Archive pour la catégorie 'Etudes'

Un rite plurimillénaire

 

OdinSacrifice

 

Dans la démarche qui est la nôtre dans ce blog (faire connaître des traditions européennes et une forme de culture pré-chrétienne), il est toujours pertinent de mettre en perspective des éléments de mythologie séparés géographiquement de plusieurs milliers de kilomètres, comme séparés de plusieurs siècles.

Cet exercice non académique mais qui reprend l’esprit de la mythologie comparative de Dumézil, fournit des « éléments d’enquête » pertinents pour les modernes que nous sommes afin de nous représenter une forme de pensée que possédaient nos ancêtres.

À ce titre, l’orphisme et l’odinisme représentent deux mouvements religieux (pas au sens moderne du terme) dont on peut facilement tirer des parallèles tant les points communs sont nombreux et corroborent l’idée d’une Tradition archaïque primordiale commune qui aurait essaimé en Europe.

L’orphisme est un mouvement philosophico-religieux apparu en Grèce à partir du sixième siècle avant JC. Il tient son nom du demi-dieu Orphée, fils de la Muse Calliope et du dieu de la beauté et des arts Apollon. La mythologie grecque nous apprend qu’il avait le pouvoir de charmer les animaux sauvages. Il est souvent décrit comme un maître des incantations ou un enchanteur. Les adeptes de l’orphisme (les Orphéotélestes) représentent en quelque sorte une société élitiste, vivant éloignée des cités. Ils étaient considérés comme des purificateurs, des initiés. Orphée est parfois comparé aux chamanes et l’orphisme représente une résurgence de la mystique qui précéda la religion grecque. Une sorte de réaction contre le système théologico-politique de l’époque. Le mouvement qui en suivit influença de nombreux domaines tels la sculpture, la peinture, la musique, le chant, la poésie…

Les initiations orphiques (dédiées au dieu Dionysos) se basaient sur une ascèse très rude, des jeûnes et de la musique. Comme la pratique chamanique, l’exercice de privation et de douleur est associé à l’initiation. Le pratiquant rentre ainsi en état de transe et peut accéder à l’extase mystique. Cette pratique rituelle lui permettait de revenir avec des connaissances et avancement spirituel plus subtils.

L’odinisme est la religion des anciens Germains et Scandinaves avant le christianisme. Il nous apprend exactement la même chose dans la pratique rituelle grâce au texte du Havamal qui retranscrit l’exercice sacrificiel du dieu Odin lui-même.

« Je sais que je pendis

A l’arbre battu des vents

Neuf nuits pleines,

Navré d’une lance

Et donné à Odin

Moi-même à moi-même donné,

A cet arbre

Dont nul ne sait

D’où proviennent les racines.

Pont de pain ne me remirent

Ni de coupes;

Je scrutai en dessous,

Je ramassai les runes,

Hurlant, les ramassai,

De là, retombai.

Neuf chants suprêmes

J’appris du fils renommé

De Bölthorn, père de Bestla,

Et je pus boire

Du précieux hydromel

Puisé dans Odredir.

Alors je me mis à germer

Et à savoir,

A croître et à prospérer,

De parole à parole

La parole me menait,

D’acte en acte

L’acte me menait

Tu découvriras les runes

Et les tables interprétées,

Très importantes tables,

Très puissantes tables

Que colora le sage suprême

Et que firent les puissances

Et que grava le Crieur des Dieux. »

Il saute aux yeux l’analogie du rituel, en tous cas dans sa méthode et son but, avec l’orphisme.

Ajoutons à cela que les aptitudes, que va acquérir le dieu Odin grâce à son auto-sacrifice, rejoignent les qualités attribuées aux Orphéotélestes : pouvoir d’incantations, de lancer des charmes, la pratique de la magie, la communication avec les animaux, le pouvoir de s’approprier leurs caractéristiques, …

Le lien avec le chamanisme est évident et on prend conscience à travers ses pratiques très anciennes d’un fond encore plus ancien, dont l’origine se trouve peut-être au paléolithique.

OdinSacrifice2

Le corbeau et la Walkyrie

Dans les plus vieilles visas (strophes poétiques) relatées des Scandinaves, on trouve celle d’Einarr Skalaglamm datant du Xème siècle. La poésie de cour dans le monde germano-scandinave païen exigeait l’usage des kenningar pour être appréciée et considérée. Voici une visa de cet auteur qui démontre des connaissances mythologiques fort précises pour raconter des hauts-faits contemporains de son époque, en l’occurrence ceux de Hakon, le roi de Norvège.

« Le Njordr qui abat les ennemis en déroute

Consulta les augures en plein champ ;

La parure de l’arbre de Hedinn apprit de la Saga du combat le jour favorable pour la bataille ;

Celui qui provoque à la bataille vit les puissants griffons des cadavres ;

Le Tyr au bouclier souhaitait détruire les vies des Goths. »

Comme d’habitude, le profane ne peut véritablement comprendre et appréhender le sens de la composition de l’auteur.

Il nous faut décrypter les métaphores pour traduire le poème en un langage plus populaire et compréhensible.

L’expression « le Njordr » désigne Hakon avec l’image du dieu Njödr. « La parure de l’arbre de Hedinn » représente aussi le roi. « La Saga du combat » fait sans doute référence à une Walkyrie. « Les puissants griffons des cadavres » est une image pour les corbeaux qui se nourrissent des morts sur les champs de bataille. « Le Tyr au bouclier » est encore une image faisant référence à un dieu du panthéon scandinave pour parler de Hakon.

On peut donc formuler le poème de cette manière :

« Le roi Hakon, qui abat les ennemis en déroute,

Consulta les augures sur le champ de bataille ;

Il apprit de la Walkyrie le jour favorable pour la bataille ;

Hakon, qui provoque la guerre, vit les corbeaux ;

Il émit le voeux de tuer tous les Goths. »

Le lien entre l’oiseau de malheur (le corbeau) et la Walkyrie n’est plus à démontrer tant les métaphores des Sagas Islandaises et toute la mythologie germanique en font état. On peut ajouter au regard de cette visa qu’elle évoque une conception des Walkyries qui ne peut qu’être antérieure à leur figuration martiale (du moyen-âge) et remonte donc à un stade de l’histoire où elles apparaissaient comme des entités purement fatidiques. Elles annoncent le jour du combat et ne viennent pas encore choisir les héros/les morts sur le champ de bataille.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 15 mars, 2020 |Pas de commentaires »

La subtilité de la sagesse et de la musique

Dans les Hymnes homériques, Hermès s’adresse à Apollon à travers un chant magnifique :

« Celui qui, après avoir approfondi l’art et la sagesse, interroge la lyre de ses doigts légers, communique par ses chants tous les ravissements qui peuvent toucher les âmes. La lyre lui sera docile.

Si, en revanche, un ignorant, un brutal la sollicite, il n’en saura tirer que des notes fausses et des sonorités douloureuses. »

Le lien entre sagesse et lyrisme est donc très explicite dans la mythologie grecque. Seul un « sachant », une personne qui a expérimenté les arts et acquis une connaissance porteuse de sagesse a le pouvoir de communiquer par la musique avec les âmes. On comprend donc que seule une catégorie sociale initiée peut prétendre à disposer de ce pouvoir. Sans doute s’agit-il de la classe sacerdotale. Ce discours qui rentre en résonance avec les âmes humaines élève les hommes. On connaît l’impact et l’importance de la lyre dans la mythologie irlandaise (voir à ce sujet La harpe symbole de la transe) ; on peut donc supposer que la connexion avec les âmes s’établit grâce à la vibration des cordes et son harmonie renforcée par le chant. La maîtrise de cet art a le pouvoir de s’adresser à l’essence même de l’être humain. La transe semble ainsi être la conséquence d’une opération divine.

De l’Irlande à la Grèce, les peuples européens pré-chrétiens ont voué une importance capitale dans le rapport qu’ils entretenaient avec la musique. Selon les circonstances, on sait que la transe (qu’elle soit guerrière ou religieuse) permettait de communiquer directement avec les esprits et les dieux. On peut voir dans ce chant combien le profane est tenu à l’écart de cette pratique. La vulgarité et son manque de subtilité lui interdisent l’accès à une harmonie porteuse d’âme, à un langage divin.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 29 février, 2020 |Pas de commentaires »

À propos de la mémoire

Mnémosyne dans la mythologie grecque est la fille du vieux (au sens archaïque du terme et non de l’âge) couple divin Ouranos et Gaïa. Autrement dit, elle est la fille du Ciel et de la Terre. Cette déesse a donné l’étymologie des mots relatifs à la mémoire (mnémonique, mnémotechnique, mnésique, …).

En parallèle, on connaît l’importance de la mémoire chez les peuples germaniques dans leurs récits mythologiques, particulièrement avec les épisodes du dieu Wodan (ou Odin chez les Scandinaves) et ses corbeaux Hugin et Munin. Ils sont les messagers du dieu et leurs noms signifient respectivement « pensée » et « mémoire ». En parcourant les neuf mondes, ils acquièrent des connaissances qu’ils rapportent au dieu en les lui murmurant au creux de l’oreille.

Dans le poème scandinave Grimnismal, Wodan/Odin raconte une chose très curieuse à propos de ses corbeaux :

« Hugin et Munin
Volent chaque jour
Au-dessus du sol immense ;
Je m’inquiète que Hugin (la pensée)
Ne revienne pas,
Mais c’est pour Munin (la mémoire) que je m’inquiète le plus. »

Pour revenir à Mnémosyne, elle devient en neuf nuits la Mère des Muses. Ainsi, jeu et musique, danse et poésie appartiennent au sein de Mnémosyne, à la Mémoire. Il est troublant de constater à ce stade qu’il s’agit aussi des attributs du dieu Wodan/Odin !

Je me permets une digression qui éclairera, je l’espère, notre propos en passant par l’œuvre du philosophe allemand Martin Heidegger. Dans son ouvrage « Qu’appelle-t-on penser ? », il nous livre un texte riche à propos de Mnémosyne :

« Mémoire pense à ce qui a été pensé. Mais, étant le nom de la mère des Muses, « Mémoire » ne signifie pas une pensée quelconque de n’importe quel pensable. Mémoire est le rassemblement de la pensée sur ce qui partout désirerait être déjà gardé dans la pensée. Mémoire est le rassemblement de la pensée fidèle. Elle protège auprès d’elle et elle enfouit en elle ce qui se révèle à nous comme l’étant, comme étant le rassemblement de l’être. Mémoire, la Mère des Muses ! La pensée fidèle à ce qui demande à être pensé est le fond d’où sourd la poésie. La poésie, ce sont donc les eaux, qui parfois coulent à rebours vers la source, vers la pensée comme pensée fidèle. Aussi longtemps cependant que nous croirons pouvoir attendre de la logique un éclaircissement sur ce qu’est la pensée, aussi longtemps nous ne pourrons nous mettre à penser la façon dont toute poésie repose dans la pensée fidèle. Tout ce qui tombe sous la poésie jaillit du « recueillement auprès… » qui est celui de la pensée fidèle. »

Ainsi donc il devient inopportun de dissocier la mémoire de la pensée puisque l’une est l’émanation de l’autre. La prééminence de la mémoire sur la pensée pour laquelle le dieu germanique semble le plus inquiet tient au fait, comme le démontre le philosophe, qu’elle rassemble en elle la pensée dite fidèle, c’est à dire l’idée-même de penser.

On comprend mieux le lien étroit entre les attributs de la déesse grecque et ceux du dieu germanique : poésie, chant, incantation, musique, transe, …sont autant de composants de la mémoire d’un peuple ! Ils sont la matérialisation de la pensée. C’est pourquoi pour les peuples européens pré-chrétiens, les mythes mettent en valeur la mémoire comme une émanation toujours supérieure à la pensée ; mais étant le rebours de celle-ci, elles restent toutes deux indivisibles.

Nous voilà donc devant un bel exemple de mythologie comparée, avec en soulignement l’intervention philosophique moderne de la dialectique pensée-mémoire.

On peut ajouter, en parallèle de l’image des corbeaux germaniques, incarnation vivante de cette dialectique, le fait que le dieu Apollon lui-même ait recours à une corneille blanche colorée en noir qui lui révèle la liaison de Coronis avec un amant. L’oiseau représente donc un archétype européen de connaissance, de pensée et de mémoire.

 

 

 

Publié dans:Etudes, L'Antiquité, Le Moyen-Age |on 30 janvier, 2020 |1 Commentaire »

La résilience du vieux héros dans la poésie nordique

Le héros islandais Egill Skallagrimsson, dont les hauts faits sont rapportés dans les Sagas Islandaises, devient aveugle en vieillissant. Malgré son handicap qu’il qualifie de « sinistre », il continue de déclamer des strophes poétiques. Une de celles-ci est particulièrement savoureuse. Elle met en avant toute la résilience du vieux héros devant son affliction. On y trouve le caractère du viking, intrépide et courageux.

 

« Je clopine, aveugle pour m’asseoir

Près des brandons ;

Je demande à la Syn des étoffes

De ne pas m’en vouloir ;

Je porte ce dol aux plaines de mes

Paupières, moi que le noble de terre

Combla des propos de Geirhamdir ;

Le roi cruel autrefois se divertit à ma parole. »

 

Il est à noter que Syn désigne une déesse gardienne du Valhalla. « Syn des étoffes » veut sans doute caractériser la femme. La belle formule « plaines de mes paupières » est un kenning pour les yeux. Le « noble de terre » fait référence au roi. Geirhamdir est un géant dans la mythologie nordique. Les « propos de Geirhamdir » représentent une allégorie pour l’or. En effet, l’élocution des dieux est souvent associée au métal le plus pur. La strophe évoque l’épisode où Egill a dû louer le roi qui le retenait prisonnier pour sauver sa tête (cf à ce propos l’article Dialogue d’ennemis )

 

Il est tout à fait remarquable de constater combien la poésie rythme tous les grands moments de la vie des païens. Cette strophe merveilleuse démontre toute la résilience du guerrier devant le mal « sinistre » qui le diminue. Ce dernier use de poésie pour au contraire grandir les épisodes héroïques de sa vie.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 22 décembre, 2019 |Pas de commentaires »

La parole qui embrase

WodanOeil

Le poème runique dédié à la rune de l’homme (en tant qu’humanité) que l’on connait en Islande dit :

 » Le flambeau s’allume à un autre flambeau,

La flamme nourrit la flamme,

L’homme reconnaît l’homme

Par la parole,

L’idiot ne sait pas se faire reconnaître. »

On peut imaginer que cette visa ait été déclamée sous forme de chant sachant que cette discipline accompagnait toujours les rituels magiques dans l’Europe pré-chrétienne ; et l’on sait que les runes représentaient historiquement une écriture sacrée. La métaphore centrale de la strophe fait de la parole un incendie. Ce kenning porte l’image du feu qui se propage d’un homme à un autre. La création de l’humanité (c’est le sens du nom de la rune « Mannaz » dont il est question) s’accompagne donc de la transmission de la parole pour les Norrois du Moyen-Âge.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 23 novembre, 2019 |1 Commentaire »

De l’art de porter la barbe

Suite à la période des grandes invasions, deux peuples germaniques vont s’affronter en Ligurie, dans l’ancienne région d’Italie : les Winniles et les Vandales. Un mythe rapporté par l’historien du VIIIème siècle Paul Diacre fait état de l’affrontement et de sa dimension mystique. Comme tout bon mythe fondateur européen, la genèse est un combat sans merci.

Les Vandales prétendent obliger les Winniles à leur payer un tribut, donc de se reconnaître leurs vassaux ou se préparer à la guerre. Après avoir consulté leur mère Gambara, les chefs des Winniles nommés Ibor et Aio déclarent la guerre aux Vandales au nom de leur liberté.

Les Vandales s’adressent alors au dieu de la guerre et de la victoire Odin (ou Wodan sur le continent européen contre Odin en Scandinavie) pour obtenir satisfaction. Le dieu leur répond qu’il accordera la victoire à ceux qu’il apercevra les premiers à l’aube le jour du combat.

Gambara s’adresse plus astucieusement à l’épouse d’Odin, Freya, connaissant l’influence de la déesse sur son mari. Freya conseille aux femmes Winniles de défaire leurs cheveux afin de les nouer autour de leur visage à la manière d’une barbe et de s’installer en face de la fenêtre du ciel où Odin a l’habitude de regarder vers l’Orient. Au lever du soleil le jour du combat, Odin s’exclame : «  Qui sont ces longues barbes ? ». Et Freya répond « De même que tu leur as donné un nom, donne leur la victoire ! ». Le combat tourne à l’avantage des Winniles. Ils changent de nom en souvenir de cet événement pour se proclamer les Longues Barbes, autrement dit les Lombards.

Ce mythe fondateur nous apporte quelques éclairages sur la cérémonie du nom. Le don de la victoire par le dieu appelle un baptême pour remercier et lui rendre grâce. Il s’agit d’un acte qualifiant où la magie du nom fédère un peuple. Odin, dieu du verbe et de la magie, donne naissance à un clan. Il est honoré en retour par la célébration de la victoire et des premiers mots qu’il a utilisé pour qualifier les femmes Winniles qu’il a prises pour des guerriers. Il est à noter que la supercherie et la ruse dont fait preuve Gambara, sont des vertus propres au dieu de la victoire. Notons également le ton sentencieux qu’use Freya. Il peut s’agir d’un reliquat de formule cérémonielle.

La poésie du mythe est riche de sens et nous ramène un peu plus près de ces peuples païens de l’Europe.

Publié dans:Etudes, Le Haut Moyen-Age |on 7 septembre, 2019 |Pas de commentaires »

L’art abstrait des Celtes

 

La numismatique gauloise révèle des scènes que l’on peut rapprocher de la mythologie celtique. Les pièces des clans Namnètes et Vénètes en Bretagne, (respectivement correspondantes étymologiquement aux chef-lieux de Nantes et Vannes) montrent une tête humaine bouclée entourée de cordons perlés la reliant à d’autres têtes plus petites.

MonnaiesNamnetes-Venetes

 

ogmios

 

 

Lorsque l’on connaît ce que l’historien grec Lucien rapporte, lors de sa venue en Gaule, à propos de son incompréhension de la représentation des divinités par les Celtes, on ne peut qu’être frappé par la ressemblance de sa description d’une scène toute particulière dans le sud de la Gaule avec les pièces bretonnes. Dans mon article La parole qui enchaîne les hommes, j’évoque cet épisode fameux où le Grec décrit le dieu gaulois Ogmios, qu’il prend pour Héraklès, en train de mener les hommes par des chaînes d’or reliées de sa langue à leurs oreilles, démontrant ainsi que l’éloquence et la persuasion sont supérieures à la force.

Ogmios

 

 

Le tableau que décrit Lucien est une schématisation d’un mythe. Il aurait été peint au II ème siècle de notre ère, c’est à dire en pleine romanisation de la Gaule. On sait qu’à cette époque, l’art surréaliste des Celtes notamment dans leurs représentations sculpturales avait fortement régressé pour tomber dans le figuratif latin plus banal.

 

Nous sommes sans doute en présence d‘un mythe archaïque répandu chez tous les peuples gaulois puisque présents dans le nord-ouest de la gaule avant la conquête romaine et dans le sud après celle-ci. Il est évident de l’envisager à une échelle plus large puisque la Celtie s’est répandue à travers toute l’Europe.

 

Il est particulièrement heureux de mettre en lumière de telles analogies, dévoilant un peu plus la culture des peuples païens et toutes les images poétiques qu’ils ont façonnées pour exprimer des principes conceptuels et abstraits.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 11 août, 2019 |Pas de commentaires »

Thor, le dieu des fermiers ?

Dans l’article Le marteau de Thor et sa fonction fertilisante, j’évoquais le fait que le dieu scandinave de l’orage ait pu incarner la troisième fonction dumézilienne, c’est à dire apparaître comme une déité de la fertilité parallèlement à celle du combat.

Georges Dumézil rapporte dans son oeuvre Mythes et Dieux des Indo-européens le fait que Thor « l’ennemi des géants, le combattant trop solitaire, a perdu le contact avec la guerre telle que la pratiquent les hommes, et c’est surtout l’heureux résultat de ses duels atmosphériques contre les géants et les fléaux, c’est notamment la pluie bonne aux moissons, qui a justifié et popularisé son culte, et quelquefois, dépossédé Freyr de la partie agricole de sa province« .

On connaît la vertu magique et la croyance du monde agricole germano-scandinave en l’amulette du marteau de Thor, Mjölnir, pour la fertilité et la fécondité au moyen-âge. De la même manière, on trouve les pierres dites « de foudre » qui sont censées protéger les sociétés agraires des incendies, favoriser la croissance des céréales et la récolte, guérir des maladies etc.

Dans la mythologie, Thor n’apparaît jamais malfaisant, méchant ou cynique contrairement au dieu de la guerre Odin, son père. Dans le texte du Harbardsljod, il est mentionné ses hauts faits :

« Je tuai Thjazi,

L’intrépide géant,

je lançai les yeux

Du fils d’Alvadi

Dans le ciel clair :

Ce sont les très grandes marques

De mes hauts faits,

Celles que tous les hommes contemplent depuis.

(…)

J’étais à l’est

Et molestai les géantes,

Les femmes nuisibles

Qui allaient par les montagnes ;

Nombreuse serait la race des géants

Si tous étaient en vie,

Nul homme n’y aurait

Dedans Midgardr.

(…)

Des femmes berserkir

Je molestai à Hlesey,

Elles avaient commis le pire :

Egaré tout un peuple. »

En relisant ce poème avec la possible interprétation de métaphores atmosphérique ou astronomique en tête, en ce qui concerne les combats du dieu, on peut finalement comprendre que ces kenningar révèlent probablement la guerre que se livrent les éléments dans le ciel, en faveur des fermiers.

 

 

 

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 7 juillet, 2019 |Pas de commentaires »

De la chevalerie

Dans la Saga de Gisli Sursson, on trouve un épisode héroïque du personnage principal. Ce genre de moment est assez récurrent dans les Sagas islandaises et représente sans doute un passage obligé.

On peut y voir évidemment la transmission de l’esprit chevaleresque et honorable du guerrier nordique dans les sociétés pré-chrétiennes ; mais aussi une narration de l’auteur qui rapporte les événements de ces illustres ancêtres pour les magnifier et leur rendre hommage.

Ainsi, avant de rendre l’âme au combat, Gisli accomplit un acte de bravoure qui fait froid dans le dos. Voici ce que nous rapporte la saga :

« Ils le (Gisli) frappent de leurs lances tellement que ses entrailles lui sortent du corps, mais il rassemble ses entrailles dans sa chemise et sangle celle-ci par en-dessous avec la cordelière de sa coule. Alors Gisli dit qu’ils n’ont plus qu’à attendre un peu, «  et vous aurez la conclusion que vous vouliez ». Alors il déclama cette visa :

La belle femme

Qui réjouit mon cœur

Entendra parler de l’attaque audacieuse

Qu’a subie son vaillant ami.

Je suis tombé

Inébranlable devant l’épée.

Mon père m’a légué

Telle endurance. »

La saga rapporte alors qu’il lance son ultime assaut et tue son attaquant en rendant l’esprit.

Cet épisode hautement héroïque marque le lecteur contemporain comme il a pu frapper l’auditoire lors de sa transmission orale dans les clans nordiques.

Au-delà de la portée poétique de la visa de Gisli, on perçoit les prémices de la chevalerie occidentale dans le rapport qu’entretient le héros avec sa femme. L’amour, qu’il lui témoigne jusque dans sa dernière pensée, démontre la force de l’honneur qui régissait les rapports dans la société païenne.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 30 mai, 2019 |Pas de commentaires »
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