Du rituel gaulois et des kenningar

Une inscriptions gauloise trouvée en Auvergne, près d’une source, sur une tablette en plomb et datant du premier siècle nous apprend que les rituels magiques utilisaient des métaphores.
En effet, il est intéressant de trouver des expressions recherchées et imagées pour exprimer une volonté de changer le cours des choses par l’opération de(s) dieu(x) ou de forces spirituelles.
Le dieu Maponos est invoqué dans ce cas. Il est le fils d’une rivière mythique et sans doute l’incarnation de la jeunesse et de la vitalité. La mention « L’inflétrissable » dans l’inscription retrouvée renforce cette idée.
Nous trouvons plusieurs allégories qui compte tenu de leur fonction peuvent s’apparenter sans problème aux kenningar. Le double langage est utilisé comme le feront les vikings dans leurs fameuses « visas » truffées de kenningar.
L’expression : « le petit deviendra grand » semble bien être une formule incantatoire. Elle s’explique par le lien omniprésent dans la cosmogonie européenne entre le microcosme et le macrocosme, comme par exemple dans l’oracle d’Appollon sur Camarine : « Ne rends pas la moindre majeure ». On peut également l’entendre comme l’offrande de la tablette, la petite chose, qui va entraîner les grandes conséquences espérées. De nos jours ce lien subtil entre les deux dimensions spatiales (un monde à deux échelles) a été théorisé par la théorie du battement d’ailes du papillon, ou la théorie du chaos.
Une seconde expression présente sur la tablette « redresser le courbé » est, là aussi, une métaphore. Elle pourrait évoquer le rétablissement (redressement) de la revendication comme un procédé naturel de retour à la forme initiale. Sans doute par là même faire référence à une cause noble (liberté, alliance…) ou juridique (faire valoir son droit, revendiquer une propriété…). En effet, à travers l’adjectif « courbé » existe la notion de contrainte qui pourrait être une coercition subie par le clan dont il est question (les Segovii).
L’emploi du verbe « frapper » a le double sens de survenir et de heurter. Il scelle le rituel comme un jugement irrévocable, à mettre en parallèle avec le geste contemporain du juge utilisant son marteau.

Je donne ci-dessous la traduction de Jean-Paul Savignac de l’inscription gauloise :

 » L’Inflétrissable j’honore, Divin, par l’écrit, Maponos Arverne
Exauce-nous, et aussi ceux-ci, par la magie des jeunes femmes :
C(aios) Lucios Floros Nigrinos, incantateur, Emilios Paterin,
Claudios Legitumos, Caelios 
Pelign(os), Claudios Pelign(os),
Marcios Victorin., Asiaticos 
fils d’ Addedillos,
et les Segovii, qui prêteront 
serment.
Le petit, quand il l’aura lié, deviendra 
grand.
J’offre le changement et redresse le courbé
dans l’avenir je verrai par l’écrit de l’incantation cela même frapper (ou être) ainsi.
Je les prépare pour le serment.
Je les prépare pour le serment.
Je les prépare 
pour le serment. Jure ! « 

Publié dans : Etudes, L'Antiquité |le 28 février, 2017 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 4 mars 2017 à 10 h 24 min Gérard écrit:

    Intéressant ce parallèle entre gaulois et viking

    Répondre

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