroce au large dos.

Il tua les chiens et les hommes,

Le sanglier énorme de Formael.

Il trouva le porc noir à la forme sombre

Qui vint combattre loyalement.

Il mit par terre chiens et gens,

Combat pour lequel la tombe était creusée.

Il m’était cher, Failbé le Rouge,

Le jour où il fit un carnage des étrangers.

Il répondait à l’affliction et à la bataille,

Celui qui est dans la tombe. »

Nous sommes habitués à ce genre de composition chez les Germains et les Scandinaves. Elle se trouve moins fréquente chez les Celtes mais cela ne laisse pas présager qu’elle n’ait pas ou peu existé dans l’antiquité celtique. Nous savons que le nord de l’Europe a préservé plus longtemps les témoignages du paganisme et ses mœurs pré-chrétiennes. Il est frappant de voir les similitudes dans le style et l’emphase avec ce que l’on connaît des visas des Sagas islandaises.

Revenons au texte en question : il évoque un combat à mort entre Failbé Findmaisech et un porc sauvage. Le sanglier est repris dans le bestiaire celtique, gaulois particulièrement, à la fois comme image de férocité et comme appartenance à un clan (voir à ce sujet l’article Le Chien de l’Ulster, ici)

L’évocation du combat contre le sanglier est à mettre en exergue avec le personnage principal Finn, qui se nomme également Demné, c’est à dire le cerf. Curieuse mise en scène que cette guerre entre deux animaux ! Nous sommes sans doute en présence d’un témoignage d’affrontement de clans où les emblèmes d’animaux sauvages ne sont que les expressions d’un totémisme propre à chaque tribu. D’ailleurs dans la légende d’Arthur, on retrouve plusieurs allusions semblables. Son propre nom évoque, par sa racine celtique artos, l’ours.

Que de métaphores pour comprendre en profondeur ces témoignages magnifiques de ce que fut la société pré-chrétienne européenne !

 

L’exercice sacrificiel et la renaissance

pierre Odin

Dans l’épopée celtique, un des fameux compagnons d’Arthur se nomme Kaï. Dans les Mabinogion (compilation de quatre récits médiévaux gallois dont l’origine se trouve sans doute dans l’antiquité), une description du personnage se révèle très intéressante :

« Kaï avait cette vigueur caractéristique qu’il pouvait respirer neuf nuits et neuf jours sous l’eau. Il restait neuf nuits et neuf jours sans dormir… »

Quand on met cette évocation du cycle de neufs nuits et neuf jours avec ce que l’on connaît du fond mythologique germano-scandinave, on est frappé de la corrélation avec le rituel sacrificiel du dieu Odin. Dans le Havamal, on peut lire :

« Je sais que je pendis

A l’arbre battu des vents

Neuf nuits pleines,

Navré d’une lance

Et donné à Odin

Moi-même à moi-même donné,

A cet arbre

Dont nul ne sait

D’où proviennent les racines. »

Se trouve en commun l’évocation d’une durée de neuf nuits. Lorsque l’on va plus en profondeur dans la mythologie, on comprend que le dieu scandinave renaît de lui-même ; ainsi, l’interprétation renvoie à la période de gestation humaine de neuf mois, rappelée par la description des nuits pleines (équivalent à neuf lunaisons) et la suite des strophes du poème (« Alors, je me mis à germer… »).

Kaï, à qui l’on attribue le pouvoir de respirer sous l’eau durant une période identique à celle de l’auto-sacrifice d’Odin, semble aussi évoquer une renaissance à travers ses exploits. L’élément liquide, cher aux interprétations de Jung, renvoie toujours à la matrice. Le fait de pouvoir respirer sous l’eau durant neuf mois appelle donc la même image.

Sommes-nous confrontés à l’évocation d’un rituel sacrificiel païen où le supplicié, une fois les épreuves traversées, devait ainsi accéder à sa propre renaissance ? Cela supposerait que la période du rituel s’étalait sur neuf nuits, pour faire écho aux cycles des lunaisons. À travers différents écrits poétiques et leurs images relatant des mythes celtiques et germaniques, on entrevoit des fragments du paganisme européen.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité, Le Moyen-Age |on 16 février, 2019 |Pas de commentaires »

Le Dialogue des deux sages, de la parole druidique

Dans Le Dialogue des deux sages (pour plus de précisions sur le texte et son origine, je vous invite à prendre connaissance de l’article Le Dialogue des deux sages, introduction), nous trouvons des tournures de phrases complexes et pleines de sous entendus. En dépit du sens profond qui nous échappe partiellement aujourd’hui, faute de filiation dans la tradition druidique, nous pouvons considérer des faits comme acquis en ce qui concerne la vision sociétale de l’époque de l’apogée celtique en Europe.

En effet, dans la joute verbale qui oppose deux officiants druidiques, on trouve ce que l’on appellerait de nos jours « une promesse de bel avenir professionnel » dans l’antiquité celtique. Fechertne, le prétendant à la charge de docteur suprême de l’Ulster promet à son rival (Nede) d’être un  » panier de poésie », un « roc de docteurs », et « le bras d’un roi ».

Ces allégories représentent sans doute trois charges de la fonction druidique :

la qualité de l’éloquence, de la poésie et sans doute du chant (récitations, incantations) par la pratique bardique ;

la qualité de la médecine, des sciences (astronomiques, arithmétiques, en herboristerie, …) et de divination telle a pu l’être la pratique du vate ;

enfin, la qualité d’organiser la société dans ses juridictions, dans sa hiérarchie, dans la pratique martiale en tant que conseiller du souverain.

Le dialogue des deux sages révèle une vision de la place du druide dans la société celtique à travers des métaphores poétiques ; il laisse supposer que la plus haute fonction sacerdotale, docteur suprême, couvre les compétences subordonnées au druide comme celles dépendantes du barde et du vate.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 6 janvier, 2019 |1 Commentaire »

Un poème ésotérique

runesBracteate

L’Abecedarium nordmannicum est un poème datant du IXème siècle, rédigé dans un dialecte de haut et bas allemand avec des expressions scandinaves. Ce texte présente la particularité d’évoquer les runes dans leur ordre originel. Cette suite a donné son nom au futhark, l’abécédaire runique :
F représentant la première rune (Fehu) ; U la seconde (Uruz) ; TH la troisième (Thurisaz) ; A la quatrième (Ansuz) ; etc.

Les runes sont des signes gravés dans la pierre ou dans le bois, possédant des vertus de sentence, de commémoration, de sortilège selon les cas.

L’écriture runique fut, d’après les sagas islandaises et l’Edda de Snorri Sturlusson, l’apanage des savants et des magiciens. Considérée comme sacrée par les vikings, car instruite par le dieu Odin lui-même, elle ne pouvait être manipulée par le profane.

Le texte semble simpliste à la première lecture :

« Argent, j’ai d’abord écrit,

Aurochs ensuite,

Thurse, le troisième signe,

L’Ase est au-dessus de lui,

La roue est écrite enfin,

La torche adhère alors ensuite,

La grêle a besoin de glace,

D’année et de soleil,

Tyr, le bouleau et l’homme au milieu,

La brillante eau,

L’if tient le tout. »

Pour le runologue débutant, il apparaît que chaque vers porte le nom d’une rune et est déclamé dans l’ordre du futhark. L’argent correspond à la rune Fehu ; l’auroch à Uruz ; le Thurse est un géant associé à la rune Thurisaz ; l’Ase est la catégorie supérieure des dieux et représente la rune Ansuz ; l’ensemble du poème parcourt ainsi seize signes runiques.

On peut penser qu’il s’agit d’un moyen mnémotechnique pour intégrer facilement l’enseignement de ce langage.

A bien y regarder et en parcourant le poème attentivement, on est frappé de déceler un deuxième sens. La lecture en profondeur du poème traduit une vision mythologique et spirituelle du paganisme de l’Europe du nord. L’expression « L’Ase est au-dessus de Thurse » renvoie à la vision païenne d’un univers divisé en plusieurs mondes superposés ; le monde des Ases représente bien le monde d’en haut chez les Norrois, tandis que celui des géants, un monde inférieur. De la même façon, dans la cosmologie nordique, il apparaît que le monde dit « du milieu » représente la terre des hommes, évoquée dans le poème par les mots «  l’homme est au milieu ». On pense aussi au pilier cosmique Yggdrasill, l’axe du monde, représenté par un arbre géant qui soutient toute chose dans l’univers, quand on arrive à la dernière ligne : « L’if tient le tout ».

Encore une fois, on ne peut qu’être subjugué par la connaissance et l’érudition des peuples des sociétés pré-chrétiennes, d’autant que leur enseignement fut pour l’essentiel transmis oralement.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 1 janvier, 2019 |Pas de commentaires »

L’opposition tardive entre Thor et Odin

Dans le poème mythologique intitulé le « Lai de Harbardr », on peut lire un contenu assez inhabituel.

Il est raconté que le dieu Thor qui revient de chez les géants paraît en haillons tel un vagabond. Odin, qui se dissimule sous l’identité de Harbardr, intervient en tant que passeur de rivière. Il refuse à son propre fils, Thor, la traversée d’un détroit. Il se gausse de Thor qu’il fait passer pour une brute dépourvue d’esprit et de courage. Odin se vante de ses aventures amoureuses tandis que Thor ne peut évoquer que ces combats contre des géants.

Une strophe du poème est significative de la vision qu’en a l’auteur :

«… à Odin appartiennent les princes qui meurent au champs de bataille,

à Thor la famille des valets… »

Le poète révèle la croyance en Odin, animée par l’humeur altière du viking endurci aux combats, du poète et de l’homme du monde fidèle à son prince, qui se moque du dieu protecteur des paysans, dépourvus d’esprit et qui ne peut rivaliser aux joutes verbales du dieu omniscient.

Il faut rappeler toute l’ambiguïté du poème.

Le kenning « Harbardr », le surnom d’Odin dans le poème, signifie littéralement « barbe grise » et désigne le dieu comme un vieux voyageur barbu dans plusieurs sagas. Odin est l’homme du voyage, celui qui erre et qui traverse les différents mondes. Il est donc pour le moins curieux de voir Thor apparaître sous des aspects qui le rapproche de l’allure de Harbardr. On comprend que des deux voyageurs, la distinction qu’en fait l’auteur du texte, réside dans les qualités spirituelles et conquérantes plutôt qu’en la force brute. Cette différence qui sépare les deux protagonistes d’apparence semblable, révèle une importance pour la société pré-chrétienne. Il semblerait que ce poème soit tardif dans le paganisme germano-scandinave et démontre que le culte d’Odin aurait supplanté le culte plus ancien de Thor. On peut considérer comme un fait acquis qu’un dieu puisse être l’objet de railleries au bénéfice d’un autre dieu dans la vision païenne du moyen-âge.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 28 décembre, 2018 |Pas de commentaires »

La destinée en image poétique

Dans la Saga d’Egill fils de Grimr le Chauve, on apprend la rivalité qui oppose le roi Eirikr au héros Grimr. Un des fils de Grimr, Thorolfr, partage avec l’ennemi de son père une amitié commerciale. Pour apaiser les tensions entre les deux clans, le roi remet une hache à Thorolfr qu’il déclare vouloir donner à Grimr. La hache est décrite comme un bien précieux « avec des cornes, grande et incrustée d’or, un treillis d’argent enveloppait le manche. »

Grimr accepte le présent transmis par son fils ; la scène est rapportée d’une manière qui suggère la tension et la vision de Grimr : 

il « la brandit, la regarda un moment sans rien dire. Il l’accrocha au-dessus de son lit. »

Plus tard, dans le même chapitre, on voit Thorolfr sur le départ pour de nouvelles aventures commerciales avec le roi. Grimr tente de dissuader son fils de partir, pressentant une issue fatale pour lui. Il déclare « j’ai le pressentiment , si nous nous quittons maintenant, que nous ne nous reverrons plus. » La prémonition est déclamée comme une certitude, comme une sentence.

Alors, Grimr se livre à un comportement curieux mais révélateur des mœurs et des croyances païennes. « Grimr le Chauve alla décrocher la hache de la poutre d’entrée, celle que lui avait donné le roi, et sortit avec. Le manche était tout noir de fumée et la hache rouillée. Grimr regarda le tranchant de la hache. Puis il la remit à Thorolfr. »

Ainsi, on observe que le héros renvoie la hache à son expéditeur comme pour conjurer un mauvais sort. Cette impression est confortée par la visa qu’il déclame en remettant la hache à son fils :

« Maintes failles l’y a

Au tranchant du féroce loup des blessures ;

J’ai un chagrin du bois émoussé ;

Méchant renard dans cette hache ;

Remporte mauvaise cornue

Au manche plein de suie ;

Pas la peine de l’envoyer ici ;

C’était présent de roi. »

Ce poème est rempli de kenningar. Le « féroce loup des blessures » est une image consacrée pour la hache. Le « chagrin du bois » représente également la hache. « Méchant renard » devait évoquer une sorte de mauvais esprit. « Mauvaise cornue » est la description de la hache à cornes.

Encore une fois, on constate combien les signes de la vie courante sont porteurs de symbolique. A travers la parole poétique, on décèle de la magie, des formules pour conjurer le mauvais sort, ou pour contrer un destin que l’on pressent défavorable.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 21 octobre, 2018 |Pas de commentaires »

L’image du serpent cornu

Cern

Dans la mythologie grecque, l’épisode de l’origine des hommes est racontée par l’image du serpent cornu Zagreus. Brièvement, le mythe raconte la transformation de Zeus en dragon qui fait violence à sa fille Perséphone. De cette union naît Zagreus, le « Petit Cornu », serpent dont la tête est surmontée de cornes de bélier. Héra, jalouse, excite contre lui les Titans qui l’amusent d’abord, puis se jettent sur lui pour le dévorer. Vainement, Zagreus, qui essaie de s’échapper, prend la forme d’animaux divers. Son corps est mis en pièces et les Titans le dévorent. Seul son cœur est resté intact. Athéné le rapporte à Zeus qui l’avale. Puis Zagreus renaît sous le nom de Dyonisos (dieu cornu) et les Titans, ses meurtriers, sont frappés de la foudre. Mais les hommes, nés de la cendre des Titans, porteront en eux la peine du crime de leurs ancêtres déicides.

Il est curieux de constater que le serpent divin se retrouve en Gaule à travers plusieurs images archéologiques et témoignages contemporains. Ainsi, Pline narre l’épisode de « l’oeuf serpent » tenu en haute estime chez les druides. « En été, il se rassemble une multitude innombrable de serpents qui s’enlacent et sont collés les uns aux autres, tant par la bave qu’ils jettent que par l’écume qui transpire de leurs corps ; il en résulte une boule appelée œuf de serpent. Les druides disent que cet œuf est lancé en l’air par les sifflements des reptiles, qu’il faut alors le recevoir dans une saie sans lui laisser toucher la terre, que le ravisseur doit s’enfuir à cheval, attendu que les serpents le poursuivent jusqu’à ce qu’une rivière mette un obstacle entre eux et lui… »

On peut entrevoir dans cet épisode fantastique la simplicité d’une tradition archaïque consistant en un œuf divin né de l’accouplement de serpents divins.

Pour ce qui est de l’image archéologique du serpent cornu, on la retrouve dans tout l’est de la Gaule antique. Ainsi sur l’autel de Mavilly, le serpent cornu figure à côté de douze dieux romanisés. De même sur l’autel de Paris dans une forme de Mercure tricéphale, aux côté d’un bélier (ce qui fait écho aux cornes de Zagreus). Idem pour la stèle de Beauvais dont la face est occupée par une image de Mercure. De la même manière sur les objets purement celtiques dont le plus illustre consiste en le chaudron de Gundestrup, où apparaît le dieu gaulois Cernunnos tenant dans sa main une forme de Zagreus, serpent à cornes de bélier.

On aperçoit dans l’image du serpent cornu (du serpent divin en général) un lien ténu entre la mythologie grecque et celtique. On remarquera que cette image est rattachée à un chaos et une naissance : des forces destructrices donnant naissance à une déité chez les grecs ; un œuf cosmique convoité chez les Celtes. Chez les uns la doctrine orphique permettra de se libérer du pêché originel lié au déicide ; chez les autres, la doctrine druidique intégrera l’image originelle cosmique dans sa mythologie.

Cernunnos

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 14 octobre, 2018 |Pas de commentaires »

Le Chien de l’Ulster

L’épopée du héros irlandais Cuchulainn fournit sans doute une preuve difficilement réfutable du totémisme chez les anciens Celtes.

Cuchulainn est une métaphore qui signifie littéralement le « chien de Culann » (voir à ce sujet l’article La Magie du nom porté ). Au regard de son histoire il apparaît qu’il est soumis à un tabou pesant sur les clans totémiques. Ce guerrier celtique du clan « chien », (comme on trouve les clans « ours », « sanglier », « taureau », « corbeau » en Gaule notamment) ne doit jamais manger la viande de son totem, hormis lors de cérémonies religieuses.

Avant son ultime bataille, Cuchulainn rencontre trois vieilles femmes l’invitant à manger du chien. Alors qu’il touche à cette nourriture proscrite, « la malédiction atteint tout son côté gauche qui, de la tête aux pieds, perd une grande partie de sa force. »

A contrario c’est lors du rituel de la mise à mort du chien, pendant l’épisode de son enfance, qu’il acquiert toute sa force surhumaine.

L’image du chien accompagne le héros et le caractérise comme tel. La métaphore démontre la prégnance de l’animal totémique dans le clan guerrier.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 23 septembre, 2018 |Pas de commentaires »

L’aventure viking et ses revers à travers les kenningar

Dans la saga islandaise dite de Grettir, Önundr a fui la Norvège pour s’approprier des terres en Islande, nouveau pays conquis par les vikings aux Xème et XIème siècles.

En considérant les terres vierges que lui propose Eirikr, celui-ci déclame alors une visa (poème récurrent dans les sagas islandaises) :

« Sans cesse par monts et par vaux

Erre l’aiguiseur de traits

Mais le cheval des couples

Se lasse de voguer sur la mer ;

J’ai fui mes terres et mes parents

Et voici dernière nouvelle :

Maigre marché si je ne gagne que

Kaldbakr et perds mes champs. »

On peut lire toute la déception d’Önundr à travers ces vers. Ils expriment l’amertume ressentie de l’aventurier parti pour coloniser de nouveaux territoires, avec tous les espoirs qu’un tel départ peut nourrir, et la confrontation aux limites de la réalité.

« L’aiguiseur de traits » est un kenning pour le guerrier. « Le cheval des couples » est un kenning désignant les poutres transversales du bateau ; en conséquence, l’image métaphorique représente donc le bateau.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 30 août, 2018 |1 Commentaire »
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