Archive pour janvier, 2014

Le kenning et la magie

Masque

La pratique de la magie est attestée dans les sagas islandaises. Les rites que les vikings opéraient faisaient appel aux kenningar. Ainsi, il fallait prendre les plus grandes précautions dans l’emploi du nom de l’ennemi à conjurer. Cela est vérifié dans les superstitions populaires.

Dans les rituels, le nom de personne était systématiquement remplacé par un kenning. Le tabou verbal était de mise. Les Sames (ou Lapons) sont sans doute le peuple qui influença les norrois du moyen-âge dans les rites chamaniques. Dans la Vatnsdoela saga, ils interdisent de prononcer leur nom pendant qu’ils pratiquent un rituel. En matière de chasse, il ne faut pas nommer la bête sauvage que l’on traque. En Norvège, on ne disait pas « ours » mais « Grand-père », ou encore « Vieux à la fourrure ». Le « loup » devenait « patte grise », « vermine », « l’affreux », ou le « troll » ; l’aigle était la « créature ».

On rencontre le même procédé pour désigner le dieu Odin. Il ne sera que très rarement désigné par ce nom, mais plutôt par ses surnoms (on en compte 169). Une crainte superstitieuse régnait autour du culte odinique. Le dieu de l’éloquence et de la magie contenait en son nom un pouvoir que seuls les officiants religieux pouvaient évoquer.

 

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 20 janvier, 2014 |Pas de commentaires »

Le genre de la truste

Bersekr

La strophe scaldique (ou strophe poétique viking) est le genre de la truste. En effet cette dernière consistait en la réunion de guerriers par un serment depuis l’époque mérovingienne. C’est dans ces assemblées que devaient se déclamer les hauts-faits par les poètes. Renaud-Krantz nous dit à ce sujet :  » Ce genre dont l’appareil régulier d’allitérations et de rimes enserrant d’un riche réseau sonore le déploiement des périphrases auxquelles sa complexité l’apparent, donne au poème la ciselure étincelante et rigide d’une armure barbare. »

Le devoir d’éloge est omniprésent dans les sagas islandaises. On suppose une certaine compétition dans l’art oratoire. Egill Skallagrimsson a sauvé sa tête en composant un poème de louange à la gloire du roi de Norvège Erik  Blodøks (« à la  hache sanglante »). L’importance de l’art oratoire est indéniable. L’ornement verbal était une science pratiquée par les érudits ; au moyen-âge il semble qu’il n’y avait plus de prérogatives religieuses ou « bardiques ». Les vikings en usaient comme avant eux les filid irlandais (poètes).

Publié dans:Etudes, Le Moyen-Age |on 18 janvier, 2014 |Pas de commentaires »

Kenningar extraits de Beowulf

Le chemin des voiles : la mer

 

Le chemin du cygne  : la mer

 

La cuvette des vagues : la mer

 

Le bain de l’aigle : la mer

 

La route de la baleine : la mer

 

La chandelle du monde : le soleil

 

L’allégresse du ciel : le soleil

 

La pierre précieuse du ciel : soleil

 

Le bois de la joie : harpe

 

Le produit des marteaux : l’épée

 

La compagne de lutte : l’épée

 

La lumière de la bataille : l’épée

 

Le jeu des épées : la bataille

 

L’averse de fer : la bataille

 

Le gardien du trésor : le dragon

 

La menace du crépuscule : le dragon

 

La demeure des os : le corps

 

Le traverseur de mer : le navire

 

La tisseuse de paix : la reine

 

Le maître des anneaux : le roi

 

L’ami doré des hommes : le roi

 

Le chef des hommes : le roi

 

Le dispensateur de richesse : le roi

 

 

 

 

Publié dans:Lexique |on 4 janvier, 2014 |Pas de commentaires »

Thèse de Jorge Luis Borges

Jorge Luis Borges consacra un chapitre entier aux kenningar dans Histoire de l’Eternité. Admiratif de cet art oratoire, il en dénigra pourtant le style dans son analyse. Pour lui les kenningar relevaient du sophisme et de l’exercice trompeur et languissant (dixit). Sans doute moins cultivé dans le domaine du paganisme européen, il ne cerna pas toute l’ampleur du savoir propre à l’expression des kenningar. Il émit néanmoins une explication probable de leur origine.

Voici un extrait tiré de du chapitre en question où il élabore sa thèse :  » D’autres plaidoyers sont possibles. L’un deux est immédiat :  ces mentions inexactes étaient étudiées dans les listes par les apprentis scaldes (poètes islandais), mais elles n’étaient pas proposées à l’auditoire de cette manière schématique : elles prenaient place dans le tumulte des vers. Nous ignorons les lois de cet art. Nous ne soupçonnons pas les inévitables critiques qu’un amateur de kenningar opposerait à une bonne métaphore de Lugones (poète et romancier du début du XXème siècle). C’est à peine si quelques mots nous restent. Impossible de savoir avec quelle inflexion de voix ils étaient prononcés, par quels visages personnels comme une mélodie, avec quelle admirable décision ou modestie. Il est certain en tous cas, qu’un beau jour, elles remplirent leur fonction de stupéfier et que leur gigantesque impropriété enchanta les rouges gaillards des déserts volcaniques et des fjords, à l’instar de leur bière profonde et des duels d’étalons. Il n’est pas impossible qu’une mystérieuse gaieté soit à leur origine. Leur grossièreté elle-même – « poissons de bataille » : « épées » – peut correspondre à un très vieil humour, à des plaisanteries de soudards hyperboréens. Ainsi dans la métaphore sauvage que je viens de rappeler, les guerriers et la bataille se dessinent sur un fond invisible où des épées organiques s’agitent, mordent et haïssent… »

Traduction Jean-Pierre Bernès, éditions Gallimard 1993.

 

 

Publié dans:Etudes |on 3 janvier, 2014 |Pas de commentaires »

Les kenningar et leur spécificité païenne

Comme nous l’avons précédemment dit, les kenningar relèvent d’une société païenne. Tant par leur existence que par leur contenu. Historiquement ils sont attestés dans les sociétés viking avant christianisation ; leur sens fait référence à la mythologie dans la plupart des cas. Et surtout, ils disparaissent après l’évangélisation des sociétés locutrices. Le clergé aurait-il prohibé leur usage pour oublier définitivement les cultes précédents ? Ou mieux, pour faire disparaître les élites qui les utilisaient ?

Ainsi Snorri Sturlusson, homme politique d’Islande du XII ème siècle (et poète de surcroit) compila dans ses sagas et dans sa version de l’Edda, de très nombreux kenningar pour éviter qu’ils sombrent dans l’oubli. C’est grâce à son travail de mémoire et de conservation que nous pouvons aujourd’hui accéder à cette connaissance. Il voulait satisfaire deux passions d’ordre différents : la modération et le culte des ancêtres. Ainsi, il vient conforter notre théorie sur la spécificité païenne des kenningar. Le culte des ancêtres étant un aspect majeur du polythéisme européen. Et puis surtout il met en garde le lecteur dans un conseil qui à notre degré d’études ne nous surprendra pas.  » Cette clé (les kenningar) est destinée (…) à ceux qui cherchent le pouvoir d’entendre ce qui fut écrit avec mystère. Il convient de respecter ces histoires qui contentèrent nos ancêtres, il convient aussi que les chrétiens leur refusent toute foi. » Snorri nous dévoile ainsi la spécificité païenne de l’usage des kenningar. Cela corrobore l’idée qu’ils consistaient en une élocution codée destinée à un auditoire averti et que leur dimension religieuse ait dérangé l’Eglise lors de son avènement.

 

Publié dans:Etudes |on 2 janvier, 2014 |Pas de commentaires »

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