De l’éloquence

L’éloquence est une qualité que plusieurs auteurs antiques attribuent aux Celtes. Qu’ils soient grecs ou latins les chroniqueurs contemporains des peuplades celtiques ne comprennent pas toujours leurs mœurs. Ils nous rapportent alors leur vision souvent étriquée car mal renseignée ; leurs témoignages sont souvent réducteurs car ils s’inscrivent dans une logique propagandiste de déconsidération des peuples soumis, comme le faisait César dans la Guerre des Gaules.

Diodore de Sicile, historien et chroniqueur du Ier siècle avant J-C nous révèle que « dans la conversation, la parole des Gaulois est brève, énigmatique, procédant par allusions et sous-entendus, souvent hyperbolique, quand il s’agit de se grandir eux-mêmes et d’amoindrir les autres. Ils ont le ton menaçant, hautain, tragique, et pourtant l’esprit pénétrant et non sans aptitude pour les sciences ».

Considérer ce témoignage comme preuve irréfutable de l’existence des kenningar dans l’antiquité serait une grossière erreur. Notre devoir de chercheur est de prendre ce témoignage de la manière la plus objective qu’il soit. Nous apprenons que les Gaulois utilisaient des images pour s’exprimer. Nous ne savons rien du type d’expressions auxquelles ils avaient recours, si elles s’inscrivaient dans le cadre d’un récit épique, mythologique ou dans la louange d’un prince ou d’un héros. Nous apprenons que les figures de styles pouvaient être utilisées dans leurs conversations. S’agissaient-ils de vraies conversations ou de déclamations ? Là aussi l’approximation de Diodore de Sicile brouille les pistes. Ce que nous pouvons retenir est que les celtes continentaux, que ce sont les Gaulois du Ier siècle avant J-C, étaient éloquents et savants. L’auteur reconnaît leurs qualités pour les sciences ; il est difficile de savoir de quoi il veut parler exactement. Ces aptitudes ont-elles des liens avec leur art oratoire ? Pourquoi intègre -il cette précision au moment où il nous retranscrit la parole des Gaulois ?

La découverte du Dialogue des deux sages dans l’histoires des peuples celtes confirmera ce témoignage antérieur. Nous savons donc depuis l’antiquité que les celtes maîtrisaient les figures de style et avaient pour certains (comme les druides du Dialogue des deux sages) des connaissances inestimables en science. La science de l’antiquité est différente de la nôtre ; il faut donc comprendre par science toutes les choses qui échappaient aux classes productrices : la mythologie, la divination, la compréhension de l’univers. Cela fait écho à la classe religieuse et donc aux druides.  Nous en concluons que Diodore a été témoin d’une scène ou un officiant sacerdotal s’est exprimé et que le sens du propos lui a peut-être échappé mais qu’il a reconnu un haut degré de connaissance dans son expression.

 

Publié dans : Etudes, L'Antiquité |le 8 juin, 2014 |1 Commentaire »

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1 Commentaire Commenter.

  1. le 8 juin 2014 à 20 h 45 min 010446g écrit:

    Fort intéressant!

    Dernière publication sur le radeau du radotage : Rodomontades, incendie, pandémie, décapitation + calamités agricoles

    Répondre

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