Archive pour mai, 2014

les entrelacs, ornements graphiques et poétiques

Entrelacs2

Dans l’antiquité celtique se crée un art ornemental consistant en des frises à motif floral ou animalier. Au moyen-âge les moines irlandais en orneront tous leurs parchemins. Les germains développèrent aussi cet art et avec eux les vikings. Ces frises s’entremêlent et laissent percevoir des figures animales ou monstrueuses. Parfois de simples évocations végétales, souvent des expressions artistiques élaborées et ingénieuses. Elles se sont matérialisées sur beaucoup de supports différents, le métal, le bois, la pierre. On distingue trois grandes phases de style : celle de l’âge du bronze, celle de l’ère de la migration, celle de l’époque viking.

La poésie médiévale de l’Islande dans laquelle s’exprime le plus les kenningar a cela de troublant qu’elle suit les mêmes schémas artistiques que les entrelacs. Les figures de style s’enlacent et surgissent de manière alternative. Les phrases s’entrelacent pour former un treillis de rubans enchevêtrés. Pour exemple, je citerai la strophe du poète  islandais Glum Geirason qui écrivit au Xè siècle les hauts-faits du roi Erik à la hache sanglante :

« Connaissant douze, celui qui des dents

Souvent, de Hallinskidi

Sceptre d’épouvante, les rois

Tours d’adresse, dépassait. »

Cela serait écrit de nos jours de la manière suivante :  » Le généreux prince, qui dépassait de beaucoup d’autres rois, connaissait douze tours d’adresse. »

La proposition subordonnée « celui qui des dents souvent les rois dépassait » s’insinue en serpentant dans la principale, mais le Kenning à trois membres, « sceptre d’épouvante de Hallinskidi », qui désigne le prince généreux, s’enfonce comme un coin dans cette subordonnée.

Hallinskidi est un autre nom pour Heimdall  qui est le dieu gardien du pont Bifröst (l’arc-en-ciel) qui sépare Asgard, le royaume des Dieux des mondes inférieurs.

La tournure de phrase est redondante et projette les images qui se succèdent en alternance. Les motifs apparaissent alors comme un tout cohérent composé de fils qui se croisent. Le parallèle est saisissant avec les entrelacs qui sont contemporains des grands poèmes scaldiques (des poètes islandais).

 

 

 

Publié dans:Etudes |on 21 mai, 2014 |Pas de commentaires »

La parole celtique

Cernunnos

La mythologie celtique a ceci de particulier qu’émanant d’une civilisation qui s’étendait de la mer du Nord à la mer Caspienne, elle ne nous est parvenue pour l’essentiel que d’un seul peuple, celui d’Irlande. Toutefois, nous pouvons affirmer aujourd’hui que les Celtes, dans leur ensemble, partageaient la même religion. Les études comparatives de Georges Dumézil puis après lui Christian J. Guyonvarc’h et Françoise Le Roux en ont fournit toutes les preuves nécessaires.

A partir de constat, il devient nécessaire, pour qui entreprend l’étude de la mythologie celtique, d’étudier Le Dialogue des deux sages. Rappelons-le, ce texte admirable trouvé en Irlande (Agallam in da Suad) est écrit en langue moyen-irlandais, c’est à dire dans la langue utilisée avant le XII è siècle dans l’île. Son contenu est archaïque puisqu’il est question d’une joute verbale entre deux druides (lire à ce propos dans le blog l’article Le Dialogue des deux sages, introduction). Il y a dans ce texte un condensé de la pensée druidique, étayé par une parfaite connaissance des mythes. En parcourant la traduction de Guyonvarc’h, nous devenons alors témoins de la « berla Féné », la langue des druides et des poètes. En effet, les allusions à la mythologie sont légion, et leur sens souvent obscure. Les druides représentaient la classe sacerdotale et étaient les dépositaires des mythes. En conséquence, ils représentaient le vecteur unique pour les transmettre oralement ; et c’est pourquoi, eux seuls connaissaient le sens profond des récits et l’art oratoire assurait leur conservation.

Voici un extrait tiré de la traduction de Christian-J. Guyonvarc’h, où l’on peut apprécier la forme de répartie entre les deux principaux protagonistes Ferchertne et Néde :

 » Ferchertne demande : _ une question Ô garçon d’enseignement, quel art pratiques-tu ?

Néde répond : _ Ce n’est pas difficile : faisant rougir le visage, perçant la chair, colorant la pudeur, frappant l’impudence, nourrissant la poésie, recherchant la renommée, courtisant la science, ayant un art pour chaque bouche, diffusant le savoir, dépouillant la parole, dans une petite chambre, le bétail d’un sage, un fleuve de science, abondance d’enseignement, délices de rois, récits limpides (…) »

Toujours du même auteur, je vous livre l’interprétation probable de ces kenningar :

 » ce n’est pas difficile : louant jusqu’à ce que vienne la honte de refuser des trésors aux poètes (faisant rougir le visage), le tranchant de la satire (perçant la chair), la purification des poèmes par la  louange (colorant la pudeur), frappant l’impertinence (frappant l’impudence), enseignant la poésie (nourrissant la poésie), recherchant la gloire (recherchant la renommée), recherchant la poésie (courtisant la science), ayant un art pour chaque homme capable de transmettre (ayant un art pour chaque bouche), répandant une abondance de science (diffusant le savoir), en décortiquant la parole jusqu’à ce qu’il n’y ait pas de réprobation contre elle (dépouillant la parole), en familiarité avec un auditoire restreint (dans une petite chambre), récompense pour les récitations (le bétail d’un sage), de nombreux mètres (un fleuve de science), l’enseignement aux apprentis poètes (abondance d’enseignement), désir des rois que les récits soient brillants (délices de rois, récits limpides).

 

 

Publié dans:Etudes, L'Antiquité |on 10 mai, 2014 |Pas de commentaires »

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