Les signes héroïques

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Partant d’une étude comparative réalisée sur les héros germaniques, nordiques et celtiques par Dumézil dans son ouvrage Heur et malheur du guerrier, il est intéressant de relever plusieurs traits communs caractéristiques.

Les Celtes continentaux de l’antiquité ont gravé sur certaines monnaies des personnages dont une émanation en forme de clou leur sort du front. Ce détail pris uniquement dans une période et une zone géographique est assez pauvre de sens. Nous ne disposons d’aucune source contemporaine pouvant expliquer ou au moins relater le fait dans une histoire, un mythe ou un rite. Grâce à l’étude comparative il devient possible d’établir des hypothèses de travail en établissant des ponts entre les zones géographiques de même culture, ou entre des périodes proches ou consécutives dans l’histoire des peuples pré-chrétiens.

En Irlande, le héros païen Cuchulainn a survécu grâce aux manuscrits des clercs du Haut Moyen-âge qui ont couché sur papier la mémoire de tout un peuple. Relevons le fait qui nous intéresse après son premier combat dans le récit des Macgnimrada :

un signe démonstratif de sa victoire apparaît  » s’élevant du sommet de son crâne  » .  » La lune de héros sortit de son front, aussi longue, aussi épaisse, que la pierre à aiguiser d’un guerrier, aussi longue que le nez. »

Cette description n’est pas sans rappeler les gravures gauloises mentionnées plus haut.

En observant du côté des Germains et des Norrois, un épisode fameux opposant le dieu Thor au géant Hrungnir fait écho à la singularité observée chez les héros celtiques. En effet, après ce duel, Thor porte dans sa tête le morceau de la pierre à aiguiser, arme du géant, qui était venu s’y fixer. Il y a donc un rapprochement évident avec le récit et les gravures celtes. Ces ressemblances s’inscrivent dans une histoire originelle commune où la pierre à aiguiser fichée dans le crâne du héros peut s’interpréter de plusieurs manières :

comme le stigmate de vaillance ou de bravoure guerrière ;

comme le témoignage d’un combat épique caractérisant le héros ;

comme le signe corporel d’un rite initiatique guerrier ;

comme le passage d’un outil chirurgical destiné à la trépanation comme cela semble avoir été le cas chez les peuplades mentionnées, d’après les découvertes archéologiques réalisées en Suisse, en Autriche et en Allemagne pour des raisons thérapeutiques mystiques ou dans un rite d’initiation qui nous échappent.

La pierre à aiguiser dans le front du guerrier est un kenning dont le sens n’a pas encore été trouvé mais qui est fondamentalement attaché au mythe guerrier et héroïque.

 

 

 

 

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