Culte odinique, culte extatique

BersekrEchec

Odin est le dieu suprême des germains et des nordiques dans la période préchrétienne. Il représente le maître de la guerre, de la victoire, du savoir, de l’éloquence, de la magie, de la mort, de la fureur, de l’extase, des runes… Autant d’attributions qui font de lui le dieu incontournable dans le culte païen. Dans le Havamal (Les dits du Très Haut), Odin livre à travers des strophes poétiques son savoir appris à travers un parcours initiatique. Son autosacrifice qui consiste en sa propre pendaison et où on le transperce d’une lance, le plonge dans un état extatique de clairvoyance. De cette expérience il livrera des charmes sous forme de chants. En voici un qui se trouve être le onzième d’une longue énumération :

 » J’en sais un onzième :

Si je dois à la bataille

Mener mes amis de toujours

Je hurle contre ma targe

Et eux, pleins de force, s’élancent

Sains et saufs à l’assaut,

Sains et saufs en repartent ;

Sains et saufs en reviennent. « 

Ce lyrisme martial interpelle. Odin a donc le pouvoir de favoriser un état particulier aux guerriers, leur permettant de décupler leurs forces tout en garantissant leur survie au combat.

Boris Cyrulnik, professeur d’éthologie humaine à l’université du Var relate des expériences d’extase dans des situations extrêmes qui sont assez troublantes par leur ressemblance à la onzième strophe du Havamal. Dans son livre L’ensorcellement du monde, il rapporte des témoignages cliniques d’angoisse-extase :

« Un officier devait conquérir avec ses quelques hommes un champ découvert balayé par quatre mitrailleuses ennemies. Il savait qu’en donnant le signal d’avancer il déclencherait sa propre mise à mort et celle des autres. Il sentait un poids énorme sur ses épaules qui s’alourdissaient quand l’heure du signal approchait. Soudain, une joie immense l’avait envahi : »j’avais une vision quadruplée, je me rendais compte de chaque endroit d’où pouvait venir une balle, et du geste à commander pour l’éviter. Mon esprit allait dix fois plus vite et plus sûrement que d’habitude, et j’avais un sentiment de joie intense, le sentiment de me tenir au-dessus de moi-même : la guerre est le plus bel état… »

La fureur extatique est un trait du dieu Odin. Il est celui qui va déclencher l’ivresse poétique chez les scaldes (poètes islandais) ou la fureur invincible chez les guerriers. Il est l’archétype du changement d’état, un dieu chamane pour certains auteurs. Les textes qui nous sont parvenus démontrent à travers des tournures de phrases et des kenningar que les sociétés païennes accordaient une très grande importance à la révélation de l’individu en situation extrême, ou pour mieux dire à son dépassement. Il est extraordinaire de mettre des termes médicaux pour comprendre des formules poétiques.

Dans une expression latine, Adam de Brême livrera un condensé des plus précis de la nature du culte odinique : Wodan id est furor [Odin veut dire fureur].

 

 

Publié dans : Etudes, Le Haut Moyen-Age, Le Moyen-Age |le 27 septembre, 2014 |Pas de Commentaires »

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