Archive pour août, 2015

L’école pythagoricienne

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L’école pythagoricienne a marqué l’antiquité car elle a été souvent mise en relation avec le druidisme. Jean-Louis Brunaux, dans son remarquable ouvrage Les Druides, nous dit à ce propos :

« La question des rapports didactiques entre Pythagore et les druides n’a rien d’une fable plaisante comme on n’en trouve couramment dans toute la littérature antique, une anecdote qui étonne le lecteur et suscite son intérêt. Elle s’inscrit, au contraire, dans une réflexion générale sur l’origine de la philosophie et la dette des Grecs envers leurs voisins barbares. Pythagore lui-même, considéré comme l’un des fondateurs de la philosophie grecque, tout au moins celui qui en a inventé le mot, était censé avoir eu de nombreux maîtres étrangers, le Thrace seulement Zalmoxis, l’assyrien Zaratos, l’hyperboréen Abaris, les druides et les brahmanes…

L’idée de relation directe entre Pythagore et les druides n’est pas tardive. Elle est transmise à travers deux traditions qui remontent toutes les deux au cinquième siècle avant J.-C. Ces dernières sont contradictoires : la première considère que les druides ont été les maîtres de Pythagore alors que la seconde imagine l’inverse. La première que nous avons déjà évoquée, fait de Pythagore l’élève de Zaratos l’assyrien, des gaulois et des brahmanes. Comme Alexandre Polyhistor dit avoir trouvé ces informations dans l’aide-mémoire pythagoricien dont on s’accorde généralement à placer le manuscrit avant le quatrième siècle, il est aisé de reconnaître le caractère ancien de la théorie. Il est à noter que celle-ci se serait donc formée au cours du siècle qui a suivi l’existence du philosophe, soit quelques décennies seulement après sa mort.

C’est précisément à la même période que se forme la tradition concurrente, celle qui veut voir dans Pythagore le maître des druides. Elle nous est également transmise tardivement par Hippolyte, dit également Saint-Hippolyte de Rome, théologien chrétien du deuxième siècle. Voici ce qu’il écrit dans un passage un peu confus :

« Les druides chez les Celtes se sont appliqués avec un zèle particulier à la philosophie de Pythagore, le responsable de leur aspiration à cette philosophie étant Zalmoxis, d’origine Thrace, et esclave de Pythagore. Après la mort de Pythagore, s’étant rendu là, il fut pour les druides à l’origine de leur pratique de la philosophie. Et les Celtes virent ces derniers interprètes des dieux et des prophètes parce qu’ils leur font des prédictions suivant la technique de Pythagore par la divination des cailloux et par celles des nombres. Nous ne passerons pas sous silence les moyens de cet art, depuis qu’ils ont entrepris d’introduire chez eux des écoles de philosophie. Par ailleurs, les druides utilisent aussi des pratiques magiques. »

Pythagore apparaît comme un maître des druides, mais son enseignement est dispensé indirectement, par l’intermédiaire d’un Thrace, Zalmoxis. L’hypothèse présente le plus grand intérêt, car dès le sixième siècle avant J.-C. les Grecs fréquentaient assidûment les Thraces et l’on sait que ces derniers et les Celtes se sont côtoyés sur les bords du Danube. Ce qui nous permet de considérer cette légende comme ancienne est sa mention par Hérodote lui-même, qui la rappelle à propos de son évocation de la Thrace et plus précisément de la croyance en l’immortalité que professaient ses habitants, les Gètes. « 

Ainsi, il apparaît un lien historique entre le courant pythagoricien et le druidisme, sans connaître véritablement le sens de la transmission.

Jamblique, le philosophe néo-platonicien du III ème siècle après JC, identifie les deux types de préceptes de l’enseignement pythagoricien :  les  » signes de reconnaissance «  et les  » choses entendues « .

Jean Philopon dans son commentaire du De Anima d’Aristote, nous donne quelques exemples de lectures allégoriques requises pour déchiffrer l’enseignement oral des Pythagoriciens :

 » Ne t’assieds pas sur une mesure «  signifie :  » Ne cache, ni ne fais disparaître sciemment la justice. »

 » Ne saute pas par-dessus un joug «  signifie :  » Ne transgresse pas l’égalité. »

 » Entre dans le temple sans te retourner «  signifie :  » Ceux qui s’élèvent vers le monde d’en-haut ne doivent pas se pencher vers le monde d’ici-bas. »

On comprend mieux la dimension symbolique et la nécessité d’une interprétation cosmique du langage des initiés.

La dimension énigmatique de l’enseignement oral des pythagoriciens est inséparable de la pratique du secret. En effet, pour eux la séparation entre l’ignorant et l’initié était essentielle ; seuls sont en mesure de comprendre l’initiation, ceux qui ont fait l’effort nécessaire pour être initié et partager les mêmes secrets. Ainsi, se dessine à nos yeux une pratique du langage codé, sous forme de métaphores et d’allégories. Cela semble être l’origine d’une manière d’enseigner  et de  pratiquer le sacré au sein d’un corps élitiste, qui se serait prolonger au travers les siècles pour à la période chrétienne, s’appauvrir de son caractère religieux et se vider de son sens. En effet, les témoignages du langage des gaulois par les auteurs latins et grecs, les textes irlandais archaïques retrouvés (comme Le Dialogue des Deux Sages), l’existence de confréries poétiques comme les scaldes vikings, sont autant de pièces du puzzle qui nous ramène systématiquement à un archétype européen du langage ésotérique de la connaissance.

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 6 août, 2015 |2 Commentaires »

La métaphore de la transe chez les Vikings

Bersekr

La saga d’Egill Skallagrimsson décrit le grand-père du héros comme praticien de sciences occultes. Il se prénomme Ulfr ( littérallement le « loup ») et après de glorieuses campagnes s’est marié, a fait valoir son bien, s’occupe diligemment de ses champs, de ses bêtes, de ses ateliers, et se fait apprécier de tout le voisinage par les bons conseils qu’il distribue libéralement :

« Mais parfois quand le soir tombait, il devenait ombrageux et peu de gens pouvaient alors converser avec lui ; il était pris de somnolences et le bruit courait qu’il était capable de changer de forme ; c’est pourquoi il avait reçu le surnom de Kveldufr, le loup du soir. »

 

Dans l’Ynglingasaga nous trouvons aussi :

« Il avait le pouvoir de changer à volonté de forme et d’apparence ; son corps restait alors étendu, comme endormi ou mort, tandis que lui-même était oiseau ou un animal sauvage ou un poisson ou un serpent. »

 

Un autre exemple de transformation se trouve dans la Hrolfssaga Kraka. On voit le héros Bödvar Bjarki, parangon des champions du roi, se métamorphoser en ours pour combattre, et ainsi décupler ses forces. Son corps sommeille quelque part à l’arrière. Sa nature profonde est l’héritage de son père qui avait été victime d’ une reine malfaisante l’ayant métamorphosé en ours à mi-temps, animal le jour, homme la nuit. Sa mère s’appelait Bera, qui signifie ourse, et avait été contrainte de manger un morceau de l’animal tué (son propre mari transformé en ours).

 

Nous comprenons aisément l’origine du mythe du loup-garou à travers ces extraits épiques de l’Europe païenne.

Les transformations dont il est question dans ces récits sont des kenningar pour évoquer la transe guerrière qui va transfigurer le champion. Les guerriers ours ou loups que toutes les sagas décriront sous le terme « berserkr » sont un motif commun aux sociétés vikings. Ces guerriers ne ressemblaient pas seulement à des loups ou à des ours par la force et par la férocité ; ils étaient à quelque degré ces animaux mêmes. Leur fureur extériorisait un être second qui vivait en eux. Les peaux de bêtes de leur animal totémique qu’ils revêtaient pour l’occasion, ne servaient qu’à affirmer cette métamorphose, à l’imposer à l’ennemi épouvanté.

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 1 août, 2015 |Pas de commentaires »

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