les entrelacs, ornements graphiques et poétiques

Entrelacs2

Dans l’antiquité celtique se crée un art ornemental consistant en des frises à motif floral ou animalier. Au moyen-âge les moines irlandais en orneront tous leurs parchemins. Les germains développèrent aussi cet art et avec eux les vikings. Ces frises s’entremêlent et laissent percevoir des figures animales ou monstrueuses. Parfois de simples évocations végétales, souvent des expressions artistiques élaborées et ingénieuses. Elles se sont matérialisées sur beaucoup de supports différents, le métal, le bois, la pierre. On distingue trois grandes phases de style : celle de l’âge du bronze, celle de l’ère de la migration, celle de l’époque viking.

La poésie médiévale de l’Islande dans laquelle s’exprime le plus les kenningar a cela de troublant qu’elle suit les mêmes schémas artistiques que les entrelacs. Les figures de style s’enlacent et surgissent de manière alternative. Les phrases s’entrelacent pour former un treillis de rubans enchevêtrés. Pour exemple, je citerai la strophe du poète  islandais Glum Geirason qui écrivit au Xè siècle les hauts-faits du roi Erik à la hache sanglante :

« Connaissant douze, celui qui des dents

Souvent, de Hallinskidi

Sceptre d’épouvante, les rois

Tours d’adresse, dépassait. »

Cela serait écrit de nos jours de la manière suivante :  » Le généreux prince, qui dépassait de beaucoup d’autres rois, connaissait douze tours d’adresse. »

La proposition subordonnée « celui qui des dents souvent les rois dépassait » s’insinue en serpentant dans la principale, mais le Kenning à trois membres, « sceptre d’épouvante de Hallinskidi », qui désigne le prince généreux, s’enfonce comme un coin dans cette subordonnée.

Hallinskidi est un autre nom pour Heimdall  qui est le dieu gardien du pont Bifröst (l’arc-en-ciel) qui sépare Asgard, le royaume des Dieux des mondes inférieurs.

La tournure de phrase est redondante et projette les images qui se succèdent en alternance. Les motifs apparaissent alors comme un tout cohérent composé de fils qui se croisent. Le parallèle est saisissant avec les entrelacs qui sont contemporains des grands poèmes scaldiques (des poètes islandais).

 

 

 

Publié dans : Etudes |le 21 mai, 2014 |Pas de Commentaires »

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