Archive pour août, 2016

Le poème du bouclier

La Saga d’Egill Skallagrimsson (Egill, fils de Grimr le Chauve) recèle de moments épiques imprégnés de paganisme nordique. On y trouve dans le chapitre 79 le  » poème du bouclier  » ou en langue originelle le  » Berudrapa « . Il s’agit d’un chant composé par le héros Egill pour marquer l’intérêt du présent reçu de la part de Thorsteinn : un bouclier de grande valeur (ici la valeur est symbolique et permet la reconnaissance du héros pour sa bravoure ; il est fort probable que le bouclier soit richement décoré et participe de sa valeur en tant qu’objet précieux et unique, même si la saga ne le mentionne pas). Voici le début du poème qui nous est restitué de manière incomplète :

 » Que le féal du roi écoute

La cascade de l’ami du feu

De l’autel ; que les gens de sa mesnie

Fassent silence ;

Souvent ma semence des mâchoires

De l’aigle doit être connue

Dans le Hördaland,

Capitaine du corbeau des failles. »

Le texte est complexe car très riche en kenningar. Essayons de disséquer le poème pour lui donner son sens :

le dieu Odin aime le  » feu de l’autel «  sur lequel on lui sacrifie des victimes ; la  » cascade d’Odin «  est la poésie car ce dernier, ayant volé le nectar poétique, revint au royaume des dieux (Asgard) sous la forme d’un aigle, et, poursuivi par un géant également métamorphosé en aigle, régurgita son larcin dans des récipients qu’avaient préparés à cet effet les autres dieux. La  » semence des mâchoires de l’aigle «  est donc la poésie. Le  » corbeau des failles «  est le cheval dont le  » capitaine «  est le guerrier.

En d’autres termes et pour vulgariser le chant voici ce qu’aujourd’hui nous pourrions lire :

 » Que le dévoué du roi écoute

La poésie du fidèle d’Odin ;

Que les gens de sa maison

Fassent silence (manière de gagner le respect d’un auditoire au moyen-âge païen) ;

Souvent ma poésie

Est reconnue (ou « se répand »)

Dans le comté du Hördaland,

tel le guerrier sur son coursier. »

En révélant cette interprétation contemporaine, on appréhende mieux la richesse et la science des païens du Nord. Il faut remarquer que l’Eglise les a trop souvent décrit comme des barbares incultes.

 

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 30 août, 2016 |Pas de commentaires »

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