Archive pour mai, 2016

La représentation symbolique du lien

Dans l’histoire germano-scandinave le dieu Odin incarne la magie qui opère sur les hommes. Il est le dieu lieur, le dieu stratège, le dieu de l’artifice quand il s’agit de tromper ses ennemis (par un charme). Le lien qui relie les hommes au magicien est la parole ou le geste (voir à cet égard également l’article La parole qui enchaîne les hommes, ici).Cet attribut bien particulier est représenté d’une manière très originale à travers les pétroglyphes norrois (par exemple la pierre de Lärbro en Suède datée du VIIème siècle). La figure dite du « cœur de Hrungnir » en est l’illustration la plus aboutie. Selon les cas, il s’agit d’un enchevêtrement (entrelac) de trois triangles equilatéraux ou d’un nœud fermé fait de trois boucles oblongues. Il ne va pas sans évoquer le triscèle celtique.

Dans l’Edda en prose, on peut lire que lors du combat initiatique de Thor (le fils d’Odin) contre le géant Hrungnir, ce dernier s’écroule sous les coups du dieu du tonnerre et son cœur se brise. Il semble cohérent que cette symbolique relève plus du dieu Odin que Thor, puisqu’il renvoie à la thématique de la magie des liens qui est l’exclusivité d’Odin.

Le cœur du géant mort devient donc un symbole magique. On peut donc supposer, en prolongeant le mythe, qu’Odin en s’accaparant la relique du géant accède à un savoir ésotérique qu’il va utiliser à dessein : le pouvoir de changer le cours des choses, de choisir le dénouement des événements (le champ sémantique du nœud est aussi pertinente : délier les choses, le dénouement, les liens qui unissent, rompre les liens, les destins liés…).

D’un point de vue historique, il est intéressant de rappeler que l‘utilisation du lacet dans la chasse depuis le néolithique semble être le point de départ des pratiques magiques du liage. D’ailleurs Marcelle Mourgues dans son ouvrage La Danse provençale : origines et symboles mentionne que le fait de  » lier-délier tend à une action sur la vie cosmique, sur la pluie, sur la maladie et sur la mort « . La mort par pendaison en sacrifice au dieu Odin est récurrente chez les Norrois et les Germains. Le  nœud est ainsi toujours présent pour associer le dieu au lien qui lui permet d’avoir une prise sur les hommes et les événements,  jusqu’à l’acte de donner la mort.

Le cœur de Hrungnir apparaît comme un symbole de la pratique ésotérique du dieu souverain, une métaphore illustrée de la magie.

 

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 28 mai, 2016 |Pas de commentaires »

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