Le Dialogue des deux sages, introduction

OursTombe

Le Dialogue des deux sages est le titre d’un texte trouvé en Irlande (Agallam in da Suad). Il est écrit en langue moyen-irlandais, c’est à dire dans la langue utilisée avant le XII è siècle dans l’île. Son contenu est archaïque puisqu’il est question d’une joute verbale entre deux druides. Cela le fait remonter à l’époque antérieure à la venue de Saint Patrick. Je le classe volontairement dans la catégorie « antiquité » car son propos concerne la classe sacerdotale celtique qui officiait dans la quasi-totalité de l’Europe antique. Sa portée est, je pense, européenne, même si sa spécificité est gaëlique. Je lui attribue une dimension archétypale en ce qui concerne le druidisme. En effet, c’est le seul texte historique qui nous renseigne sur les formes de pensée et d’expression des druides. Car l’usage de l’écriture était réservé aux activités autres que cultuelles. Ainsi, aucune trace archéologique n’ont révélé de preuves aussi vivantes de l’élocution des élites. Les témoignages contemporains des sociétés celtiques confirment bien ce qui nous apparaît aujourd’hui comme une lacune : l’absence de traces écrites de l’exercice sacerdotal. Le Dialogue des deux sages représente donc un véritable trésor à cet égard.

Il faut cependant attirer l’attention sur le fait qu’à l’époque de la restitution du Dialogue, la société irlandaise était évangélisée. Depuis le V è siècle les celtes insulaires se sont convertis au christianisme et avec eux, les officiants druidiques (bardes, druides, ovates, filid). Ainsi, la christianisation aura eu pour conséquence une certaine épuration dans notre Dialogue. Les mœurs relevant du paganisme ont été polis, adoucis, voire habillés (pour ne pas dire déguisés). On y trouve des formules cléricales ainsi que la mention du Jugement dernier !

Malgré cet obstacle, nous avons en main des formules de rhétoriques relevant d’une société païenne. Le texte versifié relate le dialogue entre deux filid -poètes irlandais- (Nede et Ferchertne) prétendants à la charge de docteur suprême d’Ulster. D’une grande richesse par son langage, il est truffé de métaphores. En cela, il nous renvoie aux kenningar. Nous développerons plus loin la possible origine commune entre les civilisations préchrétiennes celtiques et germano-scandinaves. Brugge et Heusler ont fait remonter les kenningar à l’art oratoire des filid irlandais. Cette hypothèse renforce l’emplacement de cet article dans la catégorie « antiquité ». Elle dresse Le Dialogue des deux sages comme un extrait archaïque d’une initiation spirituelle antérieure à toute évangélisation.

Publié dans : L'Antiquité |le 28 décembre, 2013 |Pas de Commentaires »

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