La métaphore de la transe chez les Vikings

Bersekr

La saga d’Egill Skallagrimsson décrit le grand-père du héros comme praticien de sciences occultes. Il se prénomme Ulfr ( littérallement le « loup ») et après de glorieuses campagnes s’est marié, a fait valoir son bien, s’occupe diligemment de ses champs, de ses bêtes, de ses ateliers, et se fait apprécier de tout le voisinage par les bons conseils qu’il distribue libéralement :

« Mais parfois quand le soir tombait, il devenait ombrageux et peu de gens pouvaient alors converser avec lui ; il était pris de somnolences et le bruit courait qu’il était capable de changer de forme ; c’est pourquoi il avait reçu le surnom de Kveldufr, le loup du soir. »

 

Dans l’Ynglingasaga nous trouvons aussi :

« Il avait le pouvoir de changer à volonté de forme et d’apparence ; son corps restait alors étendu, comme endormi ou mort, tandis que lui-même était oiseau ou un animal sauvage ou un poisson ou un serpent. »

 

Un autre exemple de transformation se trouve dans la Hrolfssaga Kraka. On voit le héros Bödvar Bjarki, parangon des champions du roi, se métamorphoser en ours pour combattre, et ainsi décupler ses forces. Son corps sommeille quelque part à l’arrière. Sa nature profonde est l’héritage de son père qui avait été victime d’ une reine malfaisante l’ayant métamorphosé en ours à mi-temps, animal le jour, homme la nuit. Sa mère s’appelait Bera, qui signifie ourse, et avait été contrainte de manger un morceau de l’animal tué (son propre mari transformé en ours).

 

Nous comprenons aisément l’origine du mythe du loup-garou à travers ces extraits épiques de l’Europe païenne.

Les transformations dont il est question dans ces récits sont des kenningar pour évoquer la transe guerrière qui va transfigurer le champion. Les guerriers ours ou loups que toutes les sagas décriront sous le terme « berserkr » sont un motif commun aux sociétés vikings. Ces guerriers ne ressemblaient pas seulement à des loups ou à des ours par la force et par la férocité ; ils étaient à quelque degré ces animaux mêmes. Leur fureur extériorisait un être second qui vivait en eux. Les peaux de bêtes de leur animal totémique qu’ils revêtaient pour l’occasion, ne servaient qu’à affirmer cette métamorphose, à l’imposer à l’ennemi épouvanté.

Publié dans : Etudes, Le Moyen-Age |le 1 août, 2015 |Pas de Commentaires »

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