Archive pour septembre, 2019

De l’art de porter la barbe

Suite à la période des grandes invasions, deux peuples germaniques vont s’affronter en Ligurie, dans l’ancienne région d’Italie : les Winniles et les Vandales. Un mythe rapporté par l’historien du VIIIème siècle Paul Diacre fait état de l’affrontement et de sa dimension mystique. Comme tout bon mythe fondateur européen, la genèse est un combat sans merci.

Les Vandales prétendent obliger les Winniles à leur payer un tribut, donc de se reconnaître leurs vassaux ou se préparer à la guerre. Après avoir consulté leur mère Gambara, les chefs des Winniles nommés Ibor et Aio déclarent la guerre aux Vandales au nom de leur liberté.

Les Vandales s’adressent alors au dieu de la guerre et de la victoire Odin (ou Wodan sur le continent européen contre Odin en Scandinavie) pour obtenir satisfaction. Le dieu leur répond qu’il accordera la victoire à ceux qu’il apercevra les premiers à l’aube le jour du combat.

Gambara s’adresse plus astucieusement à l’épouse d’Odin, Freya, connaissant l’influence de la déesse sur son mari. Freya conseille aux femmes Winniles de défaire leurs cheveux afin de les nouer autour de leur visage à la manière d’une barbe et de s’installer en face de la fenêtre du ciel où Odin a l’habitude de regarder vers l’Orient. Au lever du soleil le jour du combat, Odin s’exclame : «  Qui sont ces longues barbes ? ». Et Freya répond « De même que tu leur as donné un nom, donne leur la victoire ! ». Le combat tourne à l’avantage des Winniles. Ils changent de nom en souvenir de cet événement pour se proclamer les Longues Barbes, autrement dit les Lombards.

Ce mythe fondateur nous apporte quelques éclairages sur la cérémonie du nom. Le don de la victoire par le dieu appelle un baptême pour remercier et lui rendre grâce. Il s’agit d’un acte qualifiant où la magie du nom fédère un peuple. Odin, dieu du verbe et de la magie, donne naissance à un clan. Il est honoré en retour par la célébration de la victoire et des premiers mots qu’il a utilisé pour qualifier les femmes Winniles qu’il a prises pour des guerriers. Il est à noter que la supercherie et la ruse dont fait preuve Gambara, sont des vertus propres au dieu de la victoire. Notons également le ton sentencieux qu’use Freya. Il peut s’agir d’un reliquat de formule cérémonielle.

La poésie du mythe est riche de sens et nous ramène un peu plus près de ces peuples païens de l’Europe.

Publié dans:Etudes, Le Haut Moyen-Age |on 7 septembre, 2019 |Pas de commentaires »

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