Archive pour juillet, 2016

Réflexion sur le poème Beowulf

Le poème Beowulf dont nous avons déjà parlé dans le blog à plusieurs reprises (présentation du texte ici), devait être déclamé lors de banquets pour entretenir la mémoire collective des peuples auxquels il fait allusion. A l’intérieur du long récit se trouve le Chant de Finnsburh. Il consiste en un résumé (obscur et peu explicite) d’une aventure guerrière ayant survécu de manière fragmentaire et ayant été intégré au poème Beowulf.

Par delà les vertus de courage, de bravoure militaire, de compagnonnage on peut interpréter le déroulement des faits comme un mythe déguisé sur les cycles des saisons. En effet, plusieurs incohérences pour l’époque interpellent sur l’authenticité des hauts faits décrits. En tous les cas, elles soulignent l’utilisation des événements, qu’ils soient historiques ou non,  comme un support à une métaphore mythologique très forte chez les païens européens. Citons à titre d’exemple, l’incongruité de la cohabitation entre anciens ennemis ; elle apparaît  contraire aux valeurs des sociétés guerrières du Haut Moyen-Age. De la même manière le parjure des Danois qui violent l’accord de trève avec les Frisons et les Jutes en reprenant les hostilités lors de l’arrivée de renforts ne semble guère correspondre aux us et coutumes militaires de l’époque.

En dressant un parallèle avec le scénario archétypal du cycle des saison on y trouve les mêmes événements : l’histoire d’une femme (Hildeburh) enlevée que ses deux frères (ici deux chefs de clans : le roi Hnoef et Hengest) ramènent chez elle après avoir vaincu son ravisseur (ou époux, ici Finn). Cela est le cas dans l’antiquité chez Homère au travers de son récit de L’Illiade et la libération de Hélène dans la guerre de Troyes, dans le  culte des Dioscures (Castor et Pollux) qui réussissent à enlever les deux filles du roi Leucippos, …

Il semble bien que le mythe originel mette en scène un couple de jumeaux divins (Jour et Nuit ?), une femme enlevée puis reprise (l’Aurore de l’année) ou bien la fille du Soleil capturée par le dieu Lune.

Dans le poème de Beowulf, Finn est tué, son palais pillé et son épouse Danoise ramenée chez les siens, rappelant la lutte perpétuelle entre les saisons, le soleil, la nuit, l’été et l’hiver.

Publié dans:Etudes, Le Haut Moyen-Age |on 31 juillet, 2016 |Pas de commentaires »

Les séries ou l’héritage d’une initiation

ChapiteauLangogne

Les séries ou appelées parfois Vêpres des Grenouilles (Gosperou ar Raned en breton) sont un des plus anciens chants que la tradition orale ait conservé. Il s’agit d’un dialogue pédagogique entre un Druide et un enfant. Le sens est hermétique et il est peu probable qu’un locuteur breton soit aujourd’hui en mesure d’en donner une explication satisfaisante. La perpétuation du chant s’est faite sans en donner les clefs de compréhension. Toutefois, il apparaît que le dialogue est disposé de manière à offrir un excellent exercice de mnémonique. Il s’articule en questions/réponses au nombre de douze et semble être une forme d’initiation, puisque l’élève (l’enfant) interroge son aîné, le druide. L’étrangeté de l’élocution rappelle Le Dialogue des deux Sages (cf articles précédents du blog La Parole celtique, ici et Le Dialogue des deux sages, introduction, ici).

Voici l’intégralité du chant :

 » LE DRUIDE.

Tout beau, bel enfant du Druide ; réponds-moi ; tout beau, que veux-tu que je te chante ?

 

L’ENFANT.

– Chante-moi la série du nombre un, jusqu’à ce que je l’apprenne aujourd’hui.

 

LE DRUIDE.

– Pas de série pour le nombre un : la Nécessité unique, le Trépas, père de la Douleur ; rien avant, rien de plus.

Tout beau, bel enfant du Druide ; réponds-moi ; que veux-tu que je te chante ?

 

L’ENFANT.

– Chante-moi la série du nombre deux, jusqu’à ce que je l’apprenne aujourd’hui.

 

LE DRUIDE.

– Deux bœufs attelés à une coque ; ils tirent, ils vont expirer ; voyez la merveille !

Pas de série pour le nombre un : la Nécessité unique ; le Trépas, père de la Douleur ; rien avant, rien de plus.

Tout beau, bel enfant du Druide ; que te chanterai-je ?

 

L’ENFANT.

– Chante-moi la série du nombre trois, etc.

 

LE DRUIDE.

– Il y a trois parties dans le monde : trois commencements et trois fins, pour l’homme comme pour le chêne.

Trois royaumes de Merlin, pleins de fruits d’or, de fleurs brillantes, de petits enfants qui rient.

Deux bœufs attelés à une coque, etc.

La Nécessité unique, etc.

Tout beau, bel enfant, etc. Que te chanterai-je ?

 

L’ENFANT.

– Chante-moi la série du nombre quatre, etc.

 

LE DRUIDE.

Quatre pierres à aiguiser, pierres à aiguiser de Merlin, qui aiguisent les épées des braves.

Trois parties dans le monde, etc.

Deux bœufs, etc.

La Nécessité unique, etc.

Tout beau, bel enfant… Que te chanterai-je ?

 

L’ENFANT.

– Chante-moi la série du nombre cinq, etc.

 

LE DRUIDE.

Cinq zones terrestres : cinq âges dans la durée du temps ; cinq rochers sur notre sœur.

Quatre pierres à aiguiser, etc.

Trois parties dans le monde, etc.

Deux bœufs, etc.

La Nécessité unique, etc.

Tout beau, bel enfant… Que te chanterai-je ?

 

L’ENFANT.

– Chante-moi la série du nombre six, etc.

 

LE DRUIDE.

– Six petits enfants de cire, vivifiés par l’énergie de la lune ; si tu l’ignores, je le sais.

Six plantes médicinales dans le petit chaudron ; le petit nain mêle le breuvage, son petit doigt dans sa bouche.

Cinq zones terrestres, etc.

Quatre pierres à aiguiser, etc.

Trois parties dans le monde, etc.

Deux bœufs, etc.

La Nécessité unique, etc.

Tout beau, bel enfant… Que te chanterai-je ?

 

L’ENFANT.

– Chante-moi la série du nombre sept, etc.

 

LE DRUIDE.

– Sept soleils et sept lunes, sept planètes, y compris la Poule. Sept éléments avec la farine de l’air.

Six petits enfants de cire, etc.

Cinq zones terrestres, etc.

Quatre pierres à aiguiser, etc.

Trois parties dans le monde, etc.

Deux bœufs, etc.

La Nécessité unique, etc.

Tout beau, bel enfant… Que te chanterai-je ?

 

L’ENFANT.

– Chante-moi la série du nombre huit, etc.

 

LE DRUIDE.

– Huit vents qui soufflent ; huit feux avec le Grand Feu, allumés au mois de mai sur la montagne de la guerre.

Huit génisses blanches comme l’écume, qui paissent l’herbe de l’île profonde ; les huit génisses blanches de la Dame.

Sept soleils et sept lunes, etc.

Six petits enfants de cire, etc.

Cinq zones terrestres, etc.

Quatre pierres à aiguiser, etc.

Trois parties dans le monde, etc.

Deux bœufs, etc.

La Nécessité unique, etc.

Tout beau, bel enfant… Que te chanterai-je ?

 

L’ENFANT.

– Chante-moi la série du nombre neuf, etc.

 

LE DRUIDE.

 Neuf petites mains blanches sur la table de l’aire, près de la tour de Lezarmeur, et neuf mères qui gémissent beaucoup.

Neuf korrigan qui dansent avec des fleurs dans les cheveux et des robes de laine blanche, autour de la fontaine, à la clarté de la pleine lune.

La laie et ses neuf marcassins, à la porte de leur bauge, grognant et fouissant, fouissant et grognant ; petit ! petit ! petit ! accourez au pommier ! le vieux sanglier va vous faire la leçon.

Huit vents, etc.

Sept soleils et sept lunes, etc.

Six petits enfants de cire, etc.

Cinq zones terrestres, etc.

Quatre pierres à aiguiser, etc.

Trois parties dans le monde, etc.

Deux bœufs, etc.

La Nécessité unique, etc.

Tout beau, bel enfant… Que te chanterai-je ?

 

L’ENFANT.

– Chante-moi la série du nombre dix, etc.

 

LE DRUIDE.

Dix vaisseaux ennemis qu’on a vus venant de Nantes : Malheur à vous ! malheur à vous ! hommes de Vannes !

Neuf petites mains blanches, etc.

Huit vents, etc.

Sept soleils et sept lunes, etc.

Six petits enfants de cire, etc.

Cinq zones terrestres, etc.

Quatre pierres à aiguiser, etc.

Trois parties dans le monde, etc.

Deux bœufs, etc.

La Nécessité unique, etc.

Tout beau, bel enfant… Que te chanterai-je ?

 

L’ENFANT.

– Chante-moi la série du nombre onze, etc.

 

LE DRUIDE.

– Onze Prêtres armés, venant de Vannes, avec leurs épées brisées ;

Et leurs robes ensanglantées ; et des béquilles de coudrier de trois cents plus qu’eux onze.

Dix vaisseaux ennemis, etc.

Neuf petites mains blanches, etc.

Huit vents, etc.

Sept soleils, etc.

Six petits enfants de cire, etc.

Cinq zones terrestres, etc.

Quatre pierres à aiguiser, etc.

Trois parties dans le monde, etc.

Deux bœufs, etc.

La Nécessité unique, etc.

Tout beau, bel enfant du druide ; réponds-moi, que veux-tu que je te chante ?

 

L’ENFANT.

– Chante-moi la série du nombre douze, jusqu’à ce que je l’apprenne aujourd’hui.

 

LE DRUIDE.

– Douze mois et douze signes ; l’avant-dernier, le Sagittaire, décoche sa flèche armée d’un dard.

Les douze signes sont en guerre. La belle Vache, la Vache Noire qui porte une étoile blanche au front, sort de la Forêt des Dépouilles ;

Dans sa poitrine est le dard de la flèche ; son sang coule à flots ; elle beugle, tête levée :

La trompe sonne ; feu et tonnerre ; pluie et vent ; tonnerre et feu ; rien ; plus rien ; ni aucune série !

Onze prêtres armés, etc.

Dix vaisseaux ennemis, etc.

Neuf petites mains blanches, etc.

Huit vents, etc.

Sept soleils, etc.

Six petits enfants de cire, etc.

Cinq zones terrestres, etc.

Quatre pierres à aiguiser, etc.

Trois parties dans le monde, etc.

Deux bœufs, etc.

Pas de série pour le nombre un ; la Nécessité unique, le Trépas, père de la Douleur ; rien avant, rien de plus. »

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 23 juillet, 2016 |1 Commentaire »

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