Archive pour février, 2015

De l’importance du monde onirique

Dans la Saga de Gisli Sursson, le personnage principal est tourmenté par des rêves. Il n’aura de cesse d’interpréter l’image d’une femme qui le lave avec du sang comme une fin imminente certaine.

Voici une visa qu’il déclame après ses visions :

 » Mes rêves ne sont pas tous

De bon augure.

Je ne me sens pas lié par cela.

Une femme me ravit ma joie.

Dès que je ferme les yeux

Vaincu par le sommeil,

Elle vient à moi,

Toute dégouttante de sang humain

Et me lave dans le sang. »

Les païens européens accordaient beaucoup d’importance au rêve qui était pour eux une manifestation du monde des esprits. Une forme de vérité était alors soumise à l’interprétation des images rencontrées au cours de ce voyage onirique. En Norvège, même après la christianisation, les peuples avaient pour habitude de ne pas réveiller un dormeur en proie aux rêves et avaient fait de cette tradition un dicton populaire : « Il faut laisser jouïr le dormeur de ses rêves ».

Gisli Sursson mourra peu de temps après lors d’un combat épique, donnant raison à l’interprétation de son rêve. On peut alors comprendre la signification des images de son poème : la femme qui vient le laver avec du sang humain pourrait  être une Valkyrie, celle qui choisit les morts au champ de bataille, émissaire du dieu Odin. La certitude du héros devant cette image renforce cette interprétation.

 

 

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 8 février, 2015 |Pas de commentaires »

La corne et sa double attribution

 

corne

Gjallahorn est littéralement le « cor qui sonne fort ». C’est l’attribut du dieu Heimdall dans la mythologie norroise. Il s’en sert pour sonner l’alerte de la fin du monde auprès des dieux.

D’autres sources décrivent Gjallahorn comme un récipient à hydromel autrement dit une corne à boire. D’ailleurs Heimdall est surnommé le « buveur de bon hydromel ». Ainsi la double attribution de la corne remonte à un lointain passé. L’archéologie a exhumé un grand nombre de cornes à boire depuis l’âge du fer et l’on sait parallèlement que les cors sont les plus anciens instruments de musique des germains. Certains passages de César et de Pline confirment l’usage très répandu des cornes à boire chez  les germains et les celtes.

La corne pourrait revêtir une fonction sacrée ; ainsi les cornes d’or de Gallehus retrouvées au Danemark revêtent incontestablement un caractère religieux. Cette fonction se reflète dans la mythologie islandaise à travers des cornes à boire qui parlent (saga de Thorsteinn). Le récipient devient instrument de musique. L’hydromel devient le son qui est émis par la corne. Ainsi il apparaît une ouverture sur la désignation de Gjallahorn : le cor qui sonne fort pourrait signifier le cor qui enivre l’esprit. Musique et boisson se trouvant mêlées dans un rituel sacré qui nous échappe mais qui laisse entrevoir ce que J. P. Mallory (A la recherche des Indo-Européens) découvrit sur les peuplades indo-européennes : la musique, le chant et la boisson étaient inextricablement liés dans les rituels religieux.

 

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