Archive pour décembre, 2018

L’opposition tardive entre Thor et Odin

Dans le poème mythologique intitulé le « Lai de Harbardr », on peut lire un contenu assez inhabituel.

Il est raconté que le dieu Thor qui revient de chez les géants paraît en haillons tel un vagabond. Odin, qui se dissimule sous l’identité de Harbardr, intervient en tant que passeur de rivière. Il refuse à son propre fils, Thor, la traversée d’un détroit. Il se gausse de Thor qu’il fait passer pour une brute dépourvue d’esprit et de courage. Odin se vante de ses aventures amoureuses tandis que Thor ne peut évoquer que ces combats contre des géants.

Une strophe du poème est significative de la vision qu’en a l’auteur :

«… à Odin appartiennent les princes qui meurent au champs de bataille,

à Thor la famille des valets… »

Le poète révèle la croyance en Odin, animée par l’humeur altière du viking endurci aux combats, du poète et de l’homme du monde fidèle à son prince, qui se moque du dieu protecteur des paysans, dépourvus d’esprit et qui ne peut rivaliser aux joutes verbales du dieu omniscient.

Il faut rappeler toute l’ambiguïté du poème.

Le kenning « Harbardr », le surnom d’Odin dans le poème, signifie littéralement « barbe grise » et désigne le dieu comme un vieux voyageur barbu dans plusieurs sagas. Odin est l’homme du voyage, celui qui erre et qui traverse les différents mondes. Il est donc pour le moins curieux de voir Thor apparaître sous des aspects qui le rapproche de l’allure de Harbardr. On comprend que des deux voyageurs, la distinction qu’en fait l’auteur du texte, réside dans les qualités spirituelles et conquérantes plutôt qu’en la force brute. Cette différence qui sépare les deux protagonistes d’apparence semblable, révèle une importance pour la société pré-chrétienne. Il semblerait que ce poème soit tardif dans le paganisme germano-scandinave et démontre que le culte d’Odin aurait supplanté le culte plus ancien de Thor. On peut considérer comme un fait acquis qu’un dieu puisse être l’objet de railleries au bénéfice d’un autre dieu dans la vision païenne du moyen-âge.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 28 décembre, 2018 |Pas de commentaires »

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