L’image du serpent cornu

Cern

Dans la mythologie grecque, l’épisode de l’origine des hommes est racontée par l’image du serpent cornu Zagreus. Brièvement, le mythe raconte la transformation de Zeus en dragon qui fait violence à sa fille Perséphone. De cette union naît Zagreus, le « Petit Cornu », serpent dont la tête est surmontée de cornes de bélier. Héra, jalouse, excite contre lui les Titans qui l’amusent d’abord, puis se jettent sur lui pour le dévorer. Vainement, Zagreus, qui essaie de s’échapper, prend la forme d’animaux divers. Son corps est mis en pièces et les Titans le dévorent. Seul son cœur est resté intact. Athéné le rapporte à Zeus qui l’avale. Puis Zagreus renaît sous le nom de Dyonisos (dieu cornu) et les Titans, ses meurtriers, sont frappés de la foudre. Mais les hommes, nés de la cendre des Titans, porteront en eux la peine du crime de leurs ancêtres déicides.

Il est curieux de constater que le serpent divin se retrouve en Gaule à travers plusieurs images archéologiques et témoignages contemporains. Ainsi, Pline narre l’épisode de « l’oeuf serpent » tenu en haute estime chez les druides. « En été, il se rassemble une multitude innombrable de serpents qui s’enlacent et sont collés les uns aux autres, tant par la bave qu’ils jettent que par l’écume qui transpire de leurs corps ; il en résulte une boule appelée œuf de serpent. Les druides disent que cet œuf est lancé en l’air par les sifflements des reptiles, qu’il faut alors le recevoir dans une saie sans lui laisser toucher la terre, que le ravisseur doit s’enfuir à cheval, attendu que les serpents le poursuivent jusqu’à ce qu’une rivière mette un obstacle entre eux et lui… »

On peut entrevoir dans cet épisode fantastique la simplicité d’une tradition archaïque consistant en un œuf divin né de l’accouplement de serpents divins.

Pour ce qui est de l’image archéologique du serpent cornu, on la retrouve dans tout l’est de la Gaule antique. Ainsi sur l’autel de Mavilly, le serpent cornu figure à côté de douze dieux romanisés. De même sur l’autel de Paris dans une forme de Mercure tricéphale, aux côté d’un bélier (ce qui fait écho aux cornes de Zagreus). Idem pour la stèle de Beauvais dont la face est occupée par une image de Mercure. De la même manière sur les objets purement celtiques dont le plus illustre consiste en le chaudron de Gundestrup, où apparaît le dieu gaulois Cernunnos tenant dans sa main une forme de Zagreus, serpent à cornes de bélier.

On aperçoit dans l’image du serpent cornu (du serpent divin en général) un lien ténu entre la mythologie grecque et celtique. On remarquera que cette image est rattachée à un chaos et une naissance : des forces destructrices donnant naissance à une déité chez les grecs ; un œuf cosmique convoité chez les Celtes. Chez les uns la doctrine orphique permettra de se libérer du pêché originel lié au déicide ; chez les autres, la doctrine druidique intégrera l’image originelle cosmique dans sa mythologie.

Cernunnos

Publié dans : Etudes, L'Antiquité |le 14 octobre, 2018 |Pas de Commentaires »

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