Archive pour novembre, 2015

L’image du voyageur

Wodan

 

« Gestr » est le nom de l’hôte ou de l’étranger que se donne le dieu Odin dans la Saga de Saint Olaf. On retrouve l’étymologie commune à l’anglais « guest ».

Gestr aime jouer au voyageur que l’on ne reconnait pas. Dans la Saga de Hervarar, Odin se fait appeler Gestumblindi, qui littérallement provient de « gestr-inn-blindi », c’est à dire l’hôte aveugle, en allusion à l’oeil unique qu’il possède.

Odin, le dieu de la transe et de la métempsychose, apparaît comme un homme cheminant, qui est de passage dans le monde des hommes. L’idée du dieu cheminant est importante en mythologie européenne. On la retrouve chez le Hercule irlandais Cùchulainn dont le premier nom initiatique est Sétanta en gaélique, c’est à dire le sentier.

Dans le Chant solennel antique des Havamal (les Dits du Très Haut) Odin exprime des principes de conduite. Il fait l’énumération d’une cinquantaine de préceptes liés au voyageur. Il s’agit  de recommandations qui semblent parfois hermétiques et quelquefois très abordables, dont voici quelques extraits :

« La raison est nécessaire à celui qui voyage au loin ; son ami le plus sûr c’est beaucoup de raison. »

« Un hôte prudent ne parle guère en arrivant au gîte. Avec ses oreilles, il écoute. Avec ses yeux, il observe. Ainsi se conduit un sage. »

« Le meilleur fardeau dont tu puisses te charger en route c’est beaucoup de prudence ; elle est plus précieuse que l’or en pays inconnu et te prêtera secours dans le besoin. »

Ainsi l’image du voyageur prend la dimension d’un parcours initiatique. Peut-être sommes nous en présence de fragments d’une veille tradition sacerdotale pour les élèves postulants ?

Publié dans:Etudes, Le Haut Moyen-Age, Le Moyen-Age |on 21 novembre, 2015 |Pas de commentaires »

Le rachat de la tête par les louanges

Egil_Skallagrimsson_17c_manuscript

Au moyen-âge, chez les scaldes norrois (poètes vikings), existait une tradition de déclamation de louanges d’un genre conventionnel appelé le höfudlausn, c’est à dire le rachat de la tête.

En effet, l’élaboration d’un poème à l’honneur de son geôlier (souvent un roi, un prince, un noble guerrier) permettait de favoriser sa clémence en fonction de l’intérêt qu’il suscitait à son auditoire. Une des préoccupations majeures de tout scalde était d’obtenir le silence pour pouvoir déclamer son oeuvre à son gré : cela représentait vraisemblablement un gage de réussite poétique.

Un des passages fameux de la Saga d’Egill Skallagrimsson est celui où le héros, prisonnier du roi Erikr, déclame une drapa, un poème de louange pour sa gloire. L’auteur indique clairement :

 » Il le déclama à haute voix et obtint tout de suite le silence. »

Sans doute souligne-t-il ici la qualité du poème et de l’éloquence d’Egill. Cela se confirme par la suite puisque le roi décide de libérer Egill plutôt que de commander sa mise à mort.

Le poème en lui-même regorge de kenningar et se compose de vingt strophes. Retenons l’avant-dernière qui rappelle l’importance de l’attention que porte son auditoire :

 » Prince, considère,

Comment j’ai composé

Me semble excellent

D’avoir obtenu silence ;

J’ai agité la bouche

Du fond du coeur,

D’onde d’Odinn

Célèbre le rassasieur de bataille. »

Le silence est une nouvelle fois présenté comme une marque de succès du discours.

« L’onde d’Odinn » est le nectar poétique, autrement dit l’inspiration. Le « rassasieur de bataille » est le guerrier, ici le roi Erikr, à qui est destiné la louange.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 11 novembre, 2015 |Pas de commentaires »

La harpe symbole de la transe

Dieu à la lyre

Dagda est le dieu-druide dans la mythologie irlandaise. Voir à ce sujet l’article Dagda, un nom de dieu qui sonne fort. Un de ses attributs majeurs est la harpe qui peut jouer les  » trois  nobles airs ».

Le premier de ces airs est le « goltrai » en gaélique qui correspond à l’air de la mélancolie ou de la tristesse. Il plonge les auditeurs dans un état intense de chagrin et de douleur.

Le second est le « geantrai » ou l’air de la joie. Il est entraînant et festif,  et contrairement au goltrai il répand le rire.

Le troisième est le   »suantrai » ou l’air du sommeil qui endort tout son auditoire.

Ces particularités font écho à la tradition orphique dans la Grèce antique. En effet, Orphée le héros grec reçoit sa lyre de son père Apollon, qui lui-même l’a reçu de Hermès. Voici ce que rapportent les textes antiques sur la transmission de l’instrument d’Hermès à Apollon :

« Tu viens de me faire entendre des accords tout nouveaux et une voix admirable que jamais aucun homme, aucun habitant de l’Olympe ne peut égaler, je pense (…) d’où te vient cet art ? Quelle Muse peut ainsi dissiper les noirs chagrins ? Quelle est cette harmonie ? J’y trouve réunis toutes les voluptés, le plaisir, l’amour, et le penchant au doux sommeil. Moi-même, compagnon habituel des Muses de l’Olympe, ami des douces chansons, des accents mélodieux de la lyre et des accords des flûtes, moi-même je ne goûtai jamais autant de plaisir en prêtant l’oreille aux refrains que répètent les jeunes gens au sein des repas (…) j’admire quels sons merveilleux tu sais tirer de ta lyre. »

On retrouve les thèmes de la joie avec le plaisir et l’amour et également le thème du sommeil . Il est aussi question des noirs chagrins mais s’agit-il ici d’une particularité de la lyre ou d’un état propre et indépendant du jeu musical ? Difficile à dire. Quoiqu’il en soit, il apparaît une continuité à travers le continent européen sur les charmes de la harpe sous les doigts magiques d’un dieu, ou d’un demi-dieu comme Orphée. La transe dont va être victime l’auditoire de la musique représente un archétype européen mythologique. Le pouvoir musical décrit est en relation avec le chant sacré qu’on retrouve chez les Norrois lors de rites magiques favorisant la transe. Ainsi, la harpe qu’utilisait les bardes celtes devient un symbole d’un fond mythologique commun porteur de changement d’état.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité, Le Haut Moyen-Age |on 1 novembre, 2015 |Pas de commentaires »

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