Le droit viking

monnaie viking

La Saga d’Egill fils de Grimr le Chauve évoque un grand nombre de poèmes usant des kenningar. Le personnage central déclame des strophes dans des circonstances très différentes : moments de bravoure, passages héroïques, éloges, revendications juridiques… Ce dernier point est présenté ci-dessous. La société scandinave du moyen-âge est portée sur le droit et c’est au cours de grandes assemblées que l’on rendait la justice. Le « Thing  » est le rassemblement des clans pour faire valoir son droit. Il consiste en une réunion d’hommes libres dans le but d’obtenir des réparations pour des dommages causés par un tiers. Ces réunions sont souvent animées et arbitrées par un roi ou un prêtre, le « godi » qui va instruire l’affaire et juger. Il arrive que les litiges pour lesquels les préjudices sont très graves, demeurent insuffisamment dédommagés. Dans ces cas, le viking lésé peut provoquer en duel son opposant. Cette issue est fréquente dans les sagas islandaises. Lors d’un différend portant sur un droit de propriété avec les proches du roi de Norvège, Egill Skallagrimsson porte ses revendications devant la cour royale. Les voici avec le sens probable des kenningar :

 » Le buisson d’épines déclare (l’arbre ou l’arbrisseau vaut pour la désignation de l’homme / le fait de porter une broche pour fermer la tunique en fait ici un Kenning que l’on pourrait traduire par « porteur de broches » )

Née d’esclaves mon char de la rivière (la rivière de la corne est la boisson contenue dans la corne à boire / le char est la femme qui apporte la boisson)

De la corne. Cet önundr ne s’affaire

Qu’à sa cupidité. Secoueur de lances, (Le secoueur de lances est un surnom pour le dieu Odin)

J’ai épousé une Norne de l’aiguille (la Norne est la fileuse du destin dans la mythologie ; ici il s’agit de la femme)

Attitrée à l’héritage ;

Accepte, descendant d’Audi (Audi est un roi ancestral, son descendant est le roi contemporain d’Egill, Erik)

Les prompts serments. « 

Cette strophe peut se dire de la manière suivante :

« Le porteur de broches déclare

Que la femme m’apportant à boire est de lignée esclave.

Cet Onundr ne pense qu’à sa cupidité. Odin

Voit que j’ai épousé une femme

A qui revient l’héritage ;

Acceptez, roi,

nos prompts serments ! »

Ainsi les revendications légitimes dans le droit des sociétés païennes utilisent la langue des dieux ; celle qui permet de prendre à témoin Odin, le dieu suprême de la poésie et du droit divin.

 

 

 

Publié dans : Etudes, Le Moyen-Age |le 24 décembre, 2014 |Pas de Commentaires »

Vous pouvez laisser une réponse.

Laisser un commentaire

Ailant vers Fred |
Jamesye |
Lenversdessignesleblog |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Manouch11poesies
| Envidelire
| Lettresinroses-bloglittéraire