Archive pour octobre, 2018

La destinée en image poétique

Dans la Saga d’Egill fils de Grimr le Chauve, on apprend la rivalité qui oppose le roi Eirikr au héros Grimr. Un des fils de Grimr, Thorolfr, partage avec l’ennemi de son père une amitié commerciale. Pour apaiser les tensions entre les deux clans, le roi remet une hache à Thorolfr qu’il déclare vouloir donner à Grimr. La hache est décrite comme un bien précieux « avec des cornes, grande et incrustée d’or, un treillis d’argent enveloppait le manche. »

Grimr accepte le présent transmis par son fils ; la scène est rapportée d’une manière qui suggère la tension et la vision de Grimr : 

il « la brandit, la regarda un moment sans rien dire. Il l’accrocha au-dessus de son lit. »

Plus tard, dans le même chapitre, on voit Thorolfr sur le départ pour de nouvelles aventures commerciales avec le roi. Grimr tente de dissuader son fils de partir, pressentant une issue fatale pour lui. Il déclare « j’ai le pressentiment , si nous nous quittons maintenant, que nous ne nous reverrons plus. » La prémonition est déclamée comme une certitude, comme une sentence.

Alors, Grimr se livre à un comportement curieux mais révélateur des mœurs et des croyances païennes. « Grimr le Chauve alla décrocher la hache de la poutre d’entrée, celle que lui avait donné le roi, et sortit avec. Le manche était tout noir de fumée et la hache rouillée. Grimr regarda le tranchant de la hache. Puis il la remit à Thorolfr. »

Ainsi, on observe que le héros renvoie la hache à son expéditeur comme pour conjurer un mauvais sort. Cette impression est confortée par la visa qu’il déclame en remettant la hache à son fils :

« Maintes failles l’y a

Au tranchant du féroce loup des blessures ;

J’ai un chagrin du bois émoussé ;

Méchant renard dans cette hache ;

Remporte mauvaise cornue

Au manche plein de suie ;

Pas la peine de l’envoyer ici ;

C’était présent de roi. »

Ce poème est rempli de kenningar. Le « féroce loup des blessures » est une image consacrée pour la hache. Le « chagrin du bois » représente également la hache. « Méchant renard » devait évoquer une sorte de mauvais esprit. « Mauvaise cornue » est la description de la hache à cornes.

Encore une fois, on constate combien les signes de la vie courante sont porteurs de symbolique. A travers la parole poétique, on décèle de la magie, des formules pour conjurer le mauvais sort, ou pour contrer un destin que l’on pressent défavorable.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 21 octobre, 2018 |Pas de commentaires »

L’image du serpent cornu

Cern

Dans la mythologie grecque, l’épisode de l’origine des hommes est racontée par l’image du serpent cornu Zagreus. Brièvement, le mythe raconte la transformation de Zeus en dragon qui fait violence à sa fille Perséphone. De cette union naît Zagreus, le « Petit Cornu », serpent dont la tête est surmontée de cornes de bélier. Héra, jalouse, excite contre lui les Titans qui l’amusent d’abord, puis se jettent sur lui pour le dévorer. Vainement, Zagreus, qui essaie de s’échapper, prend la forme d’animaux divers. Son corps est mis en pièces et les Titans le dévorent. Seul son cœur est resté intact. Athéné le rapporte à Zeus qui l’avale. Puis Zagreus renaît sous le nom de Dyonisos (dieu cornu) et les Titans, ses meurtriers, sont frappés de la foudre. Mais les hommes, nés de la cendre des Titans, porteront en eux la peine du crime de leurs ancêtres déicides.

Il est curieux de constater que le serpent divin se retrouve en Gaule à travers plusieurs images archéologiques et témoignages contemporains. Ainsi, Pline narre l’épisode de « l’oeuf serpent » tenu en haute estime chez les druides. « En été, il se rassemble une multitude innombrable de serpents qui s’enlacent et sont collés les uns aux autres, tant par la bave qu’ils jettent que par l’écume qui transpire de leurs corps ; il en résulte une boule appelée œuf de serpent. Les druides disent que cet œuf est lancé en l’air par les sifflements des reptiles, qu’il faut alors le recevoir dans une saie sans lui laisser toucher la terre, que le ravisseur doit s’enfuir à cheval, attendu que les serpents le poursuivent jusqu’à ce qu’une rivière mette un obstacle entre eux et lui… »

On peut entrevoir dans cet épisode fantastique la simplicité d’une tradition archaïque consistant en un œuf divin né de l’accouplement de serpents divins.

Pour ce qui est de l’image archéologique du serpent cornu, on la retrouve dans tout l’est de la Gaule antique. Ainsi sur l’autel de Mavilly, le serpent cornu figure à côté de douze dieux romanisés. De même sur l’autel de Paris dans une forme de Mercure tricéphale, aux côté d’un bélier (ce qui fait écho aux cornes de Zagreus). Idem pour la stèle de Beauvais dont la face est occupée par une image de Mercure. De la même manière sur les objets purement celtiques dont le plus illustre consiste en le chaudron de Gundestrup, où apparaît le dieu gaulois Cernunnos tenant dans sa main une forme de Zagreus, serpent à cornes de bélier.

On aperçoit dans l’image du serpent cornu (du serpent divin en général) un lien ténu entre la mythologie grecque et celtique. On remarquera que cette image est rattachée à un chaos et une naissance : des forces destructrices donnant naissance à une déité chez les grecs ; un œuf cosmique convoité chez les Celtes. Chez les uns la doctrine orphique permettra de se libérer du pêché originel lié au déicide ; chez les autres, la doctrine druidique intégrera l’image originelle cosmique dans sa mythologie.

Cernunnos

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 14 octobre, 2018 |Pas de commentaires »

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