Une explication de Jan de Vries

Petroglyphe

Jan de Vries, spécialiste des littératures nordiques anciennes a beaucoup écrit sur les kenningar. Dans L’Univers mental des Germains, voici ce qu’il nous livre :

« Le poète germanique au contraire ( il a au préalable parlé d’Homère) ne permet pas que les navires des vikings soient chassés de notre imagination, et l’image des chevaux auxquels les étais servent de rênes, venant soudain s’insérer entre eux et nous rend l’image plus vivante parce qu’elle élève le réel dans la sphère de la nature animée. Nous appelons cela personnification, d’une de nos nombreuses dénominations ressassées jusqu’à la banalité. Mais il nous est difficile d’imaginer par une représentation immédiate ce que cela signifie lorsque des êtres vivants, sensibles, qui respirent et se meuvent, sont mis à la place d’objets purement matériels. C’est alors que des navires deviennent des étalons des mers, des chevaux qui tanguent, des coursiers à voiles ; que des javelots se changent en serpent de combat, ou vipères qui font couler le sang. Une vie obscure, mystérieuse, pénètre dans un univers jusqu’alors inanimé tout comme, dans le rêve enfiévré d’un enfant, les objets familiers commencent à se mouvoir d’inquiétante façon dans sa chambre.

Mais hommes et bêtes, eux aussi, ne sont pas évoqués simplement par leur nom. On les représente au contraire comme des êtres vivants, en pleine action :  le roi est le briseur d’anneau, le distributeur d’or, le protecteur des hommes. Ces périphrases sont désignées du vieux mot norrois de kenning. Si la comparaison homérique est une belle arabesque tressée à travers la narration épique, le kenning peut être comparé à une étincelante pierre précieuse enchassée dans une fibule d’or de l’époque de la migration des peuples. On ne l’emploie que parcimonieusement dans la phrase primitive de la poésie héroïque, et seulement pour des sujets bien définis qui se rattachent à l’univers héroïque. Mais peu à peu son emploi s’étend et le kenning devient un ornement nécessaire et sans doute, pour cette raison même, un peu trop généreusement utilisé, à notre goût, de la poésie des scaldes.

(…)

Cette rigidité de la forme fait un contraste remarquable avec le caractère général de la poésie germanique. Elle produit ici un effet si étrange que l’on voudrait l’expliquer par l’influence de modèles étrangers. On a songé en particulier à un modèle irlandais, sans pouvoir, il est vrai prouver l’influence directe d’une forme définie de la versification irlandaise (cf article Le dialogue des deux sages). »

 

Là encore, nous pouvons nous interroger sur une origine commune entre filid irlandais (poètes) et scaldes vikings. Ainsi la piste d’une société élitiste basée sur un fond commun mêlant ésotérisme et tradition des cultes païens s’étaye davantage. Envisager la proximité géographique entre les scandinaves et les irlandais étant improbable, il nous vient à l’esprit que nous sommes en présence d’une tradition largement répandue d’Est en Ouest et du Nord au Sud du contient européen. Le Dialogue des deux sages nous laisse présumer que leur origine est archaïque et prend sa source dans l’antiquité.

Publié dans : Etudes |le 21 février, 2014 |Pas de Commentaires »

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