De l’origine

GuerriersHache

L’origine des kenningar est à notre portée. Oui, pas très loin de nous. Peu importe les années, les siècles qui nous séparent des locuteurs. Nous pouvons retrouver le chemin en se frayant un passage dans la broussaille du temps. Régis Boyer est professeur à l’université de Paris-Sorbonne, et auteur de nombreux ouvrages sur les sagas, les civilisations et religions de l’Europe du Nord. Voilà ce qu’il nous livre quant à l’origine des kenningar. Cet article est à rapprocher des articles « magie » publiés.

« Mais ce côté savant d’une science magique, pour impressionnant qu’il soit tendrait à s’effacer chez Odin, devant son aspect de maître du savoir poétique, de l’art scaldique donc. Rappelons qu’il s’agit là d’un genre de composition poétique extrêmement élaborée sans doute par une manière de caste dont les membres s’attachaient à la suite d’un roi ou d’un chef : les Islandais, pour des raisons qui demeurent inexpliquées, se feront une spécialité du genre à l’époque (…).Leur mètre principal ou drottkvaett est d’une complexité qui laisse loin en arrière les contorsions les plus subtiles de nos Grands Rhétoriqueurs. Le principe consiste, pour exprimer quelques stéréotypes (…), à bouleverser la syntaxe et à forcer la langue dans ses derniers retranchements pour satisfaire à un certain nombre de procédés formels classés : allitérations savantes, retours de graphies, accentuation, déclamation sur plusieurs registres, etc. Ces artifices de facture pourraient éventuellement ressortir au domaine religieux, dans la mesure assez évidente où ils tiennent au chant, ou, en tous cas, à un certain mode d‘incantation ou de psalmodie. D’autre part, il était interdit dans ce genre de composition d’appeler choses et êtres par leur nom ; il fallait leur substituer des manières de synonymes ou heiti (cf article le heiti ou synonyme), ou des périphrases, circonlocutions, métaphores longuement filées appelées kenningar. Tout cela donne fortement à penser que l’on aurait eu affaire, initialement au moins, à une pratique du tabou verbal, qui d’ailleurs, se vérifie par d’autres témoins, ne seraient-ce que ces Tulur, sortes de poèmes allitérés uniquement constitués de listes de noms, propres ou communs, ou, d’une façon plus générale, l’importance qu’en divers textes l’on confère au nom propre, à prononcer ou au contraire à taire impérieusement en certaines circonstances. Il est clair que ces techniques peuvent aisément relever de la religion, tout comme l’on peut admettre sans outrance que les scaldes aient pu former une sorte de confrérie sacrée, un peu à l’image des filid irlandais, sacrée parce qu’initiée à la connaissance de tout le savoir-faire ésotérique sans lequel leur art était impossible, et donc bien digne de s’attacher à la suite des jarls et des rois. »

Publié dans : Etudes, Le Moyen-Age |le 14 février, 2014 |Pas de Commentaires »

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