Archive pour février, 2017

Du rituel gaulois et des kenningar

Une inscriptions gauloise trouvée en Auvergne, près d’une source, sur une tablette en plomb et datant du premier siècle nous apprend que les rituels magiques utilisaient des métaphores.
En effet, il est intéressant de trouver des expressions recherchées et imagées pour exprimer une volonté de changer le cours des choses par l’opération de(s) dieu(x) ou de forces spirituelles.
Le dieu Maponos est invoqué dans ce cas. Il est le fils d’une rivière mythique et sans doute l’incarnation de la jeunesse et de la vitalité. La mention « L’inflétrissable » dans l’inscription retrouvée renforce cette idée.
Nous trouvons plusieurs allégories qui compte tenu de leur fonction peuvent s’apparenter sans problème aux kenningar. Le double langage est utilisé comme le feront les vikings dans leurs fameuses « visas » truffées de kenningar.
L’expression : « le petit deviendra grand » semble bien être une formule incantatoire. Elle s’explique par le lien omniprésent dans la cosmogonie européenne entre le microcosme et le macrocosme, comme par exemple dans l’oracle d’Appollon sur Camarine : « Ne rends pas la moindre majeure ». On peut également l’entendre comme l’offrande de la tablette, la petite chose, qui va entraîner les grandes conséquences espérées. De nos jours ce lien subtil entre les deux dimensions spatiales (un monde à deux échelles) a été théorisé par la théorie du battement d’ailes du papillon, ou la théorie du chaos.
Une seconde expression présente sur la tablette « redresser le courbé » est, là aussi, une métaphore. Elle pourrait évoquer le rétablissement (redressement) de la revendication comme un procédé naturel de retour à la forme initiale. Sans doute par là même faire référence à une cause noble (liberté, alliance…) ou juridique (faire valoir son droit, revendiquer une propriété…). En effet, à travers l’adjectif « courbé » existe la notion de contrainte qui pourrait être une coercition subie par le clan dont il est question (les Segovii).
L’emploi du verbe « frapper » a le double sens de survenir et de heurter. Il scelle le rituel comme un jugement irrévocable, à mettre en parallèle avec le geste contemporain du juge utilisant son marteau.

Je donne ci-dessous la traduction de Jean-Paul Savignac de l’inscription gauloise :

 » L’Inflétrissable j’honore, Divin, par l’écrit, Maponos Arverne
Exauce-nous, et aussi ceux-ci, par la magie des jeunes femmes :
C(aios) Lucios Floros Nigrinos, incantateur, Emilios Paterin,
Claudios Legitumos, Caelios 
Pelign(os), Claudios Pelign(os),
Marcios Victorin., Asiaticos 
fils d’ Addedillos,
et les Segovii, qui prêteront 
serment.
Le petit, quand il l’aura lié, deviendra 
grand.
J’offre le changement et redresse le courbé
dans l’avenir je verrai par l’écrit de l’incantation cela même frapper (ou être) ainsi.
Je les prépare pour le serment.
Je les prépare pour le serment.
Je les prépare 
pour le serment. Jure ! « 

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 28 février, 2017 |1 Commentaire »

La mystification historique

La cruauté épouvantable des guerriers vikings a été largement commentée par les clercs puis par les historiens. Pour les uns, fléau de Dieu ; pour les autres, terreur de l’Occident.

Mais en approfondissant le sujet, le lecteur (ou le curieux) pourra se rendre compte de toute la mystification accomplie autour de l’image du viking. Son univers emprunt de paganisme s’est heurté aux pensées et aux mœurs christianisées du moyen-âge ; aussi, ce choc culturel et cultuel a enrichit un imaginaire effroyable et un certain nombre d’invraisemblances.

Tout l’intérêt du site est de rapporter et de faire connaître le degré de culture et de raffinement des peuples dits païens, c’est à dire de la culture pré-chrétienne des peuples d’Europe, à travers leurs pensées et leurs visions du monde. Dans cette perspective il me vient l’image d’Epinal du viking aimant boire le sang dans le crâne de son ennemi…cette image hante durablement notre inconscient collectif et est parfois attribuée aux Gaulois, sans doute à cause des crânes exposés à l’entrée de temple, retrouvés sur des sites archéologiques. Cette mystification tient son origine dans une transcription d’un poème attribué au célèbre Ragnarr Lodbrok. Il se vante de boire la bière dans « la branche courbe du crâne ». Cette expression est bien un kenning ; elle fait référence à la corne de bœuf (la branche étant l’émanation poétique du crâne de l’animal) qui faisait office de corne à boire. La métaphore est alors incomprise et va alimenter durablement le délire des commentateurs. Notons qu’il n’est pas question de sang dans le poème mais bien de bière…

Cet exemple de malentendu (fortuit ou volontaire ?) démontre clairement l’incompréhension des kenningar par leurs contemporains chrétiens et le déni d’une civilisation envers une autre. Cet article aura permis de rendre justice aux hommes qui ont écrit ces poèmes magnifiques.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 11 février, 2017 |Pas de commentaires »

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