Archive pour novembre, 2014

La maladie dans l’esprit Saxon

GuerrierCheval

Le très beau récit de Beowulf est un long poème de 3 182 vers. Il est un des témoignages de l’épopée des peuples germains de l’Europe du Nord et de son héros Beowulf. Voir pour plus de détails l’article sur cette œuvre : Beowulf, l’étude d’un genre poétique

En progressant dans la narration le lecteur prend conscience de la mentalité de la vieille Europe avant évangélisation. Des passages évoquent en effet la destinée humaine sans aucun préambule particulier, entre deux hauts faits d’arme. Les vers 1745 à 1748 révèlent quelques formules surprenantes :

« L’homme est frappé au cœur sous son haubert

Par le dard amer, incapable qu’il est de se protéger,

Frappé par les invites torses de l’esprit maudit.

Ce qu’il possède depuis longtemps ne lui suffit plus. »

Le « dard amer » est la maladie.

L’expression « frappé par les invites torses de l’esprit maudit » est à rapprocher de la croyance  qui consistait à voir la maladie comme induite par des elfes décochant leurs flèches empoisonnées.

La poésie devient un témoignage vivant des mœurs de nos ancêtres païens par les images qu’elle transmet. Les kenningar nous dévoilent encore un peu plus de connaissances et nous rapprochent de ces sociétés claniques qui ont fait l’Europe, notamment lors des grandes invasions.

 

 

 

Publié dans:Le Haut Moyen-Age |on 28 novembre, 2014 |Pas de commentaires »

La mutilation qualifiante

Le thème de la mutilation qualifiante est commun à toute l’arborescence mythologique indo-europénne. Elle apparaît comme un sacrifice d’un personnage divin. Cette expérience est relatée dans plusieurs versions mythologiques. Ce sacrifice permet au dieu de s’approprier des pouvoirs ou de garantir un droit.

Si nous prenons le cas celtique, le dieu irlandais Nuada (ou le gaulois Nodons) perd son bras droit dans une bataille. Cette infirmité est incompatible avec la fonction souveraine ; le dieu médecin Dian Cecht lui greffe alors un bras en argent, lui permettant ainsi de redevenir roi. Ce mythe est errodé et difficile à comprendre de prime abord. Les parallèles de Georges Dumézil entre les mythes des sociétés européennes préchrétiennes démontrent un fond commun qui permet de comprendre davantage le sens de cette mutilation.

Chez les Norrois, le dieu Tyr subit la même amputation. Afin de gagner la confiance du loup Fenrir qui menace le monde des dieux, Tyr sacrifie son bras droit dans la gueule de l’animal. Cet acte de bravoure permet aux autres dieux d’enchaîner le loup et d’éviter leurs fins. Tyr devient le dieu manchot mais surtout le dieu juriste. En effet, dès lors il incarne le serment juridique dans les sociétés païennes. Il a effectivement engagé son bras droit dans une procédure juridique, un gage, un  pacte avec le loup, tout en étant conscient du piège qu’il tendait à l’animal, seul moyen de garantir la survie de la société divine.

On retrouve aujourd’hui des traces de cet épisode dans le fonctionnement de nos institutions du droit. La main droite sert toujours à prêter serment et engage celui qui la lève dans une procédure.

Ainsi on appréhende les kenningar de la dextre sous une forme plus floue car apparaissant comme un lointain souvenir ; mais dont la vivacité au XXI ème siècle est toujours bien ancrée.

 

Publié dans:Etudes, L'Antiquité, Le Haut Moyen-Age, Le Moyen-Age |on 21 novembre, 2014 |2 Commentaires »

L’exploit de l’ivresse

corne

Dans la Saga d’Egill fils de Grimr le Chauve, le héros est dépeint comme un gros buveur de bière et d’hydromel. Au cours d’une expédition, il se trouve à boire chez Armodr, un viking qui cherche à l’enivrer pour le trahir. Les beuveries étaient considérées alors comme de grands exploits.

Egill qui n’a de cesse de boire, déclame alors un poème justifiant de son ivresse :

« Vidons chaque corne, même si

Le Cavalier du cheval d’Ekkil

Porte le breuvage de la corne

Sans arrêt à l’Ullr de la poésie ;

Je ne laisserai rien dans la corne

De l’étang du malt

Même si le meneur du jeu de Laufi

Me porte la corne jusqu’au matin. »

Pour interpréter véritablement la strophe il faut décrypter les kenningar.

« Ekkil » est un roi de mer ; son cheval est le bateau et son cavalier l’homme, c’est à dire le marin.

« Le breuvage de la corne » est la bière.

« Ullr » est un dieu de la chasse et de l’hiver. On peut donc comprendre que « Ullr de la poésie » est le dieu de la poésie c’est à dire  Egill lui-même.

« L’étang du malt » est une belle image pour la bière.

« Laufi  » est un synonyme pour le mot « épée ». « Le jeu de Laufi » est un kenning pour la bataille.

Ainsi on pourrait exprimer le poème d’une manière beaucoup plus réaliste et dépourvue de magie :

 » Vidons chaque corne à  boire, même si le marin (son hôte, le viking Armodr) m’apporte (à Egill) la bière sans arrêt . Je ne laisserai rien dans la corne de bière, même si le guerrier me porte à boire jusqu’au matin ».

Ainsi l’acte banal d’ivresse méritait au Xème siècle dans les sociétés païennes de l’Europe du Nord une appréciation épique. Ce genre de visa déclamée dans des circonstances ordinaires révèlent une éloquence à rapprocher du culte odinique. Le dieu Odin acquiert le don de poésie en s’appropriant des cargaisons d’hydromel. L’ivresse poétique et l’inspiration divine sont des émanations du dieu magique. Ce genre d’exemple dans les sagas islandaises est légion. La renommée d’un guerrier était ainsi tenue par ses haut faits d’armes, mais aussi par sa tenue à l’alcool et son éloquence.

 

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 8 novembre, 2014 |Pas de commentaires »

Les expressions du faciès dans la caste guerrière – témoignages

RISATHARTA

Cùchulainn est le « Hercule » irlandais. Il est le héros de l’antiquité celtique insulaire et ses hauts-faits nous sont parvenus par d’innombrables récits. Le personnage est connu pour ses transformations. Dans un épisode des Macgnimrada il est pris de contorsions :

« Il ferma un de ses yeux, au point qu’il n’était pas plus large qu’un chas d’aiguille et il écarquilla l’autre, au point qu’il était aussi grand que l’ouverture d’une coupe d’hydromel. »

Dans In carpat serda, on peut également lire un extrait remplis d’images expressives :

 » Il avala un des ses yeux dans sa tête, au point qu’à peine un héron sauvage aurait réussi à l’amener du fond de son crâne à la surface de sa joue, l’autre saillit et alla se placer sur sa joue, à l’extérieur. »

Ces grimaces singulières que connaît le héros répondent à différents codes. Lesquels ? En adoptant une approche globale des expressions guerrières de l’antiquité jusqu’au moyen-âge, nous pouvons approcher de la réponse.

Au Xème siècle, le viking Egill Skallagrimsson est reçu par le roi Adalsteinn après avoir guerroyé pour lui. Il s’installe au banquet, au siège d’honneur et attend une forte rétribution. Il garde son casque sur sa tête, pose son bouclier à ses pieds et son épée sur ses genoux, la tirant à moitié et la renfonçant alternativement dans le fourreau. Il se tient raide et droit, et refuse toute boisson. En outre, il fait descendre un des ses sourcils jusqu’à son menton tandis que l’autre monte jusqu’à la racine de ses cheveux, et cela aussi alternativement. Alors le roi se lève et lui offre un anneau précieux en compensation. C’est alors que ses sourcils regagnent leur place ordinaire et que le viking dépose casque et épée, et accepte enfin la coupe qu’on lui avait jusqu’alors vainement offerte.

Cette mimique est proche de celle de Cùchulainn. Sans doute s’agit-il d’une ancienne tradition : dans des circonstances graves, les hommes de guerre adoptaient des attitudes et grimaces qui établissaient leur rang, leur dignité et appuyaient leurs exigences.

Les textes qui témoignent de cette pratique sont épiques et très imagés ; ils versent souvent dans le fantastique. Mais leur corrélation au fil des âges révèle sans doute une pratique historique dans les castes guerrières depuis l’antiquité européenne jusqu’au moyen-âge. Les images poétiques dont nous disposons attestent d’un fond commun qui a été supplanté par les codes de la chevalerie liés aux valeurs chrétiennes du XIIème siècle.

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