L’exploit de l’ivresse

corne

Dans la Saga d’Egill fils de Grimr le Chauve, le héros est dépeint comme un gros buveur de bière et d’hydromel. Au cours d’une expédition, il se trouve à boire chez Armodr, un viking qui cherche à l’enivrer pour le trahir. Les beuveries étaient considérées alors comme de grands exploits.

Egill qui n’a de cesse de boire, déclame alors un poème justifiant de son ivresse :

« Vidons chaque corne, même si

Le Cavalier du cheval d’Ekkil

Porte le breuvage de la corne

Sans arrêt à l’Ullr de la poésie ;

Je ne laisserai rien dans la corne

De l’étang du malt

Même si le meneur du jeu de Laufi

Me porte la corne jusqu’au matin. »

Pour interpréter véritablement la strophe il faut décrypter les kenningar.

« Ekkil » est un roi de mer ; son cheval est le bateau et son cavalier l’homme, c’est à dire le marin.

« Le breuvage de la corne » est la bière.

« Ullr » est un dieu de la chasse et de l’hiver. On peut donc comprendre que « Ullr de la poésie » est le dieu de la poésie c’est à dire  Egill lui-même.

« L’étang du malt » est une belle image pour la bière.

« Laufi  » est un synonyme pour le mot « épée ». « Le jeu de Laufi » est un kenning pour la bataille.

Ainsi on pourrait exprimer le poème d’une manière beaucoup plus réaliste et dépourvue de magie :

 » Vidons chaque corne à  boire, même si le marin (son hôte, le viking Armodr) m’apporte (à Egill) la bière sans arrêt . Je ne laisserai rien dans la corne de bière, même si le guerrier me porte à boire jusqu’au matin ».

Ainsi l’acte banal d’ivresse méritait au Xème siècle dans les sociétés païennes de l’Europe du Nord une appréciation épique. Ce genre de visa déclamée dans des circonstances ordinaires révèlent une éloquence à rapprocher du culte odinique. Le dieu Odin acquiert le don de poésie en s’appropriant des cargaisons d’hydromel. L’ivresse poétique et l’inspiration divine sont des émanations du dieu magique. Ce genre d’exemple dans les sagas islandaises est légion. La renommée d’un guerrier était ainsi tenue par ses haut faits d’armes, mais aussi par sa tenue à l’alcool et son éloquence.

 

Publié dans : Etudes, Le Moyen-Age |le 8 novembre, 2014 |Pas de Commentaires »

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