La mauvaise langue

Parmi les pratiques magiques ou ésotériques qui nous sont rapportées à travers les Sagas islandaises, il y en a une qui se désigne par la « mauvaise langue ».

Il s’agit des paroles prononcées pour porter préjudice à quelqu’un. Ce pouvoir de déclamer des mots dans un ensemble construit comme une visa (poème) ou un chant pour faire du mal, est souvent attribué aux scaldes, les poètes islandais vikings. Le terme même « skald » en vieux norrois renvoie à des connotations magiques d’après Régis Boyer. Leur fonction de maîtriser la langue et de perpétuer les traditions et la mémoire des clans et d’interférer dans les rituels, les prédisposait à faire et défaire la réputation des personnages qu’ils chantaient (d’ailleurs comme l’ont fait les bardes chez les peuples celtes). Ainsi à travers leur art, ils devenaient « maîtres de la parole infamante ». Cette pratique avait comme finalité de flétrir la réputation ou à provoquer la déchéance, voire la mort de la victime ! On trouve dans cette conception du pouvoir des mots un exemple dans une saga légendaire, la Saga de Bosa, où il est raconté que la sorcière Busla attirait le mal sur les gens, par les méfaits de la force de sa langue !

Ainsi il semble bien que la « skaedh tunga » , la langue qui fait du mal, se soit construite sur la mécanique locutive des kenningar.

Publié dans : Etudes, Le Moyen-Age |le 4 juin, 2017 |Pas de Commentaires »

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